« Le travail est fait pour l’homme et non l’homme pour le travail. » Dans son homélie, à l’occasion de la messe du 1er-Mai, en l’église de Sainte-Croix hier, l’évêque de Port-Louis a repris cette parole de l’ancien souverain pontife Jean Paul II, fait saint le week-end dernier. Pour Mgr Maurice Piat, « le travail est fait pour l’épanouissement de l’homme et non pour que l’homme en devienne esclave ». Il a par ailleurs lancé deux appels : d’abord pour que « la loi tienne compte du temps requis par les mères pour élever leurs enfants ». Ensuite, aux chefs d’entreprise, il a dit : « Le profit n’est pas le but de tout. Le plus important, c’est le bien-être des employés », car souligne-t-il, « quand la vie familiale est détruite, tou devir anbalao ».
“Travayer, anou fet ek viv nou valer”. Le thème de la messe d’hier pouvait paraître paradoxal. Alors même qu’il existe une multitude de souffrances dans le monde du travail aujourd’hui, devait concéder l’évêque, le thème invitait à la fête. Comment, alors, célébrer dans la souffrance ? Et, quelles sont ces valeurs à célébrer ? D’où viennent-elles ? Au début de la messe, des panneaux, brandis par des représentants de divers mouvements, dévoilaient en effet chacun un type de souffrance rencontré dans le monde du travail : des enfants ne voyant pas suffisamment leurs parents, ceux-ci travaillant jusqu’à tard; des jeunes aspirant à une vie « bling bling » et qui, lorsque leur salaire n’est pas suffisant, se laissent tenter par la corruption; l’augmentation du coût de la vie et le salaire qui ne suit pas; les conditions de travail des mères de famille qui ne sont pas adaptées au temps requis pour voir grandir leurs enfants.
Ainsi, ces valeurs, que la messe invitait à célébrer hier, ne sont pas « des choses matérielles ou la réputation », devait expliquer l’évêque de Port-Louis. Ces valeurs proviennent davantage, dit-il, de « ce regard que Dieu pose sur chaque personne, même sur ceux qui sont tombés au plus bas, pour venir marcher avec eux ». Selon Mgr Piat : « Quand Jésus est mort et qu’il est ensuite monté au ciel, il nous a légué un bien : son amour. Il a confié son Esprit Saint à ses disciples. »
Le chef de l’Église catholique à Maurice a lancé un appel pour que la loi tienne compte du temps requis par les mères pour élever leurs enfants. « Quand on fait des lois pour les hommes, il nous faut aussi penser aux femmes qui ont des enfants. La loi doit respecter cela. Il y a le congé de maternité, oui. Mais, la loi doit prévoir que les mères aient du temps pour leurs enfants afin que ceux-ci grandissent bien. » Avant d’interroger : « A quoi cela servira-t-il que nos usines réalisent de gros profits alors ki ban zanfan devir anbalao ? Nous avons la responsabilité de prendre des mesures légales et humaines pour que les chefs d’entreprise tiennent également compte des besoins des mères et de leurs enfants. »
L’évêque a également lancé un appel aux chefs d’entreprise, qui « cherchent toujours à réaliser de gros profits ». Il poursuit : « Ce stress se répand sur les employés. De plus, ce n’est pas parce qu’ils font de gros profits que leur vie humaine est plus heureuse. Quand la famille est détruite, tou devir anbalao. Le profit n’est pas le but de tout. ». Le plus important, selon l’évêque, c’est le bien-être des employés. « L’obsession du profit ne rend pas heureux. Un jour, nous chercherons des choses plus solides », devait-il conclure.