Les débats autour de la motion de « voir-dire » dans le procès intenté à Yavinash Lutchmun pour le meurtre de la fille de sa compagne, Drishtee Jeetoo, âgée de trois ans, ont pris fin hier avec les plaidoiries des avocats de deux parties. Revenant sur les divers témoignages en Cour, l’avocat de la défense, Me Deepak Rutnah, a soutenu qu’il n’y avait aucun doute que son client avait été « torturé et oppressé » pour consigner une déposition contre son gré. Me Asha Ramano-Egan a pour sa part soutenu que, de par la manière dont les événements avaient été relatés, ses dépositions ne pouvaient qu’être volontaires. Le juge fera connaître sa décision lundi.
Lors de l’audition des témoins, Me Rutnah avait à maintes reprises tenté de faire ressortir que son client avait été privé de ses droits constitutionnels et avait subi une torture physique continue, finissant par donner une déposition dictée par les enquêteurs. Il a soutenu qu’il ne faisait aucun doute que ses dépositions n’étaient pas volontaires. Me Rutnah a rappelé que son client n’avait ni mangé, ni dormi, arguant que dans de telles conditions, il était normal que celui-ci finisse par céder à la pression. L’avocat de la défense s’est aussi attardé sur des failles de l’enquête, notamment qu’aucune entrée n’avait été faite dans le Diary Book lors de son interrogatoire, soulignant que la police n’avait pas respecté les Judge’s Rules. Et d’ajouter que la police n’aurait également pas suivi les règlements en vigueur lorsque l’accusé avait fait part de son souhait de ne pas retenir les services d’un avocat, « It is an old game that needs to be stopped. It is public knowledge that police brutality does exist. This practice has jeopardized criminal proceedings and put justice in disrepute », a-t-il soutenu.
La Poursuite estime pour sa part que la défense n’avait pas réussi à prouver ses arguments. Me Asha Ramano-Egan a soutenu que les Judge’s Rules sont simplement des directives administratives et que le non-respect de ses règlements ne constitue en aucune façon une violation des droits constitutionnels de l’accusé. Elle a fait ressortir que Yavinash Lutchmun avait été inconstant dans ses versions et qu’il avait indiqué dans un premier temps que les dépositions étaient fabriquées avant de soutenir par la suite que « sa lerr la, mo pa ti kone ki mo ti pe koze e mo ti anvi fini vit ar sa ». Pour la poursuite, la Cour ne devrait pas accorder de l’importance à ses versions. « It seems that accused version’s was a well rehearsed one », a avancé Me Ramano-Egan. Et de souligner que l’accusé avait signé chaque déposition, certifiant dans sa propre écriture qu’il avait donné ses dépositions volontairement. « Accused was given water whenever he asked for. He never asked for food nor complained of tiredness. Any normal person in such condition where he is the prime suspect in a homicide case would not want to sleep or eat ».
Rappelons que ce boulanger de 27 ans habitant Mare-d’Albert est accusé d’avoir frappé à mort Drishtee Jeetoo, la fille de sa compagne, dans la soirée du 14 décembre 2010 à Rivière-des-Anguilles. L’accusé avait fait la connaissance de la mère de la victime en mars 2010. Quelques semaines plus tard, ils avaient contracté un mariage religieux. Le couple a commencé à vivre sous le même toit, en compagnie de Drishtee Jeetoo qui est issue du premier mariage de sa mère. Malgré ses trois ans, cette dernière subissait des coups de son beau-père. Le jour du drame, l’accusé a frappé l’enfant, car elle ne cessait de pleurer. À force de recevoir des coups, la petite s’est écroulée. Paniqué, son beau-père l’a transportée à l’hôpital, mais la victime devait rendre l’âme en cours de route. Dans un premier temps, Yavinash Lutchmun a déclaré à la police que la victime avait fait une chute. Mais le rapport d’autopsie, rédigé par le Dr Sudesh Kumar Gungadin, a attribué le décès à une rupture du foie. Le médecin a également relevé des plaies et ecchymoses sur le corps de la fillette.