Le coup de théâtre attendu dans l’enquête sur le meurtre de Barthélemy Azie, âgé de 17 ans,  commis le 1er août 1999 à Montagne Malgache, Rodrigues, est intervenu très tôt ce matin à Rodrigues. Une escouade de la police comprenant les chefs inspecteurs Raboude et Kishtoo et l’inspecteur Ujoodha, placée sous la supervision du Divisional Commander, l’assistant commissaire de police Heman Jangi, a procédé à l’arrestation de l’inspecteur Rajesh Moorghen, le Chief Investigating Officer dans cette affaire. En début d’après-midi, il devait comparaître devant l’Island Chief Executive, Davis Hee Hong Wye, siégeant au tribunal de Port-Mathurin en l’absence de la magistrate ayant effectué le déplacement à Maurice pour le dernier vendredi du mois. L’inspecteur Moorghen, qui est interrogé depuis ce matin, pourrait retrouver la liberté sous caution avant d’être refoulé à Maurice en cette fin de semaine.
La coïncidence dans l’enquête sur le meurtre de Barthélemy Azie, qui était classé dans la catégorie des Cold Cases depuis 14 ans, est que le principal enquêteur a été appréhendé par la CID de Port-Mathurin 24 heures après que tous les treize suspects interpellés et placés en détention pour meurtre auront retrouvé la liberté. L’autre fait à signaler est que les enquêteurs engagés dans cette enquête sont aujourd’hui inculpés pour faux et usage de faux dans l’affaire de la déposition du père de la victime, Simon Azie.
Après le constable Christian Casimir, le sergent Grazile Félicité et le constable Gérard, c’est maintenant au tour de l’inspecteur Moorghen d’être interrogé Under Warning en vue d’une triple inculpation provisoire, soit Forgery, Making Use of Forgery et complot par rapport à la déposition de Simon Azie avec des allégations contre de hauts gradés de la police, dont le commissaire de police Dhun Iswur Rampersad. Ultérieurement, il pourrait être inculpé du délit de Giving instructions to commit a crime sur la base des dépositions des autres membres de son équipe.
Dans un premier temps, l’inspecteur Moorghen avait prévu de se faire assister par un homme de loi pour son interrogatoire. Vu les difficultés d’ordre pratique pour bénéficier des services de conseil légal dans l’île en cette fin de semaine, il n’a pas voulu prendre de risques inutiles et se retrouver en détention policière le temps que démarre cet exercice.
Devant les difficultés d’un homme de loi de son choix d’être présent physiquement à Port-Mathurin dans la matinée, l’inspecteur Moorghen a accepté de se soumettre à un interrogatoire formel Under Camera. Techniquement, il devait être interrogé par un panel de limiers comprenant les chefs inspecteurs Raboude, Courteau et Kishtoo de la police de Rodrigues sous les directives de l’ACP Jangi. Dans un premier temps, il devait être confronté à la version enregistrée sous vidéo de Simon Azie au sujet de la circonstance de l’enregistrement de la déposition de 14 pages pendant trois heures au début de cette année.
Pétarades après l’arrestation
« Zame mo inn dir sa », aurait déclaré à plusieurs reprises Simon Azie, 64 ans, qui est encore accablé par le meurtre de son fils il y a plus de 14 ans, quand il a été confronté aux allégations formulées contre des hauts gradés de la police dans cette affaire. Il a également révélé que le jour de cette déposition, des policiers étaient venus le chercher à son domicile dans un véhicule avant de le laisser faire à pied les derniers cent mètres jusqu’au poste de police de Grande-Montagne.
Confronté à ces faits dénoncés par Simon Azie, l’inspecteur Moorghen nie en bloc tous les faits retenus contre lui et parle de « machination en vue de nuire à sa personne de la part de ceux qui sont jaloux de son succès professionnel ». Il rejette les allégations à l’effet qu’il aurait dicté cette déposition au nom du père de la victime en ajoutant que Simon Azie a formulé ces accusations de son propre gré.
Très tôt ce matin, des policiers voyageant dans trois véhicules ont débarqué aux quarters occupés par l’inspecteur Moorghen à la Special Mobile Force à Jean Tac, Rodrigues. Une perquisition a même été effectuée à son domicile avec des policiers emportant des documents pour les besoins de l’enquête. Cette décision de procéder à l’arrestation de cet officier de police a fait l’objet de consultations entre la police et le State Law Office alors qu’à Rodrigues les réactions sont partagées, avec même des pétarades dans les parages de la CID de Port-Mathurin vers les 8 heures après la confirmation de l’arrestation de l’inspecteur.
Aussitôt son inculpation provisoire et sa remise en liberté sous caution, l’inspecteur Moorghen sera interdit de fonctions comme cela a été le cas pour les trois autres avant lui. Il existe de fortes chances qu’il soit refoulé à Maurice durant le week-end. Mais aucune confirmation officielle à ce sujet n’était disponible à la mi-journée.
Entre-temps, tous les suspects arrêtés dans l’affaire du meurtre de Barthélemy Azie sont déjà en liberté provisoire après avoir versé des cautions de Rs 25 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 500 000 chacun. L’un des derniers à quitter la prison de Pointe-La-Gueule est Merge Jolicoeur, présenté par l’inspecteur Moorghen comme le Star Witness de l’enquête.
De son côté, Jean-Michel Jolicoeur a été relâché sans aucune condition car l’enquête n’a révélé aucun détail troublant à son encontre. Depuis le jour de son arrestation à la fin de décembre dernier, Jean-Michel Jolicoeur a clamé son innocence car au moment des faits, il était en déplacement à Maurice.
Mais le Chief Investigating Officer Rajesh Moorghen n’a pas retenu sa version des faits et Jean-Michel Jolicoeur a été détenu pendant trois mois. D’aucuns affirment que Jean-Michel Jolicoeur a été victime de représailles de la part des policiers suite à des incidents impliquant au moins un de ces policiers précédemment.
Avec l’arrestation de l’inspecteur Moorghen et des membres de son équipe, la question de l’intégrité de l’enquête sur le meurtre de Barthélemy Azie reste posée avec le dossier transmis prochainement à l’Office of the Director of Public Prosecutions For Advice…