“Avek Zezi,nu fami, nu travay, nu lavenir.” Tel était le thème de la messe du Travail, organisée chaque 1er mai par la CDMO (Commission diocésaine du monde ouvrier). La cérémonie s’est déroulée en l’église St-Julien. L’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, a fait ressortir à cette occasion que le travail n’est pas « une malédiction ni une souffrance, mais il comporte de la dignité ». Encore faut-il toutefois, insiste-t-il, « que cette valeur se retrouve dans les conditions de travail ». Le chef de l’Église catholique a aussi tiré la sonnette d’alarme sur l’écart grandissant entre les gros et les petits salaires.
Avant que ne débute la messe, une minute de silence a été observée en mémoire de la petite Héléna Gentil alors que des enfants portaient de brassards blancs en signe de deuil en hommage de la petite fille sauvagement assassinée il y a peu. Mgr Piat devait interroger le sens de la célébration de la messe du 1er mai. L’objectif, selon lui, est de rappeler que le travail est fait pour l’homme, pour son développement et son bonheur, et non pas l’homme, qui serait fait pour le travail. Il devait constater qu’au lieu de mettre en relief la dignité de l’homme, « nous sommes en train de le rendre esclave du profit, de la production », ajoutant : « Cela fait du tort à sa famille. Si nous sommes là, c’est pour demander au Seigneur la force de réagir, chacun à son niveau. Il ne suffit pas de parler, mais d’avoir une bonne manière de vivre. »
Il a eu une pensée pour ceux qui travaillent de longues heures et ne peuvent avoir une vie familiale de qualité, mais aussi pour ceux travaillant à des heures irrégulières, tout comme pour les employés du secteur des BPO et des hôtels.
L’évêque a rappelé que 51 700 ménages perçoivent moins de Rs 10 000 par mois. Or, « un ménage avec deux enfants a besoin au moins de Rs 14 000 ». Ce qui l’amène à dire que « l’une des plus graves tendances dans notre pays est qu’au fur et à mesure que progresse notre économie, l’écart se creuse entre les petits et les gros salaires ». Cette inégalité est susceptible, selon lui, de susciter « bien de mauvaises choses dans la société ».
L’évêque a aussi eu une pensée spéciale pour la petite Héléna et sa famille. « Les enfants, aujourd’hui, ont peur. Il est de la responsabilité de toute famille de veiller à leur sécurité, à la maison comme à l’extérieur. » Se prononçant sur les valeurs familiales, Mgr Piat devait relever : « Ce n’est pas une maison ou une voiture qui font qu’une famille a de la valeur. Au contraire, elle devient consommatrice avec ces articles de consommation. C’est quand la famille découvre l’amour que Dieu a pour elle, même si elle est recomposée, qu’elle a de la valeur. Ne prenez pas exemple sur ce qu’on montre à la télé, mais prenez exemple sur la manière dont Jésus voit une famille. »
L’évêque a aussi abordé la valeur du travail. « Toute condition de travail doit respecter l’homme. Malheureusement, tel n’est pas toujours le cas. Mais pour que notre travail ait de la valeur, cela dépend aussi de notre comportement. » Mgr Piat a prié pour que les familles et le travail retrouvent tous deux leurs valeurs.