À une question parlementaire du député Patrick Armance, cette semaine, sur la compulsory acquisition de certaines terres à La Butte, le ministre des Infrastructures publiques et du Transport, Nando Bodha, a indiqué que son ministère considérerait chaque cas, un à un, sur une base humanitaire. Quant à donner plus de détails sur le projet, le ministre a indiqué qu’ils seront rendus publics à la conclusion de l’exercice de Request for Proposal dont la clôture est fixée au 16 mai prochain. En attendant, des habitants concernés par le tracé à La Butte, ne vivent plus. Certains n’entendent pas bouger de l’endroit où ils ont vécu plus d’une trentaine d’années, de surcroît, avec un préavis de seulement trois mois. Ils mettent en relief le « sérieux problème » de glissement de terrain pour souligner la dangerosité du projet dans cet endroit. Le Front commun national, lui, organise une manif le 20 avril à Port-Louis.
Nazooma Rujubali habite la rue Mgr Leen, Port-Louis, depuis 33 ans et son époux depuis encore plus longtemps. « Mon beau-père a vendu des gâteaux piments pour construire sa maison ici. Par la suite, mon mari a construit notre maison de ses propres mains, petit à petit. C’est la raison pour laquelle il est d’autant plus affecté. Cette histoire le fatigue alors qu’il souffre déjà du diabète. Il n’arrive plus à manger. Nous ne dormons plus. Le sommeil nous a fuis. Ce n’est guère facile que tout d’un coup l’on vienne vous dire d’évacuer l’endroit où vous avez toujours vécu dans un délai de trois mois », témoigne cette mère de famille, le visage fermé et les traits visiblement tirés par le manque de sommeil. Dans une lettre datée du 23 mars, le ministère des Terres et du Logement écrit qu’une somme de Rs 1 509 394.89 a été approuvée pour être payée aux héritiers de ses beaux-parents. Nazooma Rujubali fait ressortir qu’il y a quatre héritiers et que chaque famille aura de fait environ Rs 375 000. « Comment voulez-vous acheter un terrain avec cette somme ? » s’exaspère-t-elle. « Nous n’aurons même pas une maison en tôle avec cet argent ! En trois mois, comment pouvons-nous aller à la recherche d’un terrain ? » s’offusque-t-elle encore. Sans compter qu’il y a aussi son fils, « qui s’est marié en 2014 et qui a commencé à construire à l’arrière mais qui n’a pu terminer sa maison ».
La lettre invite les habitants de cette propriété à quitter les lieux en ces termes : « Heirs of Late Mrs Mansoor Rujubali are therefore given a delay of three months as from the date of this letter to quit and vacate the above-mentioned site of the extent of 137.18m2 as same will be used for the implementation of the Metro Express Project ». Mais, pour l’heure, la famille Rujubali n’effectue aucune démarche dans le sens de l’acquisition d’un terrain, si ce n’est que l’époux de Nazooma Rujubali s’est engagé pleinement dans les diverses rencontres du Front commun national en vue de contester le projet. « On a laissé entendre qu’on nous ferait évacuer par des policiers. Mais, nous ne bougerons pas d’ici ! »
Nazooma Rujubali regrette le fait que jusqu’ici « aucun représentant des autorités ne soit venu nous voir pour discuter de ce problème ». « Nous avons simplement reçu la visite d’un arpenteur qui nous a indiqué l’endroit où le métro devrait passer », soit la quasi-totalité de la cour familiale. « Lakaz-la, ki ete sa ? Gato sa ? Pou koupe en de ! » Pour les Rujubali, « il existe une alternative, celle de faire passer le métro sur des pilotis ».