Le directeur de la station météorologique de Vacoas prend sa retraite à l’âge de 62 ans. Après 44 ans au service de la météorologie, Mamade Beebeejaun, en bon communicant, aura laissé son empreinte, ayant modernisé les services Météo et notamment la présentation des bulletins météo en cas de catastrophe en les rendant plus explicites. Son successeur, dès l’année prochaine, devrait être l’actuel deputy director, Rajan Mungra.
« It’s time to go now… J’ai le sentiment du devoir accompli », confie Mamade Beebeejaun qui entame sa dernière semaine à la direction des services météorologiques mauriciens. « Si j’ai fait des erreurs, je les accepte et j’en assume la pleine responsabilité. Les réalisations, je les dédie à l’ensemble du personnel de la station », dit-il. Vouant une véritable passion pour les mathématiques et la météorologie, Mamade Beebeejaun avoue avoir fait tout son possible, guidé par la seule idée de sauver des vies humaines et de limiter les dégâts matériels.
À sa prise de poste en avril 2013, le nouveau directeur de la station de Vacoas voulait surtout redorer le blason de la Météo en améliorant notamment la communication au sein de ce service. Et cet objectif, Mamade Beebeejaun l’a atteint, à en juger par le changement dans la présentation des bulletins spéciaux et des bulletins cycloniques émis par les services météorologiques locaux. Des bulletins précis, réunissant les informations que recherche à tout prix le public utilisateur des réseaux sociaux et de l’outil internet. L’initiative a d’ailleurs été saluée à plusieurs niveaux.
C’est en février 1972 que Mamade Beebeejaun intègre la Météo en tant que technicien (Meteorological Assistant), puis gravit les échelons pour devenir Senior Meteorologial Assistant. Un poste de prévisionniste se libère à la station de Vacoas et Mamade Beebeejaun devient Divisional Meteorologist, directeur adjoint et en avril 2013, le N° 1. Cet océanographe est également, depuis 2003, le vice-président de la Sous-Commission de la COI pour l’Afrique et les États insulaires adjacents, organe subsidiaire de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO ayant pour vocation la promotion de la coopération régionale et internationale dans le domaine de l’océanographie. Mamade Beebeejaun est détenteur d’une maîtrise en mathématiques et auteur d’une thèse sur l’interaction entre la mer et l’océan, débouchant vers un Post Bachelor in Physical Oceanography.
Sa prédilection pour les mathématiques l’a d’ailleurs mené à s’appliquer dans la mise en oeuvre de modèles de prévision météorologique. Ce qui a permis d’introduire la prévision probabilistique dont il est fier, car ce modèle de prévision, dit-il, a été développé « à Maurice par des Mauriciens et pour les Mauriciens ».
Hollanda
Ses réalisations auront été la modernisation des équipements au sein de la station, dont un système de backup qui assure une redondance en cas de problème majeur, la formation du personnel, le relooking du site internet de la Météo. « J’ai fait le maximum pour amener la météo vers les gens », dit-il. La Météo est dotée depuis peu d’un Climate Services & Information Center qui fournit des données tailor-made pour des secteurs spécifiques. Pour le moment, les secteurs de l’eau, l’agriculture, la santé et le Disaster Risk Reduction sont concernés. La station de Vacoas travaille en collaboration avec Météo France et l’Université de La Réunion pour effectuer du radiosondage à Rodrigues. Il s’agit d’un projet au coût de 22 millions d’euros.
Le moment le plus mémorable de sa carrière aura été le cyclone Hollanda en février 1994. « Ranjit Vaghjee était le directeur et j’étais chargé de recueillir les données satellites au radar de Trou-aux-Cerfs. J’étais seul avec un radar pouvant dégager des décharges électriques de plusieurs millions de volts. Toute la communication était coupée et seul moyen d’obtenir des données était à travers la communication satellite et j’étais conscient que le directeur avait besoin de ces informations pour ses analyses. À un moment, j’ai appelé mon directeur pour lui dire que le dôme était prêt à se détacher avec la force des vents qui soufflaient entre 150 et 200 km/h. Ranjit Vaghjee m’a conseillé de rentrer mais j’ai tenu à rester pour accomplir ma tâche. Le commandant Dayal a alors dépêché des soldats de la SMF pour consolider le dôme et j’ai pu accomplir mon travail. Le souci d’assurer la protection des vies humaines vous fait parfois oublier votre propre sécurité, votre faim », confie-t-il.
Mamade Beebeejaun explique qu’il continuera à assumer ses responsabilités au sein des agences des Nations Unies dans la météo et l’océanographie, mais qu’avant, il compte surtout s’offrir un long moment de détente avec sa famille…