Aujourd’hui expire le délai pour le départ des habitants de La Butte, dont les maisons se trouvent sur le tracé du futur métro. Chez les Rujabali, ce matin, le père de famille, écrasé sous le poids du stress causé par cette pression des autorités, n’a pu qu’éclater en sanglots. Partagé entre épuisement, émotion et révolte, il dit encore une fois « ne pas savoir où aller » avec sa famille. Il déplore le fait d’avoir reçu sa “notice” le 29 août pour partir deux jours plus tard, soit le 31 août. Plus bas, un autre habitant, devant céder une partie de sa maison au projet Metro Express, s’affairait à enlever la tôle de son garage. Selon le ministère du Transport, la question de l’extension du délai devrait être discutée aujourd’hui devant un comité interministériel présidé par le ministre Collendavelloo.
Reprenant ce qui circulait à travers les médias ce matin, à l’effet que dans le cadre de Qurbani la date butoir du 31 août sera étendue, Azam Rujabali se demande comment sa famille peut célébrer une telle fête à un moment aussi difficile de sa vie. « Nou pena Qurbani pou fete mo frer. Notre maison à elle seule est un sacrifice ?! J’ai installé marbre par marbre, bloc par bloc… » Sous le coup de l’émotion, il craque et pleure. « Je ne pleure jamais. Je crois que je suis en train de vivre mes derniers jours. Je suis épuisé. Jamais n’ai-je dit que je suis fatigué. Mais aujourd’hui, je le suis. Je suis vidé. Je n’en peux plus. » Le voyant dans un tel état, sa femme s’inquiète avant d’avoir à son tour les yeux baignés de larmes. La soeur d’Azam ne parvient pas non plus à retenir ses émotions sous les regards pleins d’angoisse de la fille et du fils. « Ma soeur est souffrante. Elle est une personne différente qui vit dans son monde et aujourd’hui, la voir pleurer… »  
Alors que le délai expire aujourd’hui, le père de famille se demande toujours où aller. « Mon compte bancaire est à sec. Je ne travaille pas depuis deux ans. Je travaille à gauche et à droite. Mais ce n’est pas le problème du gouvernement ça ?! Je ne reculerai pas car j’ai trop souffert. Je camperai sur ma décision. Mo leker pou arete kan pou kraz sa lakaz-la. Vous parlez de Qurbani et vous déracinez les gens ?? Ce n’est pas Qurbani, c’est un crime. » Toutefois, au niveau du ministère du Transport, on soutient qu’il n’a jamais été question de Qurbani. Mais qu’un comité interministériel devrait aujourd’hui, à la mi-journée, discuter d’une éventuelle extension du délai.
Les autorités sont allées hier rendre visite aux habitants concernés pour leur rappeler qu’ils doivent partir aujourd’hui. Cependant, ce que ne comprend pas la famille Rujabali, c’est que ce n’est que le 29 août qu’ils ont reçu leur notice les avertissant qu’ils devraient quitter les lieux le 31 août. De plus, la notice qui leur a été adressée serait différente de celle reçue par les autres voisins. « On parle de nous envoyer en prison si on ne respecte pas le délai. » En effet, sur la note en question, il est mentionné que si la famille ne respecte pas le délai, « you will be prosecuted and shall, on conviction, be liable to imprisonment for a period not exceeding 5 years (…) notwithstanding you will be removed immediately ».
Pour Azam Rujabali, le gouvernement se serait tendu lui-même un piège « quand le Premier ministre a dit que c’est parce que la zone est à risque que les squatters entre les rues Mgr Leen et Bell-Village, à l’arrière de la grotte, sont délogés vers Pointe-aux-Sables ». Ainsi, le gouvernement reconnaît, selon lui, que la zone est dangereuse. Dans une notice datée du 23 mai, le ministère des Terres informe en effet les habitants que l’endroit n’est pas « suitable for residential purposes as it is a high landslide risk area ». Par ailleus, s’agissant de la compensation, les autorités devraient rencontrer les habitants aujourd’hui pour étudier la question au cas par cas.