Deux semaines après leur rencontre avec le ministre de la Santé Anil Gayan – qui était absent du pays jusqu’à cette semaine –, les travailleurs sociaux Cadress Rungen, du Groupe A de Cassis, et Imran Dhanoo, du Centre Idrice Goomany (CIG), expriment leurs « vives inquiétudes quant aux 200 patients qui sont sur la liste d’attente pour éventuellement être traités au Suboxone et au Naltrexone ». Ils expliquent : « De sources diverses, notamment de certains patients eux-mêmes, qui suivent régulièrement le “screening” proposé par le ministère de la Santé, nous avons appris que ce n’est pas avant quatre à six mois que le Subuxone et le Naltrexone seront administrés aux éventuels patients. » De ce fait, nombre de ces 200 patients pourraient recommencer à se droguer, « ce qui compliquerait les choses » Les travailleurs sociaux questionnent : « En attendant, pourquoi ne pas les traiter à la méthadone? puisque ce produit est actuellement disponible ? »
« Les autres patients qui viendront se faire enregistrer dans les prochains mois, continuent nos deux interlocuteurs, pourront, eux, bénéficier de la désintoxication prônée par le ministère de la Santé, par le biais du Suboxone et du Naltrexone. » Cadress Rungen et Imran Dhanoo expliquent : « Le Groupe A de Cassis a recensé 92 patients actuellement qui attendent depuis plusieurs mois de bénéficier du traitement à la méthadone. Au CIG, la liste a atteint 110 patients… Parmi eux, plusieurs ont déjà suivi régulièrement le “screening” proposé par le ministère de la Santé depuis quelques semaines?. Ils ont été dirigés vers des centres prônant une politique de “drug free” ou qui utilisent des traitements à base de codéine. » Cependant, nuancent nos deux interlocuteurs, « l’usage de la codéine n’est pas efficace », poursuivant : « Cela fait des années que nous avons tenté l’expérience et elle n’est concluante que dans très peu de cas. D’où le recours à la méthadone?, qui, nous le rappelons encore une fois, a fait ses preuves ?! »
Qui plus est, précise Cadress Rungen, « déjà dans les 92 patients que nous avons au centre, un certain nombre ne donne plus signe de vie, ce qui équivaut à dire qu’ils ont opté pour une solution triste et regrettable : ils ont décidé de continuer à se droguer ». Ce que corrobore son collègue Imran Dhanoo. « Le danger, rappellent les deux travailleurs sociaux, c’est que quand ces Usagers de Drogues Injectables (UDI) retournent dans les rues, on ne peut pas garantir qu’ils utilisent des seringues stériles?, qu’ils se rendent sur les sites d’échanges de seringues et qu’ils ont des comportements qui ne sont pas à risques. Car on ne cessera de le répéter : échanger des seringues souillées ramènera le sida à grands pas ?! Et incidemment, avoir des relations sexuelles sans protections fera aussi augmenter le nombre de Mauriciens porteurs du virus. » Le responsable du Groupe A de Cassis avertit : « Ce n’est pas parce qu’on est parvenu, grâce à l’usage de la méthadone principalement, à contenir l’épidémie du sida que le danger n’existe plus ?! » Et de renchérir : « Ce n’est pas une raison valable pour penser que l’on peut “phase out” les programme de Réductions de Risques (RdR) ?! Ce serait commettre une terrible erreur, qui a coûté cher à certains pays où l’épidémie du sida a flambé quand ils ont pris des décisions similaires. »
Imran Dhanoo estime pour sa part que « sur une base purement humanitaire, le gouvernement doit permettre à ces 200 UDI en attente de bénéficier du traitement à la méthadone ». Plusieurs patients interrogés expliquent : « Des personnes dans le giron du ministère de la Santé nous ont expliqué que ce n’est pas avant quatre à six mois que le gouvernement introduira le Suboxone et le Naltrexone. » En se basant sur ces informations, Imran Dhanoo et Cadress Rungen suggèrent à Anil Gayan de « donner leur chance à ces patients qui attendent de bénéficier de la méthadone ». Le directeur du CIG donne l’exemple d’un couple d’UDI sur sa liste d’attente. « Or, l’épouse, qui est enceinte de six mois maintenant, ne peut être traitée qu’avec de la méthadone afin de protéger son enfant. Sinon, le bébé aura des répercussions inévitables à sa naissance. »
Par ailleurs, les deux travailleurs sociaux lancent un appel au ministre de la Santé : « Lors de notre réunion, il y a deux semaines, il était question que des officiers et techniciens de ce ministère entretiennent une communication régulière avec nous. Or, durant ces deux semaines que le ministre était absent du pays, personne ne nous a contactés. Nous étions tellement confiants que le dialogue avait été instauré… Souhaitons qu’il ne soit pas de nouveau rompu ! Peut-être que cette troisième semaine sera porteuse de messages positifs. »