Rebondissement dans l’enquête sur le meurtre de Bernard Rousselin, le constable âgé de 44 ans, égorgé en début de soirée, mardi, sous l’abribus du Gymkhana Club à Vacoas. En effet, le récidiviste notoire Selven Tandrayen (32 ans), arrêté jeudi soir et inculpé provisoirement de meurtre devant le tribunal le lendemain, s’est rétracté. Dans ses confessions initiales, il avait pourtant déclaré avoir tué le policier, qui faisait partie des « Raddhoa Boys », par vengeance. Devant la tournure des événements, l’avocat du suspect, Me Raouf Gulbul, évoque la possibilité qu’une autre escouade d’enquêteurs prenne le relais après les « aveux forcés » de son client.
La principale raison expliquant l’annulation de dernière minute de la reconstitution des faits prévue sur la scène du crime, à Vacoas, tôt hier matin, est le désaveu formel du suspect Selven Tandrayen. Ce dernier avait été arrêté à son domicile, dans la région de Phoenix, dans la soirée de jeudi au cours d’une opération policière. Selon nos recoupements d’informations, ce récidiviste notoire aurait indiqué aux enquêteurs de la Criminal Investigation Division (CID) de la Central Division que « mo pa kapav alle fer reconstitution akoz pa mwa ki fine fer sa crime-la. » En compagnie de son homme de loi, Me Raouf Gulbul, Selven Tandrayen devait consigner une déposition dans la matinée d’hier, dans laquelle il aurait allégué que ses aveux de vendredi, alors qu’il n’avait pas encore retenu les services d’un avocat, avaient été obtenus à la suite d’actes de brutalité et de « tortures » de la part de la police. Le suspect, connu pour avoir eu des implications dans le meurtre du détenu Steeve Labonne en prison en juillet 2005, devait ainsi formellement nier les accusations portant sur le meurtre du constable Rousselin portées contre lui.
Dans une déclaration à Week-End, Me Raouf Gulbul a indiqué que les limiers de la CID qui ont interrogé son client devraient se voir dessaisir de cette enquête policière. « Compte tenu des éléments dont mon client a fait état, un autre panel d’enquêteurs, indépendant de celui ayant déjà interrogé Selven Tandrayen, après son arrestation, pour obtenir des aveux, devra prendre le relais cette semaine », a-t-il déclaré. Toutefois, des sources proches de l’enquête, approchées par Week-End, décrivent cette « histoire » que tente de « vendre » le suspect comme étant une ultime tentative de faire dévier cette enquête policière de sa trajectoire. Ces mêmes sources soutiennent par ailleurs que ces allégations ne tiennent absolument pas la route, compte tenu du fait que la séance d’interrogatoire de Selven Tandrayen avait été enregistrée sur caméra, pour la simple et bonne raison qu’à ce moment précis, le suspect n’avait pas encore retenu les services d’un homme de loi.
La crédibilité de Selven Tandrayen est ainsi mise à rude épreuve, et ce pour de nombreuses raisons. D’abord, à cause de son passé déjà très lourd, et ensuite et surtout parce que, dans un premier temps, il avait tenté de mener en bateau les enquêteurs de la police en faisant porter le chapeau à un autre récidiviste. En effet, mercredi soir, il aurait été derrière l’appel anonyme reçu par la police, où une voix masculine avait affirmé aux limiers : « Mo kone ki sannla fine fer sa travay-la. » Pourtant, après avoir retracé le numéro du téléphone utilisé pour passer cet appel, c’est sur la piste de Selven Tandrayen que devaient finalement aboutir les enquêteurs.