La Journée mondiale de la Paix, célébrée le 1er janvier, a été marquée à Maurice cette année par la traditionnelle messe organisée par l’organisation Justice et Paix. Cette année, la messe a été dite par le vicaire général du diocèse de Port-Louis, Maurice Labour, et par le père Filip à l’église St-François Xavier, à Plaine-Verte. Une façon pour l’Église catholique de faire un clin d’oeil au pape François, qui s’inspire de St-François Xavier dans le cadre de son pontificat.
Maurice Labour, citant le pape, a estimé que « la plus grande menace contre la paix est l’indifférence ». Il poursuit : « L’indifférence provoque surtout une fermeture et un désengagement qui finissent ainsi par contribuer à l’absence de paix avec Dieu, avec le prochain et avec la création. » Il a rendu un vibrant hommage aux journalistes, dont le travail d’informations contribue, selon lui, « à l’instauration de la paix dans le monde ». Il a rappelé que pas moins de 64 journalistes ont trouvé la mort dans le monde en 2015 dans l’exercice de leur fonction, comme le souligne d’ailleurs Reporters sans frontières dans son dernier bulletin.
Pour le père Labour, la paix est « l’un des biens les plus précieux de l’humanité », aussi bien au niveau familial qu’au niveau social, local ou international. « La personne vit en paix quand elle entretient des relations de dépendance et de responsabilité harmonieuses avec elle-même, avec les autres, avec la nature et avec Dieu. Je sais que je dépends des autres pour beaucoup de choses, mais que les autres aussi dépendent de moi. La famille est le premier lieu de cette interdépendance qui apporte la paix », a-t-il estimé. Selon Maurice Labour, l’indifférence a aussi bien une dimension individuelle que sociale, économique et, même, politique. Il a dénoncé une pratique qui, selon lui, gagne du terrain à Maurice et qui serait entretenue par des patrons étrangers, européens ou non. « Ces derniers sont en train d’introduire à Maurice une culture d’entreprise qui détruit un style mauricien de relations humaines dans des entreprises jadis dirigées par les Mauriciens. L’économie néolibérale est en train de se fonder de plus en plus sur une indifférence par rapport à l’humain sous prétexte d’efficacité financière », observe-t-il.
Il constate également une culture politique d’indifférence par rapport à Agaléga, « qui attend depuis 20 ans son désenclavement par une piste d’atterrissage ». De plus, a-t-il poursuivi, la coexistence pacifique « cache une culture d’indifférence par rapport à une connaissance réelle et profonde des autres religions de notre arc-en-ciel ». Il continue : « Reconnaissons que la vraie rencontre interreligieuse reste difficile à Maurice. Les soupçons, les calculs et la méfiance demeurent, malgré les bonnes intentions, ventilées dans l’espace de prières interreligieuses dans les messes de fin d’année ou à l’occasion de fêtes religieuses », soutient-il.
Face à la « globalisation de l’indifférence », souligne Maurice Labour, le pape propose de promouvoir une culture de solidarité, de miséricorde et de compassion. « La paix sera le fruit cueilli sur l’arbre de la miséricorde et de la solidarité. Tout le monde doit être partie prenante de ce cheminement, notamment les jeunes et les parents, les chefs d’entreprise et les décideurs politiques, les journalistes, les enseignants et éducateurs, les prêtres et les missionnaires. » Un autre obstacle à la paix est, selon lui, la résignation. « La résignation vient du constat de la fragilité de nos moyens par rapport au mal pernicieux qui resurgit, qui se réinvente comme ces antibiotiques mutants qui trouvent toujours la parade devant nos médicaments ultra-performants. Et la résignation mène à l’indifférence et l’indifférence, à son tour, mène à la guerre froide ou chaude. Devant la tentation de nous résigner, le pape prend le parti d’espérer dans les capacités humaines à trouver des solutions et de les appliquer », insiste le père Labour.