Depuis la mort de son père, Wills Henrisson, le 18 octobre de l’année dernière, Stacey Henrisson, âgée de 16 ans, a vécu un véritable calvaire sous la tutelle de son beau-père, Jayraj Sookur, âgé de 49 ans. Les deux semaines d’enquête menées par la CID de la Western Division sous la supervision de l’assistant surintendant de police Daniel Monvoisin ont établi que le mobile apparent du meurtre de la lycéenne n’est autre que la convoitise par le beau-père et meurtrier présumé de l’héritage de la victime, évalué entre Rs 30 millions et Rs 50 millions.
Stacey Henrisson a été tuée de sang froid parce qu’elle avait systématiquement refusé de céder au chantage odieux exercé par Jayraj Sookur. Avec la reconstitution des faits vendredi, sur la base des aveux du principal suspect, les enquêteurs de la police se préparent à franchir une autre étape cruciale la semaine prochaine, l’audition under caution de la mère de la victime, Béatrice Rouillon-Sookur, sur une gamme de sujets allant de la nature du traitement subi lors de son voyage en Inde à partir du 2 avril dernier aux procurations en possession de son second époux.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes attestent la thèse que le meurtre de Stacey Henrisson avait été prémédité. Le jour fatidique du samedi 5 mai, personne d’autre que le meurtrier présumé et la victime ne se trouvaient au domicile des Sookur à Bonne-Mère, Flacq. Il a été également confirmé que depuis plusieurs mois déjà, le beau-père était hanté par l’idée de s’approprier des propriétés immobilières, dont le complexe commercial et résidentiel de Pointe-aux-Canonniers, et les comptes bancaires de la fille de son épouse.
Le sang-froid de Jayraj Sookur
Les confessions de Jayraj Sookur à la police constituent un véritable indictment. Le suspect a expliqué aux policiers que l’un des derniers sujets de conversation abordés le 5 mai avec Stacey Henrisson tournait autour de sa signature en vue d’abord de vendre les propriétés en son nom. Comme c’est le cas depuis qu’elle a dû venir habiter sous le toit de Jayraj Sookur, elle avait apposé une fin de non-recevoir.
« Si tu ne signes pas, faut oublier les études ! Il faut signer ! » aurait menacé en substance avec dureté ce samedi 5 mai Jayraj Sookur, qui avait également refusé de permettre à la jeune fille d’aller passer le week-end avec ses copines. Les échanges auraient dérapé et le meurtrier présumé, qui portait ce jour-là le même anorak de couleur jaune avec des rayures grises que celui lors de la reconstitution des faits de vendredi, a commis l’irréparable sur une jeune fille innocente et sans défense.
Une autre preuve du sang-froid de Jayraj Sookur est celle de rouler avec un cadavre à ses côtés à travers l’île pendant la première moitié de la nuit du 5 au 6 mai pour trouver un endroit en vue de se débarrasser de la preuve de son meurtre (voir la carte du meurtre de Stacey Henrisson plus loin).
Une autre occasion où le beau-père fera la démonstration de sang froid et d’être sans remords devant ce qu’il a commis interviendra le lundi 7 mai, soit à peine 48 heures après le meurtre. Jayraj Sookur engagera des négociations avec d’éventuels acquéreurs pour la vente de la propriété de Pointe-aux-Canonniers, même s’il savait que la véritable propriété n’était plus de ce monde.
En début de semaine, les hommes de l’ASP Monvoisin ont réalisé un véritable breakthrough avec l’interrogatoire de celui qui avait été approché par Jayraj Sookur pour la transaction immobilière. Officiellement, la raison de l’échec de la vente est que l’acheteur ne disposait pas des Rs 12 millions réclamées. La preuve pour soutenir le motif du crime devient irréfutable.
Le courtier faisant l’intermédiaire entre l’acheteur et le vendeur a également été longuement entendu. Sa version des faits corrobore celle de l’acheteur raté et l’étau ne fait que se resserrer autour de Jayraj Sookur.
Une notaire dans les mailles du filet
La fin de la semaine dernière s’avère encore plus compliquée pour le beau-père. Se basant sur un relevé sommaire des articles se trouvant dans le complexe de Pointe-aux-Canonniers, la police s’aventure à retracer les pièces d’ameublement manquantes.
La prise dépasse les espérances de la police. Une notaire, Farzanah Bibi Joomun Boolakee, âgée de 28 ans, tombe dans les filets. Lors d’une perquisition au bungalow de la notaire à Pereybère, la police retrouve des articles compromettants, dont deux hamacs et des stands appartenant à Stacey Henrisson.
Une inculpation provisoire de possession of stolen property est logée contre la notaire placée en état d’arrestation. Un autre suspect, Mamade Reza Hossen, âgé de 49 ans, directeur d’Ariel Limited et engagé dans l’immobilier, est également appréhendé et inculpé jeudi dernier.
Les premières explications sont que la notaire Boolakee aurait reçu ces meubles en cadeau de Jayraj Sookur. Approfondissant l’enquête avec une nouvelle séance d’interrogatoire vendredi après-midi, la police a voulu connaître les raisons derrière cette « grande générosité » du beau-père de Stacey Henrisson à son égard.
Les pistes ouvertes par la notaire devraient permettre de mieux comprendre comment le beau-père a pu se retrouver en possession de procurations pour vendre les biens de la jeune fille. Les contacts entre la notaire et la galaxie Sookur ont été également placés sous investigation.
Des sources policières autorisées avancent que des développements sont à prévoir au cours de la semaine après la reconstitution des faits prévue demain avec la participation du suspect n°2, Ramdassen Tany. L’étape subséquente devra être l’audition de Béatrice Rouillon-Sookur, qui semble vouloir adopter, depuis le week-end, une nouvelle posture par rapport aux événements meurtriers du 5 mai.
La mère de Stacey sort de son silence
C’est du moins ce qui découle d’une communication par e-mail transmise à la rédaction de Week-End dans la nuit de vendredi à samedi.
La mère de Stacey Henrisson confirme l’information du groupe Le Mauricien à l’effet qu’à aucun moment lorsqu’elle se trouvait en Inde elle n’avait été informée du déferlement dramatique sur sa famille. « À ma descente d’avion, j’ai été accueillie à l’aéroport par des proches et ce n’est que là que j’ai appris la terrible nouvelle que ma fille a été tuée et que mon mari était en prison », souligne-t-elle.
La séquence des événements telle que rapportée par Béatrice Rouillon-Sookur est intéressante à plus d’un titre dans la conjoncture. »J’ai aussi pensé que la meilleure des choses était d’appeler ma maman afin qu’elle apprenne que j’étais rentrée. Au lieu de me présenter ses sympathies, elle m’a dit : Alors, là qu’est-ce que tu vas me dire, hein ?! Qu’est-ce que tu vas me dire ?! Et elle a continué à me crier dessus alors que je ne savais même pas que mon mari était passé aux aveux, raison pour laquelle je clamais son innocence », peut-on lire dans ce message transmis par mail.
Béatrice Rouillon-Sookur explique son silence initial par le fait que : « Depuis, je n’arrivais plus à me nourrir et avais beaucoup de mal à m’endormir. Je suis restée choquée, horrifiée, croyant que je rêvais et que le cauchemar prendrait fin bientôt, d’où mon silence. »
Toujours dans ce même message, Béatrice Rouillon-Sookur affirme qu’elle est d’accord que Stacey Henrisson soit inhumée dans le caveau familial des Henrisson au cimetière paroissial de St-Thomas à Beau-Bassin. « Je ne souhaite nullement me bagarrer avec qui que ce soit, surtout pas en ces moments si difficiles et éprouvants. Je veux seulement que les obsèques de ma fille se fassent au plus vite et que son âme repose en paix », conclut-elle.
Mais ce message de la mère de Stacey Henrisson sera-t-il suffisant pour pacifier des fronts de franches hostilités ouverts au sein de la famille, sans oublier l’enquête policière. Difficile à dire quand on sait que, dans un affidavit juré vendredi par Margaret Rouillon, la grand-mère maternelle de la victime, mention est faite que : « We are aware that Béatrice Rouillon-Sookur has not expressed any regret about the demises of her daughter and is more concerned in defending her husband the said Jayraj Sookur. »
Ce document légal déposé devant le juge Benjamin Joseph contient également des révélations accablantes quant au véritable calvaire qu’a vécu Stacey Henrisson depuis le 18 octobre de l’année dernière.