Après deux semaines de procès, Sanjeev Nunkoo, accusé de complicité dans le meurtre d’Hélène Lam Po Tang, a été reconnu non coupable à l’unanimité par les jurés après trois heures de délibération. Retrouvant la liberté après cinq ans de détention préventive, il n’a pu cacher son émotion à sa sortie de la Cour d’assises. Son homme de loi, Me Rama Valayden, a affirmé que « le véritable meurtrier est toujours en liberté » et a demandé la réouverture de l’enquête.
Le verdict est tombé à 15 h hier. Les neuf membres du jury qui ont suivi le procès depuis une dizaine de jours n’ont pas été convaincus « beyond reasonable doubt » que Sanjeev Nunkoo était complice du meurtre d’Hélène Lam Po Tang, dont le corps avait été retrouvé le 15 octobre 2010 à son domicile à Baie-du-Tombeau. À l’annonce du verdict, les applaudissements retentissent en cour. Les proches de Sanjeev Nunkoo ainsi que ses hommes de loi ne peuvent contenir leur joie. La juge Gaytree Jugessur-Manna lève l’audience et les jurés qui ont été isolés durant les deux semaines de procès ont pu rentrer chez eux. À sa sortie de la Cour, l’homme qui retrouve la liberté après cinq ans de détention préventive ne parvient pas à contenir son émotion, mais livre quand même à la presse une brève déclaration (voir hors-texte). Ces deux semaines, Sanjeev Nunkoo, qui a toujours clamé son innocence, a vécu les moments les plus intenses de sa vie. Tout au long du procès, son homme de loi, Me Rama Valayden, a tenté de convaincre les membres du jury que l’enquête de la Major Crime Investigation Team (MCIT) n’avait pas été menée comme il se doit, comportant plusieurs failles. À travers les témoignages et preuves présentées en Cour, les jurés se sont retrouvés face à plusieurs zones d’ombre révélées par la défense, notamment la disparition du tapis sur lequel se trouvait le corps d’Hélène Lam Po Tang et les vêtements de l’accusé qui n’avaient pas été examinés.
Le témoignage du Chief Police Medical Officer (CPMO) Sudesh Kumar Gungadin pèsera de tout son poids quand il déclare en Cour que, selon ses estimations, le décès d’Hélène Lam Po Tang pouvait remonter à 36 heures plus tôt, soit le 13 octobre vers 23 h. Il avait expliqué que le corps de la victime avait atteint la phase finale après la mort et que certains organes avaient commencé à se décomposer. Observations qui seront confirmées par la déposition de l’ancien CPMO Amar Gujallu. Ce dernier, qui avait rédigé un rapport se basant sur le rapport d’autopsie du Dr Gungadin, va un peu plus loin dans ses observations et soutient que plusieurs armes avaient été utilisées pour commettre le meurtre. Il écarte toutefois la possibilité que le couteau saisi par la police présenté comme l’arme du crime ait pu être utilisé pour tuer Hélène Lam Po Tang vu le schéma des blessures. Et d’insister sur le fait qu’un « double-edged weapon » avait été utilisé. Avant que le procès ne prenne fin, Sanjeev Nunkoo choisit de s’adresser à la Cour du box des accusés et demande qu’une nouvelle enquête indépendante soit faite pour trouver le vrai coupable, se disant avoir été piégé par son employeur. Il tente une dernière fois de convaincre le jury de son innocence. « Il faut avant tout faire justice à Mme Hélène Lam Po Tang », devait-il déclarer.
Dans son « closing speech », la Poursuite, représentée par Me Denis Mootoo, s’attarde sur les trois dépositions de Sanjeev Nunkoo, avançant que ce sont les « best evidences » de ce qui s’était passé. Me Mootoo maintient que l’accusé était au courant de tout et avait agi en tant que complice. Dans une plaidoirie qui aurait duré plus de trois heures, Me Rama Valayden est revenu sur chaque aspect du procès et de l’enquête policière, énumérant les failles. Il s’est attardé sur le fait que la Poursuite n’avait pas convoqué Gary Lam Po Tang en tant que témoin alors que sa déposition était d’une grande importance. Avant les délibérations du jury, la juge Gaytree Jugessur-Manna a fait un long résumé du procès. Elle a rappelé aux jurés que Sanjeev Nunkoo était poursuivi pour complicité et non pour meurtre, et que rien n’empêchait la loi de le faire même si le criminel n’avait toujours pas été arrêté. Elle est revenue sur les divers témoignages et preuves présentés en Cour, demandant aux jurés de se limiter uniquement à ce qui avait été produit en Cour. À 15 h 30, Sanjeev Nunkoo était un homme libre et quittait la Cour en compagnie de ses proches et de ses hommes de loi. Il était défendu par Mes Rama Valayden, Nadeem Hyderkhan, Anupam Kandhai, Manoj Seebun et Neeven Parsooramen.