Rita Venkatasawmy

Des personnes de l’entourage de la jeune fille de dix ans, tuée par ses parents le week-end dernier, affirment que la police avait été informée plusieurs fois d’actes de violence commis contre elle. Aviez-vous, vous aussi, eu connaissance de ce cas de maltraitance avant la mort de la jeune victime ?

Il est bon de rappeler que les cas de maltraitance sur enfants sont rapportés à la Children Development Unit (CDU), qui fait sa propre enquête. Le bureau de l’Ombudsperson for Children n’intervient que lorsque les personnes ne sont pas satisfaites des services obtenus auprès des institutions par rapport aux enfants. Cela peut concerner une école, un hôpital, un shelter, ou n’importe quelle organisation travaillant auprès des enfants. Mais je peux ouvrir une enquête moi-même lorsque nous recevons des informations ou une plainte sur un cas de non-respect des droits des enfants ou lorsque nous prenons connaissance à travers les médias de cas de maltraitance sur enfants. S’agissant du cas de cette jeune fille de dix ans, qui a connu une fin atroce entre les mains de ses parents le week-end dernier, nous n’avions rien reçu à ce sujet. Aucune information n’est parvenue jusqu’à nous et personne dans son entourage ne nous a informés de la violence qu’elle aurait subie dans son environnement familial. Nous avons un système efficace au bureau pour enregistrer toute plainte que nous recevons, et tout est traçable. À travers la visioconférence, j’ai eu aujourd’hui (ndlr : mercredi) une réunion avec les enquêteurs du bureau de l’Ombudsperson for Children sur ce cas qui a choqué la population, et je suis moi-même bouleversée par ce crime atroce.

Qu’allez-vous faire ?

Dans cette période de confinement national, nos enquêteurs ne peuvent pas sortir et nous n’avons pas les moyens de faire des enquêtes dans le contexte actuel. Dès que les activités retourneront à la normale, j’ouvrirai une enquête pour situer les responsabilités. Et c’est ce que nous faisons à chaque fois qu’il y a violation des droits des enfants et qui n’ont pas eu l’attention voulue auprès des autorités concernées. Il est bon que la population sache que nous rencontrons souvent des réticences de la part de certaines personnes concernées dans nos enquêtes et que nous les convoquons au bureau. Ces personnes trouvent toutes sortes de prétextes pour ne pas être présentes et, parfois, nous éprouvons des difficultés pour obtenir certains documents nécessaires à l’enquête. C’est pour cette raison que certaines enquêtes prennent du temps. Tenez, dans le cas d’un shelter qui a été dans l’actualité il y a quelque temps, nous avons eu beaucoup de mal à recevoir certains documents et, à plusieurs reprises, les personnes concernées n’étaient pas disponibles à la date qu’on les avait convoquées.

Durant cette longue période de confinement, comment s’assurer que les droits des enfants, et particulièrement ceux qui sont déjà dans des situations vulnérables et ceux qui sont dans les shelters, soient respectés ? Est-ce que votre bureau s’enquiert de la situation ces jours-ci, notamment dans les abris ?

Depuis le début du confinement, j’ai parlé personnellement plusieurs fois avec les directeurs des shelters et avec les responsables du Rehabilitation Youth Centre (RYC). J’ai eu l’occasion aussi à travers WhatsApp de m’entretenir avec les encadreurs des shelters et avec les enfants. Avec la collaboration de la brigade des mineurs, nous avons distribué aux shelters les aliments essentiels et leur avons fourni les besoins matériels nécessaires. Il faut admettre que ce n’est pas facile en période de confinement de contenir à l’intérieur 15 à 20 enfants qui ont été victimes de violence. Néanmoins, à l’heure où je vous parle, je peux vous assurer que les bénéficiaires dans les shelters ne manquent de rien et que l’encadrement des enfants se passe bien.

Malheureusement, il y a des enfants qui sont en permanence dans un environnement familial violent. Selon vous, comment s’assurer de la protection des enfants durant cette période de confinement afin qu’il n’y ait pas d’autres cas de type « Fareeda » ?

Certes, nous sommes limités dans nos actions durant le confinement, et je lance un message aux membres de chaque famille, et particulièrement aux adultes, pour qu’ils veillent qu’il n’y ait pas d’abus sur les enfants. De par leur nature, les enfants ont besoin de bouger, de jouer, de hurler, et le confinement limite leurs mouvements. Dans la situation actuelle, les parents doivent faire preuve davantage de patience lorsque les enfants n’obéissent pas. Discipliner et éduquer un enfant ne passe pas par la force et la violence. Les parents doivent faire des efforts pour se contrôler devant un enfant qui se montre récalcitrant. Et si un voisin soupçonne qu’un enfant est maltraité, il est de son devoir d’appeler la hotline de la police, la brigade des mineurs ou même la CDU.