À J-7 du démarrage des travaux sur le terrain, le prochain obstacle qu’auront à franchir les autorités dans la mise à exécution du projet de Metro Express se situe au niveau de l’EIA Licence. Avec la Cour suprême appelée à trancher cet après-midi le litige au sujet de la mise à exécution des Eviction Orders contre 36 occupants de terrain sur le tracé du Metro Express, 21 à Résidence Barkly et 15 dans la région de La Butte, la résistance devrait s’articuler dans les jours ou semaines à venir autour de l’Environmental Impact Assessment Licence. D’ailleurs, lors d’une rencontre de sensibilisation et d’information, organisée hier à Barkly à l’initiative du Père Eddy Coosnapen, curé de Sacré-Coeur, l’ancien ministre de l’Environnement et député de Beau-Bassin/Petite-Rivière (No 20), Rajesh Bhagwan, en a donné une indication lors de son intervention. D’autre part, poursuivant sur sa lancée, ce membre du clergé du diocèse de Port-Louis a obtenu la participation de membres du gouvernement, dont les ministres Nando Bodha, Anil Gayan et Etienne Sinatambou, à une autre séance de travail avec les habitants de Barkly cet après-midi au sujet des séquelles du Metro Express. Entre-temps, le couperet est tombé à la MBC avec le directeur général, Meckraj Baldowa, forcé à Step Down et le Chief Editor, Jagdish Jattoo, sanctionné pour censure des incidents et des tensions de vendredi à Barkly et à La Butte dans le bulletin d’informations de ce même jour.
Indépendamment du dénouement en Cour suprême de l’aspect de l’éviction des occupants de terrain sur le tracé du Metro Express à Barkly et à La Butte, une autre zone d’ombre perdure et pourrait parvenir aux devants de l’actualité d’un moment à l’autre. Les procédures en vue d’obtenir une EIA Licence pour le projet pourraient donner lieu à des tractations. Dans un premier temps, le gouvernement avait voulu exempter ce projet de toute procédure pour une EIA Licence. Mais l’hôtel du gouvernement a dû faire machine arrière devant le tollé soulevé et la Motion of Disallowance présentée par le PMSD à l’Assemblée nationale.
Néanmoins, en dépit de la garantie à l’effet que cette étude en vue d’une EIA Licence sera confiée à la société de consultants Singapore Cooperation Enterprise, très peu de détails ont transpiré quant aux intentions et étapes enclenchées. Profitant de son expertise en la matière, l’ancien ministre de l’Environnement Rajesh Bhagwan a soulevé la question lors de la réunion avec les habitants de Barkly hier matin. « Les autorités ne peuvent continuer à jouer à kouk kasyet avek popilsayon lor Metro Express. Les procédures en vue d’une EIA Licence impliquent une série de consultations avec les habitants et surtout ceux qui habitent ou qui opèrent des business sur le trajet entre Curepipe et Port-Louis. Ces derniers doivent être informés de l’impact du Metro Express sur leur quotidien. Gouvernman pa pu kapav sove divan so responsabilite vizavi popilasyon », s’est appesanti le député Bhagwan au Mauricien après la réunion d’hier matin.
Non seulement les commentaires et observations de la population doivent être tenus en ligne de compte, il y a aussi les réactions des ministères, comme ceux de la Santé, des Administrations régionales et des Infrastructures publiques à être intégrées dans le rapport en vue d’allouer cette EIA Licence. Les répercussions du passage du Metro Express sur le trafic routier dans les principales agglomérations urbaines devront constituer un chapitre majeur, avec probablement un Traffic Assessment Report s’avérant crucial. Cet aspect de l’équation assumera toute sa pertinence à Quatre-Bornes où le Metro Express devra changer la configuration de la route St-Jean, et également la Promenade Roland Armand entre Rose-Hill et Beau-Bassin sans oublier la région de La Butte à l’approche de la capitale.
En attendant de prendre connaissance des détails de l’EIA report du gouvernement, le mood est toujours aux consultations sur le terrain. Après une première rencontre hier, dimanche, à la chapelle Notre-Dame-de-la-Confiance, Résidence Barkly, les ministres Collendavelloo, Bodha et Sinatambou ainsi qu’Alain Aliphon, Parliamentary Private Secretary, ont rendez-vous avec les habitants aujourd’hui. La rencontre tournera autour des préoccupations de l’ensemble des habitants de Résidence Barkly : « Les bouleversements que l’installation et la concrétisation de ce mode de transport apporteront dans notre vie quotidienne ; les sentiments de peur et d’insécurité qui habitent nombre d’entre nous devant ce projet qui s’enclenche sans notre participation, sans notre inclusion ; les conditions de délogement/compensation, le tracé du métro, l’impact environnemental, les conséquences des va-et-vient de ces masses de ferrailles sur la fragilité et vétusté des maisons de Résidence Barkly, le délogement et la relocalisation des aménités de base (poste de police, centre de jeunesse, aires de jeux) », déclare Hedley Coosnapah, président du CPQ, Résidence Barkly.
De son côté, Jyane Chellum, coordonnateur de la Plateforme Anti-Metro, s’interroge encore sur l’empressement de Lalyans Lepep à engager les travaux du Metro Express alors que pendant la campagne électorale de décembre 2014 et même après, ce projet avait été écarté. « Ce gouvernement surfe sur la vague opérationnelle du Metro Express mise en place par l’ancien gouvernement. Personne ne s’attendait à ce que tout serait mis en branle à la vitesse TGV par ce gouvernement Jugnauth pour faire démarrer ce projet. Et pire, que toutes les promesses préélectorales seraient oubliées aussi vite. Et pis, que ce gouvernement adopterait une approche légalo-légaliste en prenant au vol toutes les mesures légales adoptées par l’ancien gouvernement pour annoncer son intention d’approprier des terrains par voie de Compulsory Acquisition », déclare Jayen Chellum, qui réclame une approche plus humaine de l’hôtel du gouvernement.