Six témoins ont déposé pour le premier jour de l’enquête préliminaire sur le meurtre d’Hélène Lam Po Tang (61 ans) commis il y a un an à son domicile au Morcellement Swan à Baie-du-Tombeau. Le chef inspecteur Luciano Gérard de la Major Crimes Investigation Team a donné lecture des principales dépositions de Sanjeev Nunkoo hier en cour de Pamplemousses, devant la magistrate Maryse Panglose-Kala. Dans l’une des dépositions mention est faite d’une promesse alléguée de Gary Lam Po Tang de Rs 500 000 au suspect pour se débarrasser du cadavre de la victime. Le début de l’enquête préliminaire a coïncidé avec l’anniversaire du suspect Nunkoo.
Appelé à la barre des témoins par le représentant de la Poursuite, Me Nataraj Mooneesamy, le chef inspecteur Gérard a donné lecture des faits saillants de cinq des neuf dépositions du suspect, notamment celles consignées les 28 octobre 2010, 1er novembre, 11 novembre, 17 novembre et 20 décembre. Dans certaines dépositions, Sanjeev Nunkoo explique « n’avoir pas dit la vérité » lors des exercices ultérieurs.
« Missie Gary ti promet moi le 14 octob Rs 500 000 si mo debarass sa parcel la […] Mem zour, li dir moi 13 h 30 sorti depi lizine, ale debarass parcel. Li dir li pu donn moi Rs 500 000. Si mo ti kapav lev lekor la, mo ti pu ale zet lekor la pont Colville. C’est enn vengeance Missié Lam Po Tang », a allégué le suspect dans une de ses dépositions postérieures à ses « aveux ».
Les conversations téléphoniques et les messages SMS entre lui et son patron étaient toujours codés. Selon Sanjeev Nunkoo, les « codes » étaient les suivants : « System Building » voulait dire Gary Lam Po Tang, Hakim était remplacé par le mot « Hotel » et lui (Nunkoo) avait pour nom de code « Kevin Bramer ».
Dans ses explications à la police, le suspect déclare qu’il s’est joint en 2005 à la compagnie Lam Po Tang, qui avait pour directeur Gary Lam Po Tang. Pour son mariage, son patron lui a accordé un prêt de Rs 15 000. Mais vu qu’il voulait acheter un terrain de 72 toises à Rs 1 million, il avait encore besoin d’argent. Ayant à fournir un dépôt de Rs 115 000 pour ledit terrain, Sanjeev Nunkoo affirme avoir obtenu Rs 100 000 de son beau-père. Cependant, il lui manquait encore Rs 100 000 pour bénéficier d’un prêt bancaire de la banque Bramer.
« Mo ti koz sa projet la ek Gary Lam Po Tang e li ti dir moi li pu aid moi. Li finn donn moi Rs 100 000. Monn vinn verse Rs 80 000 la bank. Letan li ti donn moi sa cash la, li ti dir moi pa pu li sa et kitfwa mo pu ena enn travay pu fer pu li pli tar. » En septembre 2010, le meurtrier présumé a effectivement approché la Bramer Bank pour contracter ce prêt. Ce faisant, dit-il, ses relations avec son patron se sont dégradées. « Financierement mo ti pe kumens coincer e mo ti nepli pe gayn overtime. Monn senti Gary ti pe fer sa pu mo ena obligation envers li. »
Le 6 octobre, Gary Lam Po Tang, qui se rendait le lendemain en Chine, a approché Sanjeev Nunkoo pour lui dire que son voyage était reporté au 10. Il a aussi précisé : « Ena enn travay ki pu bizin fer ». Le 11 octobre, l’époux de la victime, qui avait quitté le pays, a appelé  Sanjeev Nunkoo à l’usine. « Linn dir moi prepar moi pu sa travay la. »
Le lendemain, soit le 12 octobre, nouvel appel de Gary Lam Po Tang. Il cherchait à savoir si son employé avait contacté un dénommé Hakim. Tel n’était pas le cas. « Gary inn dir moi ki Hakim ki ti fer li gayn sa Rs 100 000 ki li ti pret moi la e ki li ti enn garant. »
Le 13 octobre, Gary Lam Po Tang rappelle Sanjeev Nunkoo et demande encore s’il a appelé Hakim « pu gueter ki bizin fer ». Il lui répond par la négative en précisant qu’il n’a pas d’argent pour appeler. Son employeur lui a alors ordonné de « sorti ale lakaz kot moi. Ena enn madam laba. Touy li ».
« Ou latet bon ? » lui aurait alors répondu Sanjeev Nunkoo. « Hey ou… Inn dir ou fer enn travay, ou ale fer li. Si ou pa fer sa, ou perdi partout » aurait alors rétorqué son patron, qui pouvait difficilement dissimuler sa colère, soutient-on. « Sa pa kapav fer sa travay la tousel… » aurait dit le suspect principal. « Ena enn dimunn pu aid twa pu fer sa travay la », aurait ajouté Gary Lam Po Tang.
Choqué par la teneur de sa conversation avec son patron, Sanjeev Nunkoo a pris son véhicule pour se rendre au Caudan. Alors qu’il se trouvait au casino, il a reçu un nouvel appel de son patron. Les instructions de Gary Lam Po Tang étaient : « Apel kot moi. Fer toi pass pu Kevin de Bramer Bank. Dir to ena ene document pu deposer. » Il était alors entre 15 heures et 16 heures.
Le suspect a alors exécuté les ordres en se dirigeant vers Baie-du-Tombeau et a appelé au domicile des Lam Po Tang. Une voix masculine lui a répondu en lui donnant des instructions quant à l’endroit où il devait se garer avant de le rejoindre. Sanjeev Nunkoo a donné une description de l’homme qui était d’origine sino-mauricienne, mesurait environ 1 m 70 et avait les cheveux blancs et noirs. Ce complice lui a demandé de pénétrer à l’intérieur de la maison par la porte de la cuisine, lui a remis un couteau avec une manche de couleur marron et une lame de six pouces. « Pran sa, fer to travay », lui aurait dit l’homme, tout en lui demandant de se cacher dans une chambre.
L’homme a appelé : « Hélène ! Vinn guet sa ! »
Lorsque la victime est apparue, l’homme aurait crié : « Pik li ! » Sanjeev Nunkoo poursuit : « Monn finn sot derier so ledos, lerla mo finn pik li kot so ventre ek so sein. Madam la dir : “Ki fer ?” »
Après avoir quitté le domicile des Lam Po Tang, le meurtrier présumé affirme avoir reçu un appel téléphonique de son épouse, une policière qui était alors affectée au service de la ministre Sheila Bappoo. En route pour déposer du KFC à son épouse sur son lieu de travail, il s’est arrêté « pu zet kouto dan presipiss ». « Mo regreter seki mo finn fer. Si mo pa ti fer li, ti pu ena represay kont moi ek mo fami. Misie ki ti dan lakaz la, mo penser li konn madam la bien, le fait ki li finn apel madam la Hélène. »
À ce moment précis de la lecture des dépositions, la magistrate a demandé au témoin s’il y aurait des further details quant au déroulement du meurtre. Le chef inspecteur Gérard a repris la lecture d’une autre déposition du suspect.
« Letan mo finn kit lakaz, Mme Lam Po Tang pa ti ankor mort. Letan linn dir moi “ki fer”, mo finn saisi. Mo pa ti ena okenn repons pu dir li. […] Mo pu rakont la verite. Seki monn dir dan mo bann lenket, ziska le 6 octobre li bon. A partir le 12 octobre ena bann corrections. […] Gary ti telephone moi pu dir moi ale guet bann simins ki pre kot so lakaz bien. Mo ti ale aster enn kouto Jumbo Riche Terre, moins ki Rs 100. Monn zet kouto la dan la cour Mme Lam Po Tang. Li ti ankor dan so lembalaz. Mo finn apel kot Mme Lam Po Tang », a poursuivi le témoin.
Dans cette même déposition Sanjeev Nunkoo a  apporté des précisions sur le crime. « Letan monn ariv laba (chez les Lam Po Tang), missié chinois ki ti la dir moi pass dan couloir, ale dan lasam. Ti ena enn Mme Chinois en bas, mais li ti fini mort. Ti ena disang epais enba. Linn dir moi pran parcel la. Mo pa finn kapav. Ti tro lourd ek ti ena tro buku disang. Lerla misie la finn laguer ar moi. Ti ena enn kouto anba. Mo finn pran sa pu menas li, pu li laiss moi aler… »
Peu avant la lecture des principales dépositions, Me Rama Valayden, Leading Counsel assurant la défense de Sanjeev Nunkoo, assisté de Mes Rouben Mooroongapillay et d’Arassen Kallee, a fait un Statement en cour. Il a soutenu que certaines dépositions de son client ne portaient pas de signature of maker et avaient été enregistrées en absence de son avocat et sous des menaces.
S’appuyant sur le précédent de Guillemain v/s District Magistrate (Curepipe) et le DPP, Me Valadyen s’est réservé le droit de « challenge […] before the proper forum if ever the accused is deferred to the Assizes ». Il a ajouté que le contre-interrogatoire du chef inspecteur Gérard, qui débutera demain, sera axé sur d’autres sujets que les aveux allégués du suspect
Peu avant l’ajournement de la séance d’hier, la magistrate a aussi interrogé le chef inspecteur Gérard. Le témoin a nié que la victime avait été agressée sexuellement.
Q : Pensez-vous que ce soit un crime de passion ? Did you investigate that lead ?
R : No. Because he confessed.
Q : La victime avait-elle quelqu’un dans sa vie ? Vous avez vérifié ?
R : We have investigated. There is no indication that she had a love affair with anybody else.
Autre témoin entendu hier : l’assistant-surintendant de police Beefye. Ce dernier, qui est affecté à la division de Port-Louis Nord, était sur les lieux du crime peu après la découverte du corps et s’est entretenu avec le Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste ayant pratiqué l’autopsie de Mme Lam Po Tang. Selon l’ASP Beefye, le Dr Gungadin lui aurait fait ressortir que la mort remontait entre 30 et 36 heures avant la découverte du corps.
Les autres témoins entendus étaient l’ASP Daniel Monvoisin (NdlR : voir notre édition d’hier), la Woman Police Constable Urmila Bhujun du Scene of Crime Office (SOCO) Northern, le constable Rajen Hurgobin du SOCO, le sergent P. Chuttoo, qui avait recherché l’arme du crime sous le pont Colville et le sergent Dinesh Balgobin, alors à la MCIT et qui avait consigné une déposition de Sanjeev Nunkoo.