Le projet de Metro Express a été officiellement lancé hier après-midi avec la signature de l’accord avec le preferred bidder, Larsen and Toubro, au Hennessy Park Hotel. Ce projet qui reliera Curepipe à Port-Louis est estimé à Rs 18,8 milliards et les travaux débuteront en septembre prochain pour prendre fin en septembre 2021. Un premier segment entre Port-Louis et Rose-Hill sera opérationnel à partir de septembre 2019, l’année des élections générales. Pour le Premier ministre, Pravind Jugnauth, rien n’empêchera le gouvernement d’aller de l’avant avec ce projet considéré comme financièrement « sound and sustainable » grâce l’aide financière de l’Inde qui a accordé au pays un subside de Rs 9,9 milliards et une ligne de crédit à des taux favorables pour le financement de la différence de coût.
La cérémonie a duré quelque deux heures et demie hier. Elle a débuté par une présentation du projet, suivie de la signature de l’accord et de la conférence de presse du Premier ministre qui avait à ses côtés le Premier ministre adjoint Ivan Collendavelloo, le ministre des Infrastructures publiques Nando Bodha, le haut-commissaire de l’Inde Abay Takur, les dirigeants de Metro Express Ltd, les consultants singapouriens et les représentants de Larsen and Toubro.
Dans sa déclaration de presse, le Premier ministre a d’emblée qualifié le projet d’historique pour le pays et a félicité la compagnie indienne Larsen and Toubro qui a décroché le contrat en vue de la construction et réalisation du projet ainsi que les consultants de la Singapour Corporation Enterprise (SCE). Celle-ci, dit le PM, a été associée étroitement à ce projet et a fait preuve de professionnalisme et de rigueur pendant tout le temps qu’elle a assisté Metro Express Ltd dans son parcours.
« C’est un rêve qui devient une réalité pour la nation mauricienne », a affirmé Pravind Jugnauth, en soulignant que c’est un rêve qu’il a lui-même nourri avec ses collaborateurs depuis qu’il a fait son entrée dans l’arène politique « avec pour mission de moderniser le pays et de continuer à améliorer la qualité de vie des citoyens ».
Pour le Premier ministre, avec la signature de l’accord avec la compagnie Larsen and Toubro, Maurice a franchi une étape décisive pour la réalisation du projet dont la réalisation coûtera Rs 18,8 milliards au lieu de Rs 29 milliards (830 millions de dollars) comme estimé par l’ancien gouvernement. Selon lui, l’ancien gouvernement aurait emprunté à la veille des élections générales tout le montant nécessaire, c’est-à-dire 630 millions à partir d’une ligne de crédit indienne à un taux d’intérêt de 2 % et quelque 200 millions sur le marché local à un taux de 6 %. Ce qui représenterait un taux d’intérêt de l’ordre de Rs 8 milliards, portant le coût total du projet à Rs 37 milliards. « C’est à la suite de cela que j’avais écrit au Premier ministre indien pour lui dire qu’un gouvernement sortant ne pouvait engager le pays sur un montant pareil à la veille des élections générales », a-t-il précisé. « Je n’avais à aucun moment affirmé que j’étais contre le projet de Metro Express. Pour moi un tel montant n’était pas abordable pour Maurice », a-t-il soutenu.
Équation financière
Pravind Jugnauth dit avoir réalisé par la suite que le projet pouvait être réalisé à un coût beaucoup moins élevé, et selon les premières estimations de la SCE, avec un budget de Rs 17 à Rs 18 milliards. C’est sur cette base que le gouvernement a décidé de revoir le projet et de faire un exercice d’optimisation du coût. Par la suite, la SCE a confirmé un prix de référence de Rs 17,7 milliards. C’est ainsi que le gouvernement a confié à la SCE le soin de travailler sur un document susceptible de déboucher sur un request for proposal. À la suite des discussions avec les autorités indiennes en juillet 2016, le gouvernement indien a accepté d’accorder à Maurice des subsides d’un montant de Rs 9,9 milliards pour la réalisation. « Cela a changé totalement l’équation financière du projet et a été un facteur déterminant. C’est grâce à ce don que nous pouvons avancer très rapidement avec le projet. La différence du coût du projet sera financée par une ligne de crédit indienne à travers la SBM Mauritius Infrastructure Ltd, qui mettra de l’argent dans des redeemable preferences shares. Metro Express Ltd sera appelée à honorer les engagements financiers à un taux d’intérêt minime estimé à quelque Rs 1,7 milliard ».
En se basant sur la présentation faite plus tôt par Georges Chung, le Premier ministre a estimé que le Metro Express pourra dès la première année d’opération dégager un surplus qui lui permettra de respecter ses engagements envers SBM Infrastructure Ltd. « Je suis convaincu que le projet est financièrement viable. Nous sommes totalement sereins par rapport aux critiques injustifiées. J’ai présidé le Steering Committee qui a travaillé d’arrache-pied et le résultat est là », dit-il. « Selon le modèle conservateur présenté et se basant sur un nombre de 53 800 passagers par jours, le projet devrait dégager un surplus de Rs 230 M. A la sixième année d’opération, ce surplus est estimé à Rs 600 M. Avec un nombre 70 000 passagers, le projet dégagera un surplus supérieur ». Ce qui a amené le Premier ministre à affirmer que le projet est financièrement « sound and sustainable ».
Pour le Premier ministre, ce projet viendra renforcer la vision du gouvernement visant à transformer le paysage économique et social du pays. « Il placera Maurice sur la voie d’un développement accéléré et son impact touchera tous les secteurs économiques et donnera un boost à l’économie en général ». Il estime que chaque station sera une zone de développement économique. Le projet de Victoria Terminal, ajoute-t-il, est en voie de finalisation.
Pravind Jugnauth a estimé que Maurice sera en mesure d’économiser jusqu’à Rs 4 milliards sur la congestion routière et Rs 10 milliards en termes de coût d’opération des véhicules, avec ce que cela comprend comme réduction d’émissions de carbone pour l’environnement et la réduction du nombre d’accidents. Citant les statistiques d’une agence américaine, il soutient que le nombre d’accidents causés par le métro léger aux États-Unis est infime par rapport au nombre total d’accidents enregistrés. Il a qualifié la campagne concernant les risques en matière de sécurité d’« hystérique ».
« Tracé inchangé »
Le Premier ministre a, d’autre part, donné l’assurance qu’il n’y a eu aucun changement par rapport à ce qui est prévu par l’ancien gouvernement. « Le tracé est resté inchangé et il n’a jamais été question de construire des rails sur pilotis à Quatre-Bornes. Il a toujours été question que le projet passe sur la route comme c’est le cas dans plusieurs villes en Europe, où le métro léger s’intègre dans le mode de transport existant ». À ce propos, il a annoncé un réaménagement routier qui est déjà prévu.
« Rien n’arrêtera le gouvernement, nous irons de l’avant avec le projet de métro léger, un projet viable et qui est dans l’intérêt du pays et de la population et améliorera la qualité de la vie de tous. Ce sera un projet avant-gardiste, nous veillerons à ce que les travaux soient exécutés dans les délais et à ce que ce soit un symbole de l’île Maurice moderne que nous voulons construire. Ce sera un game changer pour le pays ».
Nando Bodha, pour sa part, a souligné que le projet est extrêmement complexe de part son coût, sa dimension et son impact pendant et après la construction. « Le Metro Express sera la colonne vertébrale du new national transport network », a-t-il expliqué. « Il entraînera le remodelling de toutes les villes, que ce soit Curepipe, Vacoas, Quatre-Bornes, Beau-Bassin/Rose-Hill et Port-Louis », a-t-il dit. Le ministre a précisé qu’avec le Road decongestion programme, qui comprend le fly-over de Phoenix, le pont de Sorèze qui s’ajoutera au Metro Express, c’est tout un nouveau schéma de transport public qui est enclenché. Pour lui, le service d’autobus complémentera le Metro Express et agira comme un « feeder » dans le cadre des catchment areas en voie d’être définis. Les trois principales lignes concernées touchent quelque 600 travailleurs. Il a donné la garantie que « tous ces travailleurs auront leur place dans l’industrie ».
Traffic Modeling Unit
Nando Bodha a expliqué que si les détails du projet ont jusqu’ici été gardés secret, c’est parce qu’un exercice de procurement était en cours et qu’il fallait respecter l’intégrité de ce processus. C’est la raison pour laquelle il a toujours donné uniquement le chiffre de référence de Rs 17,7 milliards au Parlement. De plus, en tant que ministre il ne pouvait donner de chiffres approximatifs au Parlement. « Aujourd’hui, nous sommes en mesure de donner en toute transparence tous les éléments ». Il est revenu sur le remodelling des villes et les urban terminals, dont celui de Victoria, « qui comprendra des activités économiques et des parkings suffisants ». « Les marchands ambulants seront installés dans un environnement moderne. Tous les terminaux disposeront des mêmes facilités offertes aux smart cities ».
Nando Bodha a annoncé la création d’une Traffic Modeling Unit dans son ministère avec l’aide d’un consultant étranger afin de trouver des solutions pour que le Metro Express et la circulation puissent s’intégrer sans qu’il n’y ait de problèmes. Celle-ci se penchera en priorité sur la situation à Port-Louis et à Quatre-Bornes. Des rencontres seront organisées avec les syndicats, les compagnies et les travailleurs. Le ministre a reconnu qu’avec les travaux, les habitants des régions concernées passeront par une période difficile. Des dispositions seront prises pour que les travaux se passent dans les meilleures conditions en respectant les délais. « Le Metro Express est là pour créer du travail et pas pour entraîner une réduction des emplois ». Il s’attend à ce qu’à terme, le Metro Express soit étendu au Nord, au Sud, à l’Est et à l’Ouest afin de donner à Maurice le système de transport sophistiqué qu’elle mérite et qui sera « affordable and sustainable ».