Le Conseil des religions a célébré ce matin une messe près du tunnel du Caudan en hommage aux victimes des inondations de samedi dernier. Moment de ferveur, de pleurs et de recueillement pour les parents et proches des victimes mais aussi pour le personnel du Caudan qui a délaissé leur travail pour venir rendre un dernier hommage aux morts. Le Père Philippe Goupille a salué cet esprit de solidarité et a demandé à Dieu de donner à tous ceux que ce deuil afflige la force de dépasser leurs souffrances et la force de retrouver cette espérance de vie.
L’émotion était palpable ce matin. À proximité de ce « tunnel de la mort » du Caudan, une table a été aménagée avec des photos des victimes. Les gens venaient y déposer des fleurs pendant que la chorale entamait le refrain You raise me up. Cette belle voix chaleureuse qui résonnait en écho a laissé échapper quelques larmes sur bien des visages. Tous étaient attentifs lorsque le Révérend Eddy, de l’église anglicane, a repris le psaume 23 « le Seigneur est mon berger » et que le Père Goupille a immédiatement enchaîné en demandant à Dieu « ranforsi nou lafwa, pran nou lamer, na pa les nou koule », telle une vague d’émotion qui submerge les coeurs et les visages des proches des victimes pleurant l’être cher. On ne pouvait rester insensible à cet élan de solidarité, cet esprit de fraternité ; les Mauriciens de toutes communautés confondues ne faisant plus qu’un. Dans la douleur, il y a surtout eu des réflexions personnelles, des questionnements sur le sens de la vie et du temps qu’il faudrait peut-être prendre pour être dorénavant un peu plus à l’écoute des autres.
Samedi dernier, à ce même endroit, il y a eu la montée des eaux et la perte de vies. Le Père Goupille a demandé à tous ceux qui ont été affligés par ces pluies torrentielles de ne pas rester éloignés et de faire un effort « pour sortir de cette extrême adversité et de donner de la force aux familles des victimes et à tous ceux qui sont dans la souffrance. Il faut de la force pour dépasser les souffrances. » Les proches des défunts ont été invités à venir allumer le flambeau, qui, poursuit le Père Philippe Goupille, témoigne que notre vie est toujours lumière. Les autres membres du Conseil des religions se sont réunis pour une prière universelle. Laval, qui est de foi bahà’ie, a parlé de l’importance de l’âme humaine. Ce moment de recueillement s’est achevé par la bénédiction du « tunnel de la mort » par tous les représentants du Conseil des religions. Le Père Goupille explique que l’eau, synonyme de puissance, de mort, peut aussi donner la vie, et c’est elle qui nous permet de survivre. Et de la même manière que cette eau s’est transformée en inondations entraînant mort d’homme, elle sera purifiée : « L’eau est aussi source de vie et nou le ki tinel de lamor nepli vinn enn tinel de laper. Il faut exorciser cette peur et par l’eau, on va purifier cet endroit afin qu’il ramène la vie et que chaque passant qui empruntera ce tunnel le fasse en toute quiétude. »
La cérémonie a pris fin non sans un pincement au coeur. La vie a repris son cours dans les divers magasins mais personne n’oubliera ce 30 mars fatidique avec la montée des eaux dans ce tunnel. Plus qu’un recueillement, un véritable élan de solidarité s’est tissée et voir cette île Maurice plurielle se donner la main dans des moments pareils, on ne peut que se sentir fier d’être Mauricien.