S’il existait un prix pour le CEO le plus satisfait de la performance de son entreprise, il faudrait le décerner au responsable du tramway qu’on s’obstine toujours à appeler métro. Depuis l’ouverture du chantier, il y a plus de deux ans, il ne se passe pas de semaine — et depuis novembre de l’année dernière — sans que le CEO du Metro Express ne fasse une déclaration pour dire sa satisfaction de son travail.

Tous les nombreux points négatifs entourant la construction des voies ferrées et le fonctionnement du tramway sont mis de côté, pour ne pas dire ignorés. Ignorés les changements de la circulation autour du tracé qui ont empoisonné la vie des habitants de Beau-Bassin/Rose-Hill et ont créé un embouteillage permanent sur leurs routes. Mise de côté l’absence de prévision qui a donné l’impression que les différentes équipes travaillaient chacune de leur côté. Pas prise au sérieux les récriminations des automobilistes confrontés aux déviations et autres fermetures de routes décidées on ne sait par qui et selon quelle logique.

Pour le CEO de Metro Express, tout va très bien, madame la marquise, les passagers sont « émerveillés » et le tramway est en train de résoudre la congestion routière entre Rose-Hill et Port-Louis. Il faudrait que ce CEO satisfait arrête de s’autocomplimenter et quitte son tramway pour aller faire un tour en voiture ou en autobus sur les routes. Le niveau d’embouteillage a sensiblement augmenté avec la mise en opération du tramway et les changements intervenus dans la circulation pour permettre le voyage de Port-Louis à Rose-Hill en 20 minutes. Ces changements, qui donnent priorité au tramway, ralentissent la circulation des voitures et des autobus et augmente sensiblement le temps du trajet Rose-Hill/Port-Louis. Sans compter le stress et l’énervement qui vont avec.

Le CEO satisfait de lui a raison de dire que le tramway effectue le trajet entre la capitale et Rose-Hill en seulement vingt minutes. Mais il passe sous silence le temps que le passager prend pour sortir de chez lui pour arriver à la gare à pieds ou en navette. Il ignore aussi le fait que de Victoria Central à la rue Moka, à côté de Rogers, il faut contourner une partie du Caudan Waterfront et prendre le tunnel sous l’autoroute. Tant que le pont reliant la gare du tramway à celui des autobus ne sera pas terminé, le temps gagné en tramway sera perdu dans le temps de marche nécessaire pour quitter la gare et arriver « en ville ».

Ce pont, en voie d’édification, est l’illustration de la méthode utilisée par la construction du réseau du tramway qui peut se résumer par un fameux dicton : mettre la charrue avant les bœufs, car c’est après avoir construit le réseau qu’on va s’occuper des voies permettant aux passagers de l’emprunter. C’est après avoir mis en application les déviations routières qu’on a pensé qu’il était utile d’en informer les automobilistes. C’est cinq jours après avoir lancé les navettes qu’on a jugé bon de publier leurs horaires et leurs itinéraires. Par ailleurs, on ne sait toujours pas combien coûtera le ticket de ces autobus quand la période gratuite sera terminée.

Pour suivre le fonctionnement « aux normes internationales » du Metro Express, selon son CEO, c’est sûrement en entrant dans une navette qu’il croyait gratuite que l’utilisateur découvrira soudainement qu’elle est devenue payante.

Après avoir décrété que construire des voies ferrées à Maurice était une folie, le MSM/PMSD/ML a fait machine arrière pour en faire un de ses grands projets. Et comme les nouveaux convertis, ils passent leur temps à vanter les mérites du projet qu’ils se sont approprié. Il est d’ailleurs amusant de rappeler que parmi les élus MSM — les ex-MMM — qui aujourd’hui reprennent les slogans d’autosatisfaction du CEO du Metro Express, figurent au moins trois politiques qui avaient manifesté contre le projet : Mme Diolle et messieurs Ramano et Ganoo.

Le dernier nommé détenant aujourd’hui le portefeuille de ministre du Métro. Comme quoi, pour réussir en politique à Maurice, il faut savoir retourner sa veste et dire aujourd’hui le contraire de ce qu’on affirmait avec une égale conviction hier. Tous les Mauriciens en conviennent : il était impératif d’adopter un système pour réduire le problème de la circulation routière à Maurice. Le tramway pourrait, s’il est utilisé intelligemment, si la communication autour est bien faite, s’il est utilisé avec les autres modes de locomotion dans le cadre d’une stratégie globale, contribuer à solutionner le problème. Ce n’est certes pas en pratiquant l’autosatisfaction que l’on atteindra cet objectif.