”Je suis resté bloqué de 8h30 à 14h30 dans mon salon”

C’est sur fond de tensions entre certains habitants et commerçants de Vandermeersch avec des travailleurs de Larsen & Toubro et la police que se poursuivent les travaux du Metro Express, le long de l’ancienne promenade Roland Armand. Week-End s’est rendu sur les lieux jeudi dernier. C’est un véritable capharnaüm ! Le ton des ouvriers de la compagnie indienne, la nonchalance des policiers et la colère des riverains à bout de nerfs, le charivari, tout porte à croire qu’il n’y aura aucune compréhension ni concession de part et d’autre, un terrain d’entente qui s’en va rétrécissant…

Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Même s’ils aimeraient passer à autre chose, les résidents et commerçants de la rue Vandermeersch subissent de plein fouet les contrecoups du vaste projet du Metro Express. Aux bruits, vibrations, poussières et manque d’eau, sont venus s’ajouter des escarmouches verbales et le manque d’attention des policiers dans la régularisation du trafic routier à une intersection où la signalisation n’est plus suffisante. « Les travailleurs et les policiers nous prennent de haut », fulmine Salim Elahee, le directeur du Times of Arabia, un magasin de prêt-à-porter oriental, sis rue Charles de Gaulle. « Je me rends au travail. J’arrive à 11 h, et la rue était fermée. Comme ça. Sans prévenir. » L’indifférence, la veulerie et le manque d’engagement de deux policiers présents sur place mercredi dernier, serait, selon Salim Elahee, la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Quant aux ouvriers du chantier : « Soit ils vous ignorent ou bien carrément ils élèvent la voix quand on leur demande des explications. »

Week-End a en effet constaté l’agressivité et l’impolitesse de quelques ouvriers abordant un automobiliste au moment même où ils effectuaient des travaux à l’angle des rues Vandermeersch et Malartic. « Kot ou pe ale. Pa trouve pa capav pase ta ! » a lancé l’un d’entre eux à un automobiliste qui voulait se rendre quelques mètres plus loin. Aucun panneau en bonne et due forme n’était visible, pas un seul policier n’était présent pour guider le flot de véhicules sur le site.

Autre situation à la fois grave et qui montre le caractère ubuesque de la mauvaise organisation des travaux. Nandinee, qui tient un salon de coiffure juste à côté de Times of Arabia, a eu moins de chance que son voisin. « Je suis restée bloquée de 8 h 30 à 14 h 30 dans mon salon, car on effectuait des travaux à côté, sans que je sois au préalable informée », raconte-t-elle. Par conséquent, elle a dû renvoyer tous les rendez-vous de sa clientèle.

« J’ai récemment rabroué un jeune travailleur de la construction qui urinait près de mon salon »

Manifestement excédés, Nandinee et Salim Elahee lance un appel aux autorités concernées pour pour qu’il ya ait plus de compréhension et de communication. « J’ai vécu pendant 35 ans en Angleterre et je sais comment se déroulent des travaux de tramway basés sur une planification bien établie et à l’échelle humaine, mais quand je vois la façon que cela se passe dans mon pays natal, cela ne me donne plus envie d’investir ici », s’insurge le directeur du magasin. Les habitants et les commerçants lancent, par ailleurs, un pressant appel aux ouvriers d’éviter de faire leur besoin aux alentours de leurs demeures. « J’ai récemment rabroué un jeune travailleur de la construction qui urinait à quelques mètres de mon salon », se désole la coiffeuse. « Ça pue et ce n’est pas très agréable quand on voit quelqu’un se soulager », souligne un riverain.

Les travaux pendant la nuit ont considérablement diminué, même si le porte-parole de 270 Lavwa, Adi Teeluck, nous confie avoir noté du bruit occasionné par un marteau-pilon jusqu’aux petites heures du matin il y a une semaine. Idem pour l’eau avec une meilleure fréquence en termes d’approvisionnement, selon plusieurs habitants.