« La laïcité a sorti la religion de la sphère étatique mais pas de la sphère publique ». Déclaration du père Jean-Claude Véder face aux officiels présents à la messe de la Saint-Louis, samedi, dont le président de la République, Kailash Purryag, le premier ministre Navin Ramgoolam et le leader de l’opposition Paul Bérenger. C’était lors de son homélie en la Cathédrale Saint Louis. Le prêtre abordait précisément cette question : La laïcité équivaut-elle à retirer le religieux du débat public ? Il a ainsi parlé de la pertinence du discours de l’Église catholique dans les débats sociaux montrant que la laïcité est un principe fondamental conforme à l’esprit même de l’Évangile.
Les récents débats autour du projet de loi sur la légalisation de l’avortement dans des cas spécifiques ont relancé la délicate question de la place du discours religieux dans un État républicain, selon le père Jean-Claude Véder. Ce qui l’a, de fait, induit à s’exprimer sur le sujet. Selon le prêtre, docteur en théologie, plusieurs voix se sont exprimées suite à ces débats, les uns estimant que « la religion doit se cantonner au domaine du privé et ne doit, en aucun cas, donner son mot au public ; que les religions ne viennent pas intervenir dans les affaires de l’État et de la politique ». D’autres jugeant que, pour sa part, « l’État n’a pas à intervenir dans les affaires religieuses ! ». Plusieurs personnes, en effet, « ont soulevé la pertinence des prises de parole d’hommes et de femmes politiques lors des cérémonies religieuses ». Le débat est bien situé.
Pour le curé de la paroisse de Saint-Patrick, quand Jésus dit « Rendez à César ce qui appartient à César », il ramène la politique à ce qu’elle est : « Une activité humaine. » Mais, Jésus demande aussi de « rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu », ce qui signifie, selon le père Véder, qu’« aucun empereur ne peut prétendre être le maître absolu des hommes car seul Dieu est le tout de l’homme ». Selon le prêtre, « la politique doit toujours rester ouverte au dialogue avec les autres institutions ».
Les échanges d’idées au sujet de l’avortement ont eu le mérite, estime le prêtre, de mettre en lumière une des questions centrales pour notre démocratie : la place des religions au coeur de notre société. Les religieux doivent-ils intervenir sur des sujets qui touchent au public ? Selon le père Véder, « notre société est une société laïque ». Même si le mot laïc n’est pas inscrit dans notre Constitution, la République mauricienne repose sur des valeurs de laïcité telles la liberté de conscience des citoyens, liberté de religion, libre exercice des cultes, l’indépendance et la neutralité de l’État par rapport aux religions.
Par ailleurs, si la question a été soulevée à l’Assemblée nationale par un des membres du Parlement, en l’occurrence, Nita Deerpalsing, c’est sans doute, selon le prêtre, « parce que la notion même de laïcité n’est pas comprise par tous de la même manière ». Il s’est dit reconnaissant envers la parlementaire d’avoir osé porter à la réflexion une question « aussi épineuse et sérieuse qui a des conséquences pour un meilleur vivre-ensemble dans notre société ». Quelle laïcité pour notre société mauricienne ? Quel est le rôle que doivent jouer les religions par rapport à la res publica (la chose publique) ? C’est ainsi que le père Véder a interpellé les politiciens présents.