La soirée d’hier a été des plus électriques à Rodrigues, qui a été secouée par une vague successive de tonnerre et d’éclairs. A Maurice, le temps instable prévalant depuis jeudi dernier fait que le Sud de l’île a été copieusement arrosé dans la journée d’hier avec des cas d’inondations dans des villages comme TroisBoutiques, Mare-Tabac, Plein-Bois ou l’Escalier. Avec les grosses averses qui se sont abattues sur le Sud dans le courant de la journée de samedi, plusieurs maisons ont été inondées. Les sapeurs-pompiers de Coromandel, Curepipe, Quatre-Bornes, Mahebourg et Riche-en-Eau ont dû intervenir dans une quarantaine de cas pour évacuer l’eau des maisons.
Dès la tombée de la nuit, hier, Rodrigues a connu le même phénomène météorologique intense qui s’est abattu sur Maurice jeudi soir. Pendant un peu plus de deux heures, cette tempête électrique a ébranlé toute l’île provoquant un black-out général. « Ti fer bien per. Premye fwa, nou ine gagne ene zafer kumsa dan Rodrigues. Zekler nek kontinyé déchire lesyel ek loraz pa arreté kryé. Lakaz ti pe tremblé. Pa kapav sorti deor. Samem ki appel truv zekler», ont fait comprendre à Week-End au téléphone des Rodriguais encore sous l’effet du choc et pris de court par cette détérioration du temps accompagnée de pluies diluviennes.
A Maurice, le Sud a été copieusement arrosé dans la journée d’hier avec des agglomérations comme le  morcellement Tagore, L’Escalier, ou encore Mahébourg, Plaine-Magnien, Rivière-des-Anguilles, Trois-Boutiques, Rose-Belle, Le Bouchon, Rivière-des-Créoles et Carreau-Esnouf affectées par des débordements. Mais c’est à Mare-Tabac et L’Escalier que les plus gros dégâts ont été enregistrés. Les champs de canne sont inondés et les rivières sont en crue. C’est vers 13 heures que les pluies diluviennes se sont abattues sur cette partie de l’île. Dans la matinée, des pluies intermittentes avaient été enregistrées.
Toutefois, ce sont les mêmes familles qui se retrouvent dans cette situation après chaque grosse pluie. A L’Escalier, Barlen Caroopen en est à sa quatrième inondation depuis 2010. Celle d’hier est la plus importante après celle de 2010. Ce dernier, qui opère dans le domaine de l’audiovisuel, a perdu tout son matériel ainsi que son ordinateur. « C’est mon matériel de travail, je ne sais comment je vais faire maintenant. En 2010, nous avions connu la même situation, ma voiture était sous les eaux. Six ans après, aucune mesure n’a été prise pour remédier à la situation », déclare-t-il en laissant éclater sa colère.
Il dit avoir reçu la visite des autorités concernées il y a trois semaines. « Ils avaient fait croire qu’ils allaient faire le nécessaire dans une semaine. Mais on ne les a pas revus depuis. Entre-temps, il y a eu une autre inondation. Outre mon matériel audiovisuel, mes meubles et mes appareils électroménagers ont été abîmés. En 2010, je n’avais reçu aucune indemnisation pour les dégâts causés par la pluie. Combien de temps encore va-t-on continuer à subir ces conséquences ? », s’insurge-t-il.
« Je me demande quand les autorités vont réagir »
Notre interlocuteur explique que ses voisins et lui-même se trouvent à proximité de la route de Gros-Bois. « Quand il y a de grosses averses, toute l’eau qui descend sur cette route depuis Mare-Tabac, vient s’accumuler dans ma cour. Nous sommes environ quatre familles affectées par ces pluies dans le quartier. Je me demande quand les autorités vont réagir. »
Barlen Caroopen dit également regretter que les pompiers de St-Aubin, mandés sur les lieux, n’ont rien pu faire, car ils n’étaient pas équipés. « Il a fallu attendre une autre équipe de Curepipe. Entre-temps, l’eau avait eu le temps d’envahir toute ma maison. »
Un peu plus loin, à Gros-Bois, Usha Devi Sawaruth, qui vit avec ses trois enfants, a une nouvelle fois subi les caprices du temps. A chaque grosse pluie, sa maison située près d’un canal est inondée. Tout le sous-sol était une fois de plus impraticable hier. Cela fait des années qu’elle entreprend des démarches auprès des autorités pour trouver une solution à son problème. Mais rien jusqu’ici.
De son côté,  Richard Chattooa, toujours de l’Escalier, a été choqué, hier après-midi, de constater à quelle vitesse la maison de son voisin, à SSR Lane, avait été inondée. « Avec le changement climatique, on découvre que ce n’est plus les rivières en crues qui sont les sources des inondations dans les villages, aujourd’hui, mais les champs de canne qui débordent et entrainent de graves conséquences pour les habitants qui vivent à proximité ». Il explique comment il a aidé à évacuer l’eau du domicile de son voisin, à L’Escalier, avant de se rendre à Rose-Belle, hier après-midi. « Dilo  ti pe rantr dan lakaz, dan lakur ».
Le-Bouchon, où habite Sylvestre Seblin, n’a pas été épargné non plus. « Il y avait des accumulations d’eau à Mon-Trésor-Mon Desert, L’Escalier, Trois-Boutiques et Le-Bouchon. Des maisons étaient inondées, les habitants de la région et les automobilistes éprouvaient beaucoup de difficultés à circuler vers 15 heures » raconte-t-il.
Dhiraj Seewoogoolam, conseiller du village de Rivière-des-Créoles, n’est pas tranquille lorsqu’il pleut des cordes. Il est inquiet pour les conducteurs qui doivent traverser dans les deux sens sur le pont situé à quelques mètres du centre communautaire de la localité. « Li represente ene vrai danze. Pas kapav sirkile. Guvernma sanze, nanyen pa ine sanze », constate-t-il avec colère.