Le verdict est tombé tard jeudi après-midi. À sept voix contre deux, les membres du jury ont trouvé Yavinash Luchmun coupable de “manslaughter”. Ce boulanger de 32 ans était poursuivi devant les Assises pour le meurtre de la fille de sa concubine, Drishtee Jeetoo, âgée de 3 ans. Le juge Benjamin Marie-Joseph l’a condamné à 35 ans de prison, soulignant que « there has been willingful taking of life » en évoquant les circonstances du crime. Yavinash Luchmun a été aussitôt conduit à la prison de Beau-Bassin, où il a déjà passé plus de quatre ans en détention préventive.
Le procès devant les Assises s’est déroulé pendant presqu’un mois. L’accusé ayant plaidé coupable, un panel de jurés avait été constitué. Me Deepak Rutnah, l’avocat de Yavinash Luchmun, avait logé une motion de “voir-dire” pour contester ses dépositions à la police. Après plusieurs semaines de débats, le juge Benjamin Marie-Joseph avait rejeté cette motion, estimant que ces dépositions étaient volontaires. Plus d’une vingtaine de témoins ont déposé durant le procès. Lors du contre-interrogatoire des policiers qui avaient travaillé sur cette affaire, Me Rutnah les avait confrontés à des allégations de tortures et de dépositions obtenues de force. Me Rutnah s’était attardé sur la condition mentale de l’accusé lors de son arrestation, soutenant qu’il n’avait pas dormi depuis plus de 24 heures et que la police avait profité de sa vulnérabilité pour lui faire avouer des choses contre son gré. Pour soutenir cette théorie, un psychiatre avait été appelé à témoigner. Le père de la victime, Ramesh Jeetoo, l’oncle maternel et le propriétaire de la maison, lors de leurs témoignages en cour, avaient tous avancé que la mère frappait la petite fille. « Se mama-la ki ti pe bat zanfan-la avek difil kouran. Zame li fin okip so zanfan kouma enn mama bizin fer », avait déclaré Ramesh Jeetoo.
Le témoignage de Premila Jeetoo, la mère, avait fait prendre une autre tournure au procès, soutenant que ses proches l’avaient rejetée et qu’elle avait toujours été une femme battue, que ce soit par son ex-époux ou par l’accusé qu’elle avait épousé religieusement trois mois avant le drame. Elle avait raconté que le comportement de sa fille avait changé depuis qu’elle était venue vivre avec son beau-père et qu’à chaque fois qu’elle sortait avec lui, elle rentrait avec des blessures. Malgré les allégations de maltraitance, elle avait maintenu avoir toujours assumé ses responsabilités. Le Chief Police Medical Officer (CPMO) Sudesh Kumar Gungadin, se basant sur ses précédents rapports médicaux et les observations faites lors de l’autopsie de la petite fille, avait pour sa part soutenu que la victime « était un cas évident de “battered child” ». Il avait maintenu que les blessures notées au foie contredisaient la thèse d’une chute mortelle. La victime avait au moins un demi-litre de sang répandu dans l’abdomen, un endroit qui en principe est “blood free”. « I maintain that it is due to a blow. I had excluded a history of fall », avait déclaré le médecin légiste.
L’ancien CPMO Amarcharya Gujallu, en tant que témoin de la défense, avait pour sa part remis en question ce rapport. Selon lui, le Dr Gungadin n’avait pas suivi les Universal Codes of Practice, avec un rapport incomplet. Me Asha Ramano-Egan, de la Poursuite, avait cependant fait ressortir que le Dr Gujallu n’avait pas examiné le corps de Drishtee Jeetoo et que ses observations étaient simplement une opinion. La Poursuite avait également souligné que les versions de l’accusé n’étaient pas cohérentes alors que les policiers avaient déposé de façon claire et convaincante en cour et que « Defence wanted to put the blame on Mrs Jeetoo ». La défense avait pour sa part évoqué un complot entre ces policiers pour donner la même version en cour.