Le front commun anti-métro est d’avis que le métro express n’est pas dans l’intérêt des Mauriciens. Ses animateurs dénoncent un « projet imposé par l’Inde » et des « dommages collatéraux » surtout pour ceux qui doivent céder leur terrain pour le tracé. Autant de raisons qui mènent le front commun à réclamer des consultations publiques avant la signature du contrat pour la réalisation du projet. L’opinion des citoyens doit être prise en considération, insistent ses porte-parole.
Le front commun anti-métro est constitué des syndicats du transport, de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM) et de travailleurs sociaux, entre autres. Ses animateurs invitent d’ailleurs des citoyens à les rejoindre pour résister à ce projet d’envergure « qui pourrait avoir des retombées néfastes graves pour le pays ». Jayen Chellum, de l’ACIM, précise que le front commun n’est pas contre le développement, mais qu’il est pour le respect des procédures et un projet à visage humain. Tel n’est pas le cas actuellement, selon lui. D’où la possibilité que le métro express ait un « impact désastreux » sur le pays.
Le secrétaire général de l’ACIM a dénoncé la campagne menée actuellement sur la MBC. « Ce projet est présenté comme un projet de développement. Il paraît que le transport est devenu un aspect fondamental du développement, alors qu’aux dernières élections, c’est ce même gouvernement qui se disait contre le métro léger car il allait plomber les finances publiques ». Le front commun souhaite une politique nationale du transport et du développement urbain. Jayen Chellum se demande également quelles études ont été entreprises pour démontrer que le métro est plus avantageux que le bus. Pour lui, un Bus Transit System aurait été plus approprié et aurait permis un développement intégral, incluant les grands villages.
Il dénonce également la manière dont le financement de l’Inde est présenté pour ce projet. « Il ne s’agit pas d’un cadeau. C’est l’argent de la compensation suivant la renégociation du traité fiscal. Qui plus est, c’est l’Inde qui décide comment Maurice doit dépenser cet argent. L’ex-Premier ministre avait fait une requête pour investir la somme dans la gestion de l’eau, mais l’Inde a refusé. Pour moi, la négociation a été mal faite. Aujourd’hui, l’Inde vient nous imposer le métro avec cet argent ».
Salim Muthy est lui d’avis que l’introduction du métro express est une décision « antidémocratique » et que les droits constitutionnels des Mauriciens ont été bafoués. « C’est contre les pratiques de bonne gouvernance ». Il réclame ainsi des consultations nationales avant la signature du contrat. « Comme il n’y a pas eu de licence EIA, nous ne savons pas quels sont les impacts négatifs possibles. Nous risquons de nous retrouver dans une situation irréversible ». Selon lui, le pays pourrait se retrouver au bord du gouffre de l’endettement. Il dénonce également la délocalisation de nombreuses familles et les espaces verts « sacrifiés ».
Pour lui, le gouvernement doit donner des garanties à ces familles. « Ces personnes ont acheté un terrain au prix de nombreux sacrifices. Aujourd’hui, après 40 ans, on vient les déraciner. Quelles garanties ont-elles pour l’avenir ? Il y a encore 1 500 familles expropriées de leurs terrains pour la route Verdun/Terre-Rouge qui attendent toujours leurs compensations ».
Salim Muthy se demande également où le gouvernement trouvera de l’argent pour des subsides sur le ticket de métro. « Comment va-t-on faire pour que le ticket soit aligné à celui du bus, y aura-t-il plus de taxes que les Mauriciens devront payer, même ceux qui ne voyageront pas par le métro ? »
Gorah Enathally, du syndicat des employés d’UBS, s’est lui demandé s’il y a eu des études réalisées avant l’introduction du métro express. « Si tel est le cas, pourquoi ne pas le rendre public ? » Il insiste également sur la nécessité d’un débat public pour donner des réponses aux Mauriciens. Le front commun s’est d’ailleurs prononcé en faveur d’un débat télévisé avec le ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, sur le sujet. Gorah Enathally souligne également qu’à la Réunion, la ville du Port avait un projet similaire de tram qui a par la suite été abandonné.
Poorranarnenden Sungeelee, ingénieur mécanique, a lui réalisé une étude sur le métro léger en 1994. Il est d’avis que « l’Inde ne possède pas la technologie de pointe pour le métro ». Ce qui pousse la plateforme à dire que « Maurice servira de cobaye, de vitrine pour que l’Inde obtienne des contrats en Afrique ». Mettant en garde contre l’endettement, l’ingénieur fait encore ressortir que dans plusieurs pays, des compagnies ont enregistré des pertes avec le métro et ont licencié des milliers de travailleurs.