À quelques mois de la célébration du 50e anniversaire de l’Indépendance et du 26e de la République, l’Église catholique a choisi cette année de placer la fête de la Saint-Louis, fête de la Cité, sous le thème de “Maurice, République Archipel”. L’objectif est de mieux souligner que la souveraineté nationale n’est pas seulement territoriale, mais aussi une souveraineté des peuples qui, dans leur diversité, représentent l’arc-en-ciel mauricien. C’est ainsi que l’évêque de Rodrigues, Mgr Alain Harel, a plaidé dans son homélie pour une solidarité parmi ces peuples de la République afin de retrouver l’intégrité de notre territoire. Il a ainsi comparé les Chagossiens aux Hébreux que Dieu a libérés de l’esclavage en Égypte, ajoutant que « ce peuple de Dieu est de nouveau en exil forcé loin de son pays ». On aura noté ce matin l’absence de Pravind Jugnauth, qui était attendu pour la première fois en tant que Premier ministre à cette messe du saint patron de la cité.
La tradition de célébrer le patron de la cité de Port-Louis par une messe remonte à 1768. La cathédrale a toujours eu pour coutume d’accueillir les officiels du pays, une foule de fidèles et l’ensemble du clergé à cette occasion. Étaient ainsi notamment présents ce matin le vice-président de la République, Barlen Vyapoory, ainsi que plusieurs ministres, dont le ministre mentor, sir Anerood Jugnauth, ainsi qu’Ivan Collendavelloo, Yogida Sawminaden, Etienne Sinatambou et Stéphan Toussaint, et le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval.
Mgr Harel a commencé par établir un parallèle entre les Chagossiens et le peuple hébreux, victime de l’esclavage en Égypte et qui a été « libéré par Dieu ». Faisant allusion aux Chagossiens, il devait dire que « ce peuple de Dieu est de nouveau en exil forcé loin de la terre de leurs ancêtres », ajoutant que « Dieu est toujours du côté de ceux qui souffrent et qui subissent les jougs des puissants ». Comme un cri de coeur, il devait interroger : « N’est-ce pas cette même espérance qui habite le coeur du peuple chagossien (…) N’est-ce pas cette espérance qui leur donne ce courage formidable, tel David contre Goliath, pour faire reconnaître leurs droits légitimes de simplement retourner vivre sur leur terre natale ? N’est-ce pas le secret qui habite et a habité Olivier Bancoult, Charlesia Alexis, Lisette Talate et tant d’autres ? ». L’évêque s’est par ailleurs demandé si « le jour se lèvera bientôt » et si la cause des Chagossiens sera entendue par la Cour internationale de justice. « Est-ce que notre indépendance, acquise il y a bientôt 50 ans, sera enfin reconnue pour l’ensemble de notre territoire ? » Avant de dire qu’il n’y a aucune raison de ne pas avoir confiance dans une telle institution mais qu’en revanche, « tous les citoyens de notre République devraient faire cause commune avec les responsables politiques et le gouvernement central afin de retrouver l’intégrité de notre territoire ».
Pour mieux illustrer sa pensée, l’évêque devait s’appesantir sur les points communs des peuples de la République de Maurice en dépit de leurs différences. Tout en précisant que cela ne consiste pas à parler de « négation des différences » mais davantage le fait que ces différences « au sein d’une même république peuvent être source de créativité, d’enrichissement mutuel mais aussi de remise en question permanente ».
Penser mauricien
La pensée qui prévaut souvent, selon lui, est celle-ci : « Nous sommes d’accord de courir la même course mais chacun dans son propre couloir. » Or, Alain Harel invite plutôt à « penser nos différences en termes de partage, d’émulation, de source de débats qui nous permettent de croître les uns par les autres ». Ajoutant que comme l’expérience l’a démontré, « la diversité est toujours source de créativité tandis que le repliement sur soi et l’entre-soi conduit à l’immobilisme et nous fait regarder en arrière vers un passé idéalisé ».
Il devait en outre prendre l’exemple de trois Rodriguais – en l’occurrence Ismael Vallymamode, Ah Ko Cheong et Antoinette Prudence –, incarnant la diversité comme source d’enrichissement. Parlant de sa propre expérience, il devait dire : « Ces 26 dernières années au sein de la culture rodriguaise m’ont confirmé dans la réticence à être désigné franco-mauricien (…) Je suis Mauricien avec une composante importante de mon identité fortement influencée par la culture française à la sauce mauricienne ! (…) J’aime l’odeur du bazar et j’ai apprécié un bon riz/lentille/poisson salé bien avant de me laisser apprivoiser par le “roquefort”. Je suis Mauricien ! » Selon l’évêque, l’histoire nous a montré qu’à « chaque fois que nous pensons mauricien, l’île Maurice est sortie gagnante ».
Parlant de Saint-Louis, il a rappelé qu’il fut un politicien ayant toujours eu à coeur le bien commun de son pays, même s’il n’était pas parfait. La foi du roi Louis IX « se reflétait dans sa manière de gouverner et de vivre ses responsabilités politiques ». L’exemple de Saint-Louis, dit-il, « nous rappelle la grandeur de la politique, dont la finalité est de promouvoir un mieux-vivre ensemble d’abord entre citoyens d’un même Etat ». Il a souligné l’importance de la distinction entre religion et politique, même s’il ne doit pas non plus avoir de divorce entre spiritualité et politique, ni entre éthique et politique. Et de conclure en plaidant pour que « chaque peuple qui compose notre république soit partie prenante de son devenir, acteur de son histoire ».