Les limiers de la CID de la Central Division, enquêtant sur le meurtre de Jocelyn Veerasamy, alias Bolo, âgé de 51 ans, commis dans la soirée de mercredi à Forest-Side, ont enregistré en fin de semaine le “full statement” de la fillette de 10 ans impliquée dans cette affaire. La chronologie des événements dressée par la police, sur la base des confessions de l’enfant, indique que depuis au moins un an elle subissait des harcèlements sexuels et physiques de la part de la victime. 
« Li ti abitie look mwa baigne ek zour mwa », aurait-elle répété à plusieurs reprises aux enquêteurs de la police. Ces derniers font même état d’une bagarre entre le père de la fille et son compagnon de beuverie Jocelyn Veerasamy suite aux premières dénonciations de la mineure. Toutefois la victime ne fut jamais mise à la porte pour son comportement des plus désagréables.
Entre-temps, cet harcèlement est devenu de plus en plus infernal et intolérable pour la jeune Curepipienne à tel point que cette dernière devait littéralement “craquer” mercredi soir. Après avoir repoussé les propositions indécentes de Jocelyn Veerasamy et subi ses gestes déplacés, la fille de 10 ans s’est fait copieusement insulté par la victime. La fillette se aurait alors saisie d’un couteau de cuisine avant de poignarder Jocelyn Veerasamy au niveau du dos. 
Ce coup infligé s’avérera fatal avec le couteau aura perforé le poumon du quinquagénaire avant d’atteindre son coeur. L’autopsie pratiquée par le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, devait attribuer le décès aux suites de « shock due to stab wounds of the heart ». Après avoir passé deux nuits dans un centre de détention pour enfants, elle a été libérée vendredi après-midi suite à la décision de l’Office of the Director of Public Prosecutions de ne pas loger de charge provisoire devant le tribunal de Curepipe.
À ce stade la fillette a été confiée à l’une de ses tantes après avoir exprimé le souhait de ne pas retourner vivre dans la maison où le drame s’est joué soit à Impasse Derby, Forest-Side. Entre-temps une “social enquiry” est en cours sur la fillette et sur sa famille en vue de décider de la marche à suivre dans ce cas hors du commun.
Encadrement: une nouvelle leçon pour l’Etat!
Si elle a échappé aux traumatismes que lui aurait imposé l’engrenage judiciaire, selon l’offense commise, la fillette de Forest-Side n’échappera pas aux lacunes qui existent dans la prise en charge des juvenile offenders.D’ailleurs, n’a-t-elle pas regagnée le milieu familial, faute d’un placement en structure spécialisée? Lacunes? Non! Pire, dans la pratique Maurice ne dispose d’aucun programme structuré pour l’accompagnement d’enfants dans sa situation, ayant commis un “crime grave” ou une offense comme le défini la loi. Pour panser les inévitables séquelles qui la marqueront, elle devra être confiée aux professionnels d’organisations non-gouvernementales (pour la plupart) intervenants auprès des enfants victimes d’abus, d’autant que cette petite fille est une victime… Depuis vendredi, plusieurs ONG se bousculent pour proposer leur soutien à l’enfant. Par ailleurs, dire que le crime de Forest-Side vient remettre en lumière la nécessité d’amender certaines sections de laJuvenile Offenders Act, d’arrêter une fois pour toute l’âge de la responsabilité criminelle, respecter les principes de la United Nations Standard Minimum Rules for the Administration of Juvenile Justiceaussi connus sous le titre de “The Beijing Rules”, exécuter les recommandations du Comité des Droits de l’Enfant des Nations unies, réfonter de certaines institutions censées protéger et réhabiliter les enfants, la mise en place de mécanismes serrés pour la prise en charge des enfants ayant commis des délits graves et de se poser la question s’il est encore nécessaire de maintenir les soi-disant cellules aménagées pour mineur… est faire preuve de mauvaise foi! Les autorités de l’enfance et l’Etat auraient-ils la mémoire courte? Ont-ils déjà oublié le crime commis, en juin 2003, sur les berges de la rivière Fanfaron, non loin de Port-Louis, par deux jeunes garçons, âgés alors de 10 et 11 ans? Leur victime, Sunil Hookoom, brûlée vive, n’avait que 8 ans. Cette histoire dramatique, une première à Maurice, avait mis l’Etat au pied du mur en se retrouvant désarmé face à deux enfants de rue (victimes elles aussi de l’irresponsabilité de leurs parents), poursuivis pour un crime atroce. Balancés entre le Rehabilitation Youth Centre, les comparutions en Cour, des retours dans le foyer familial fragile, la rue, la délinquance, les deux garçons, aujourd’hui adultes, ont chacun connu un parcours différents jusqu’à leur 18 ans. A l’époque, le meurtre de Sunil Hookoom avait soulevé les mêmes réflexions et indignations autour du vide qui existe sur les dispositions à entreprendre quand un enfant commet un crime. Trois ans après l’affaire Hookoom, le Comité des Droits de l’Enfant des Nations unies, demande à Maurice de statuer sur l’âge de la responsabilité criminelle… Depuis rien! On se réfère encore aux sections 44 et 45, “Minor under 14 acting without discernment” et “Minor under 14 acting with discernment”du Criminal Code mauricien.