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  • Un accident évité de peu entre le metro et une voiture par un coup de frein qui a blessé un passager
  • Des cordons de sécurité placés en guise de barrière aux passages à niveau !
  • Les feux de signalisation mal synchronisés ?

« Ce sera le chaos si le Metro Express n’est pas mis sur pilotis au rond-point de Beau-Bassin, en face de l’église Sacré-Cœur. » C’est ce qu’avait fait valoir l’ancien leader de l’opposition, Xavier Duval, lors d’une PNQ adressée à l’ancien ministre du Transport, Nando Bodha, en novembre 2018. Cette question maintes fois évoqué par Week-End revient sur le tapis, un an plus tard , dans le sillage de l’entrée en vigueur du Free Passenger Service, dimanche dernier et la circulation, en moyenne toutes les cinq minutes, des Urbos 100 sur ce carrefour transformé en un passage à niveau et particulièrement encombré aux heures de pointe. L’impression qui se dégage pour l’instant c’est que les craintes se révèlent fondées avec en plus des véhicules pratiquement à l’arrêt avançant, centimètre par centimètre, sur cette artère principale des villes sœurs. L’absence d’un sytème de  barrière de sécurité exacerbe l’inquiétude des usagers de la route, surtout après l’incident de jeudi dernier où un conducteur de train  a brusquement appliqué les freins pour éviter de heurter une voiture ayant brûlé les feux de signalisation, ce qui a fait un blessé parmi les passagers du metro.

C’était la galère à Beau-Bassin, hier, durant toute la journée, et à un degré moindre au cours de la semaine écoulée aux heures de pointe. Coincés dans les embouteillages à la hauteur du magasin You Voon, certains automobilistes ont pu nous donner leurs avis sur le sujet. Et pour cause, ils sont dorénavant confrontés aux feux tricolores, censés gérer le flux de véhicules aux intersections. Un automobiliste qui emprunte cet axe quotidiennement estime avoir ainsi doublé son temps de trajet entre Beau-Bassin et Coromandel, près de 30 minutes, trajet qui dure généralement 15 minutes. « La situation se détériore. Imaginez maintenant ce qui se passera à la rentrée des classes », dit-il.

Cette situation apporte de l’eau au moulin du conseiller municipal Zaed Nanuck, qui avait, dès septembre 2018, dénoncé dans nos colonnes l’implantation d’une structure au sol sur ce centre névralgique de Beau-Bassin. « Au motif que le passage des rames sur pilotis aurait engendré un surcoût, les autorités ont décidé dans leurs grands bureaux de les faire passer au sol. Qui plus est, c’est la compagnie indienne Larsen & Toubro qui a soumis un Traffic Impact Assessment, alors que c’est la RDA et la TMRSU qui étaient censées conduire cet examen, surtout en ce qui concerne le passage des tramways qui aurait dû se faire sur pilotis sur ce centre névralgique de Beau-Bassin. Quand l’on pense que Larsen & Toubro agit à la fois comme constructeur et consultant, c’est hallucinant. Voilà le résultat aujourd’hui », souligne le conseiller.

Les autorités ont, semble-t-il, pris en considération l’une des recommandations du conseiller municipal concernant les deux voies de circulation transformées en une seule voie près de la place taxi, menant vers les routes Royale et Vandermeersch. « Je constate que depuis hier, samedi, les autorités ont pris la sage décision de permettre aux automobilistes d’utiliser à nouveau les deux voies comme c’était le cas avant », se réjouit Zaed Nanhuck.

La chute d’une passagère de 53 ans

Les préoccupations des usagers de la route s’étendent au-delà des embouteillages. L’absence de barrières de sécurité pour réguler le trafic avant les intersections n’est pas du goût des automobilistes, d’autant qu’il est particulièrement dangereux de vouloir tenter une traversée des voies dès que l’approche d’un train est signalée par les feux ferroviaires. La chute d’une passagère de 53 ans à l’intérieur du tramway qui filait derrière le poste de police de Beau-Bassin après qu’un automobiliste s’était engagé sur la voie ferrée, nécessitant un brusque freinage du conducteur de train, n’incite guère à l’optimiste.

En témoignent les nombreuses réactions sur le terrain et les réseaux sociaux, des zones d’ombre subsistent autour de la synchronisation des feux de signalisations : « J’ai démarré au vert à la rue Vandermeersch, puis en l’espace de quelques secondes, à mon grand étonnement, un tramway est apparu à ma droite que j’ai heureusement pu éviter à temps. J’ai fait comprendre à un préposé  qui m’accusait d’avoir grillé un feu rouge qu’en aucun cas je prendrais le risque de le faire justement à cause du danger que cela représente, mais il ne voulait rien entendre. J’ai déposé une plainte au poste de police de Beau-Bassin pour signaler l’incident pour finalement apprendre qu’effectivement il y avait un problème de synchronisation des robots depuis une dizaine de jours ! », a publié un automobiliste sur sa page Facebook, hier.

Dans un communiqué émis, vendredi dernier, Metro Express Ltd (MEL) explique que « le réseau du métro léger est conçu pour que le train ait la priorité sur les autres véhicules. Il est ainsi fortement conseillé aux usagers de la route de respecter strictement les nouveaux panneaux de signalisation qui ont été installés à toutes les intersections. Des caméras de surveillance ont été installées à des endroits précis et les images seront diffusées en direct à l’Operating Control Centre afin d’identifier les contrevenants. » Le communiqué ne dit rien en ce qui concerne l’installation des barrières de sécurité.

Pour l’instant, ce sont des cordons de sécurité tenus par des policiers, qui faisaient office de barrière hier !

Le prix du ticket fixé à Rs 20 pour un aller simple et Rs 30 pour un aller retour

Le prix du trajet sera aligné avec le prix du ticket d’autobus. Soit environ Rs 30 pour la ligne Rose-Hill/Port-Louis. Le Cabinet qui s’est réuni sous la présidence du Premier ministre, Pravind Jugnauth, vendredi, a pris note de l’adoption d’une approche en deux étapes en ce qui concerne les tarifs à payer pour les trajets. Les adultes paieront Rs 20 pour un voyage en une étape et Rs 30 pour un voyage en deux étapes. Quant aux enfants, ils auront à débourser Rs 11 pour un voyage en une étape et Rs 16 pour un voyage en deux étapes. Une telle décision découle de la promulgation des Light Rail Fares and Light Rail Tickets qui portent sur les tarifs, le paiement et la délivrance de billets par voie électronique et les infractions liées à toute fraude. Ce règlement prévoit également la gratuité des voyages pour les personnes âgées, les étudiants et les personnes handicapées. L’opération commerciale du Metro Express a été repoussée au 10 janvier. Cela fait suite aux perturbations causées par la dépression tropicale Calvinia ou les Metro Express Ltd avait été forcé de cesser temporairement ses opérations et de rentrer les trams au dépôt.

Allons-nous promener dans le tram !

Les organisateurs ont mis les bouchées doubles pour le premier trajet gratuit en tramway dimanche dernier. Entre animations musicales, danses et spectacles, les premiers passagers ne se sont pas ennuyés de la gare de Rose-Hill à la gare Victoria, Port-Louis. Week-End y était.

10 h 10. Tout le monde en voiture ! Les portes automatiques se ferment pendant que les passagers prennent place. Pas de bousculade, les premiers passagers, ticket à la main, sont à l’heure. Quelques mots du conducteur en anglais pour annoncer le départ, et c’est parti ! Dans l’engin, les passagers sont sages comme des images. Muets, les yeux ébahis, certains ont passé tout le trajet à admirer le paysage. En effet, s’il y a bien une chose d’impressionnant dans ce voyage, c’est bien le paysage qui défile devant soi.

« Nou’nn ariv lor bus-stop Vandermeersch la », dit une dame à son époux qui rétorque à son tour : « Pa bus-stop sa do, station sa. » Ce voyage est une invitation à la découverte de Maurice sous un autre angle, en hauteur. L’on (re) découvre des choses que l’on peine parfois à apprécier en autobus, à cause des fenêtres trop petits, des sièges un peu serrés, l’étroitesse des couloirs et des copassagers grippés qui ne veulent jamais ouvrir les fenêtres. Ainsi, à Grande-Rivière-Nord-Ouest, l’ancien pont ferroviaire trône fièrement aux côtés des nouveaux rails. Un pan de l’histoire jadis à l’abandon qui revit. « Bien zoli », s’exclame d’ailleurs au même moment une des passagères.

A l’arrêt de Vandermeersch, une Beau-Bassinoise fait de grands « salam » aux passagers. Un peu plus loin, sur le quai d’embarquement de Barkly, des passants se sont arrêtés pour filmer avec leur téléphone ce rutilant tramway et pour profiter des différentes animations musicales de l’Atelier Mozart et de l’orchestre Veerasamy, entre autres. Toutefois, ce premier trajet a été un peu perturbé par un arrêt forcé, projetant une journaliste au sol. Légèrement blessée, cette dernière a glissé de son siège, tandis que les autres passagers, eux, ont eu le temps de s’agripper. Un bref instant de panique qui s’est vite dissipé pour laisser place à l’excitation.

« Comme je repars pour la France dans quelques jours, j’ai tout fait pour pouvoir obtenir un ticket. Je suis l’évolution du projet de loin et depuis longtemps sur internet. Pour moi c’est une grande fierté de voir le métro à Maurice, car c’est quelque chose qu’on voit à l’étranger. Je n’aurais jamais pensé voir ça à Maurice », nous confie Cindy A., Mauricienne établie en France. Comme elle, Gyanee Abeelack a souhaité être des premiers à tester le tramway. Cette habitante de Rose-Hill a été témoin de la modernisation de sa ville. « Partout finn bien sanzé, mé li bon », dit-elle. Elle a profité de ce trajet pour aller faire son shopping à Port-Louis. « Mo kontan vwayaz dan métro, li bien konfortab », ajoute-t-elle. Ainsi, après presque 20 minutes de trajet, la balade arrive à son terme à la station de Victoria. Accueillis par les loulous chinois — la dernière animation du trajet —, les passagers descendent des voitures le sourire aux lèvres pour avoir été les premiers à voyager dans le tramway mauricien. L’anecdote parfaite pour les repas de famille.