Le ministère de la Santé apportera des changements au programme de la méthadone. Cette fois, le gouvernement décide sans aucune consultation avec ses partenaires, alors que le ministre Anil Gayan met en avant ses observations personnelles pour évoquer un nouveau cadre. D’aucuns craignent fortement que le nouveau système ne réponde pas à la réalité et que le programme soit mis en péril. Ce qui aura de lourdes conséquences pour le pays.
« Comment le ministre peut, de lui-même et sans aucune consultation, décider qu’il faut changer ce programme du jour au lendemain ?  » se demande un membre du personnel médical attaché au service de la méthadone dispensé depuis 2006.
Déjà, les choses se mettent en place. Depuis le début de la semaine dernière, plus aucun nouveau patient n’est admis sur la méthadone. Cette décision a été prise par le ministère de la Santé, qui annonce des changements dans ce programme d’accompagnement médical pour les personnes souffrant de dépendance aux opiacés.
En attendant, les centres à travers lesquels les patients sont encadrés avant d’être envoyés sur le traitement ont eu pour instruction d’arrêter ce volet de leurs activités. Cette décision n’est pas sans conséquence, certains de ces centres se retrouvent avec des listes d’attentes variant de 75 à 90 personnes.
N’ayant aucune réponse plausible à leur donner à ce stade, les travailleurs sociaux de même que le personnel médical restent dans l’attente de la décision du ministère de la Santé. L’impatience des patients et de leurs proches qui voyaient en la méthadone une réelle lueur d’espoir monte. Confrontés aux crises de manque, d’aucuns repartent vers les drogues illicites, mettant de côté les espoirs affichés.
Cette nouvelle décision renforce la crainte entretenue par des ONG, des membres du personnel médical, des usagers et leurs proches quant à un éventuel arrêt du programme de maintenance à la méthadone. Les nouvelles mesures appliquées par le gouvernement autour de ce projet depuis janvier et les récentes déclarations du ministre sur la question annoncent des bouleversements conséquents. Anil Gayan a clairement exprimé son scepticisme quant au protocole médical appliqué autour de la méthadone.
Rupture du dialogue avec la société civile
Auprès des ONG, ce sont les mêmes questions qui reviennent. Mais dans le giron, on n’ose pas s’exprimer ouvertement, par crainte de représailles. Depuis son arrivée, le ministre s’est montré très peu disposé à approfondir le dialogue avec la société civile sur les questions touchant aux drogues et au VIH. Parmi ceux qui ont tenté d’entamer la conversation, quelques-uns expliquent que les choses « ne se sont pas très bien passées. Nous avions eu l’impression d’avoir à peine été écoutés ».
Situation paradoxale, puisque sur ces sujets, il est un fait que c’est la vigilance et les efforts des ONG et des travailleurs sociaux qui ont toujours poussé le gouvernement à réagir, même dans les situations les plus délicates. Jusqu’à récemment, ces secteurs fonctionnaient à travers l’étroite collaboration qui existait entre la société civile et le gouvernement.
Initialement, c’est à travers une réflexion commune entre les représentants de différents ministères, de la police, des spécialistes internationaux et locaux engagés dans la lutte contre le VIH, contre la drogue et encore les usagers eux-mêmes que Maurice avait pris la décision d’introduire la thérapie de maintenance à la méthadone en 2006. Il y avait eu au moins trois années de réflexion autour.
Cela avait engagé deux gouvernements différents, le PTR avait terminé ce que le MSM-MMM avait commencé sur ce dossier. Cette mesure de réduction des risques était l’une des réponses apportées à la hausse fulgurante dans la contamination au VIH. C’est aussi à la même période que la AIDS Act a été votée et que le programme d’échange de seringue avait démarré.
Les résultats n’avaient pas tardé à apparaître : l’incidence du VIH a chuté de plus de 60% chez les usagers. La méthadone a permis à plusieurs de décrocher des drogues dures et de reprendre une activité normale. Depuis, moins de crimes liés aux drogues dures ont été notés. « Ce serait une catastrophe », laisse-t-on entendre au sujet d’une éventuelle annulation du programme. Le risque est que les patients retournent vers les drogues, ce qui ferait repartir le commerce du brown sugar et des autres drogues injectables.
À son arrivée au pouvoir, le nouveau gouvernement avait commencé par changer le protocole jusqu’alors observé avant qu’un patient n’entre sur la méthadone. Le centre d’induction avait cessé ses activités et les usagers étaient pris en charge en Day Care. Plus tard, plusieurs points de distribution avaient été délogés vers des postes de police malgré les fortes contestations.
Cette décision suivait les doléances reçues à l’effet que certains patients troublaient l’ordre public. Une observation réelle dans plusieurs cas qui s’expliquait du fait que le programme de maintenance n’avait été que partiellement appliqué. L’accompagnement psychosocial destiné à permettre la réinsertion des usagers avaient été mis de côté. Quelques-uns se retrouvaient ainsi toujours dans la grande précarité et sans emploi.
Il était plutôt attendu que le gouvernement corrige ces lacunes longtemps décriées. Dans la conjoncture présente, il semblerait que des changements interviennent aussi au niveau du programme d’échange de seringues.