« Plus le monde se développe, plus l’amour devient fragile », a observé le père Gérard Sullivan hier au monument Marie Reine de la Paix. L’Association des brancardiers y célébrait la 57e édition de la Messe des malades. Selon le père Sullivan qui est aussi aumônier des Brancardiers, la fragilité des malades nous rappelle aussi notre propre fragilité, notamment à travers l’échec de l’amour au sein des couples et des familles. « À force de développer notre intelligence, notre coeur se rapetisse », devait-il encore constater.
« Alors que nous cherchons la facilité, il est bon que les malades nous rappellent un autre chemin : celui de l’amour, de la patience et de la joie, le seul chemin pour lequel il vaille la peine de se battre », devait souligner Gérard Sullivan. La messe célébrée à l’intention des malades avait pour thème cette année « Si nous demeurons en Amour, nous demeurons en Dieu ». Par une coïncidence spéciale, selon l’aumônier des Brancardiers, la lecture de ce dimanche avait trait aux couples et aux familles, un sujet, dit-il, de grande importance, particulièrement aujourd’hui où l’on dénombre de plus en plus de familles et de couples brisés.
« À chaque fois que je vous rencontre, les malades, il y a quelque chose qui me frappe et qui fait que la rencontre ait toute son importance pour moi et pour les humains », devait confier le prêtre. Si Dieu a fait don d’intelligence à l’homme, ce pouvoir, selon Gérard Sullivan, « nous fait oublier que l’homme n’est pas là uniquement pour faire montre de sa puissance. C’est Dieu qui a le pouvoir de tout dominer. Or, les hommes ont tendance à utiliser la création dans leur propre intérêt. Aujourd’hui, la création fonctionne de travers. Nous sommes en train de la détruire ».
Mais si les hommes ont tendance à croire qu’ils sont puissants, les malades ont le mérite de nous rappeler notre fragilité. Un des exemples de notre vulnérabilité est l’amour : l’amour des parents pour les enfants, des enfants pour les parents, entre amis et l’amour conjugal. « J’ai eu l’occasion de rencontrer des familles désunies, des couples en difficulté, des jeunes trop pressés alors que l’amour prend le temps. Nous ne savons pas vivre l’amour comme il se doit. Nous avons l’impression que plus l’intelligence et le monde se développent, plus l’amour devient fragile. »
Selon l’aumônier des Brancardiers, à travers le monde, l’on se met à repenser à ce que sont le couple, le mariage conformément au monde moderne. « Gran gran diskisyon pe deroule si kapav de zom ou de fam ini, si zot kapav gagn zanfan. Des experts en psychologie tentent de nous livrer des explications. » En somme, ajoute le prêtre, « nous ne voulons pas reconnaître qu’à force de développer notre intelligence, notre coeur se rapetisse ».
S’il y a un pouvoir que Dieu accepte, selon le père Sullivan, c’est bien celui de l’amour. Dans la Genèse, devait-il rappeler, le diable tente Jésus en lui proposant de lui donner tout le pouvoir s’il s’agenouillait devant lui. « Jésus dit non. Le seul moment où il s’agenouillera, c’est lorsque, par amour, il servira ses disciples avant d’aller sur le chemin de la mort. »
Il est vrai qu’il y a un prix à payer pour vivre l’amour, selon le père Sullivan. « Jésus avait prévenu ses disciples qu’ils allaient avoir l’impression de perdre leur temps, leur pouvoir. Mais, se mettre au service des autres, c’est le seul moment où l’on peut vivre l’amour. »
Bien des malades, poursuit le prêtre, « nous partagent leur lumière et leur courage. Souvent, ce sont eux qui nous transforment pour faire de nous de meilleures personnes. Souvent, ce sont eux qui nous remontent le moral alors que nous étions allés pour remonter le leur ».
Si porter la souffrance de la maladie est difficile, « Jésus a fait ce chemin avant nous et devant cela, il y a le chemin de la lumière et de la résurrection », devait conclure Gérard Sullivan.