Le 17 avril dernier, Renaud Bernardet a présenté son métier aux étudiants en histoire de l’Université de Maurice. Il était aux côtés de l’archéologue Diego Calaon, qui, pour sa part, a présenté un bilan des recherches archéologiques effectuées ces dernières années près du site de l’Aapravasi Ghat, à l’emplacement du futur Beekrumsing Ramlallah Interpretation Centre (BRIC).
Restaurateur d’objets archéologiques, Renaud Bernardet s’est spécialisé dans les métaux. Il existe quatre grandes écoles agréées en France pour la restauration. Notre interlocuteur a été formé pour sa part à celle de la Sorbonne, qui s’intéresse particulièrement au secteur archéologique. Actuellement en poste en Italie, son parcours professionnel l’a amené à intervenir sur de nombreux vestiges celtiques parmi les plus anciens. Il se souvient d’ailleurs comme si c’était hier du premier casque de guerrier celte auquel il a redonné sa rutilance. « J’aime beaucoup les objets techniques », nous confiait-il alors qu’il retapait une faïence anglaise d’une toute autre époque, probablement début XIXe, qui a été trouvée en petits morceaux dans le sous-sol du futur espace d’exposition.
Achevée le mercredi 2 mai, sa mission à Maurice a surtout consisté à commencer la restauration des objets collectés sur le dernier chantier de fouille du site de l’Aapravasi Ghat. Lorsque nous l’avons rencontré, il s’apprêtait à « stabiliser » quatre caisses remplies d’artefacts métalliques classés par tailles et par nature et répartis dans des sachets plastiques précisément étiquetés. Il réfléchissait également à la méthode qu’il allait employer pour démonter et remonter aux fins d’exposition les vestiges d’une amphore indienne en terre cuite.
Incomplet, le bol en faïence anglaise peint à la main a été partiellement reconstitué, sans que l’on ne crée de pièce à l’identique. Le restaurateur veille avant tout à consolider ce qui reste de l’objet et à lui redonner une forme puisqu’il a été brisé. Il s’efforce aussi de le rendre le plus stable possible, en comblant par exemple les parties vides avec un élément neutre. « Tout ce que nous faisons doit être lisible et réversible », nous explique-t-il. En d’autres termes, le futur visiteur du musée saura parfaitement quelles parties de l’objet sont d’époque. « Le restaurateur, précise-t-il entre autres choses, doit aussi connaître la chimie des matériaux et savoir anticiper sur leur réaction à tel ou tel traitement, sur leur évolution dans tel ou tel contexte. » Aussi un rapport précis de traitement est consigné pour chaque objet restauré, afin que d’autres spécialistes puissent procéder sans dommages à de nouvelles interventions si cela s’avère nécessaire un jour.
Les objets les plus délicats à restaurer sont souvent ferreux, particulièrement lorsqu’ils viennent de sols imprégnés d’eau de mer… Renaud Bernardet nous montre d’ailleurs des pièces qui s’effritent sous les doigts. L’oxygène et l’humidité en ont en effet relancé la corrosion une fois qu’elles ont été extraites de terre. Si des couches de corrosion peuvent encore contenir un motif totalement intact, parfois vieux de plusieurs siècles, il importe de bloquer très vite cette réaction chimique, en les conditionnant avec un gel dans des récipients hermétiques. Parfois il faut les débarrasser de sédiments ou les radiographier pour en sonder la structure.
L’expert avance deux certitudes en ce qui concerne ces artefacts : il serait inutilement coûteux de les traiter à l’étranger ; et, l’équipement et l’ouverture du laboratoire de restauration de Mahébourg sont attendus avec impatience du côté de Trou-Fanfaron.