Le directeur du Sunday Times, Imraan Hosany, est placé en état d’arrestation depuis ce matin dans le cadre de l’enquête initiée par le Central CID à la suite de la publication d’une série de photos de la scene of crime de la chambre 1025 du Legends Hotel en date du 10 janvier 2011. Les indications disponibles à la mi-journée sont que le directeur de cet hebdomadaire pourrait être inculpé provisoirement du délit de « outrage to public morality » sous l’article 206 du Code Pénal. D’autre part, les avocats de la défense dans le procès aux Assises du meurtre de Michaela Harte, une institutrice irlandaise venue passer sa lune de miel à Maurice, récusent les accusations portées par le Premier ministre Navin Ramgoolam lors des travaux parlementaires d’hier.
Imraan Hosany, qui s’est retrouvé mêlé dans un accrochage avec un journaliste irlandais dans la soirée d’hier, a été appréhendé par une escouade du Central CID très tôt ce matin. Peu avant 8 heures aujourd’hui, le directeur du Sunday Times a été emmené sous forte escorte policière pour son interrogatoire quant à ses sources au sujet des photos de la Scene of Crime Office publiées dans l’édition de dimanche de l’hebdomadaire.
Dès le début de son interrogatoire, Imraan Hosany a fait comprendre aux policiers qu’il fera valoir ses droits au silence comme le prévoit la Constitution. Cette déclaration n’a pas empêché aux limiers du Central CID d’aller de l’avant avec les procédures d’interrogatoire. Sur la base des consultations à très haut niveau, la police envisage de loger contre lui une inculpation de « outrage to public morality » lors de sa comparution devant le tribunal de Port-Louis en cours de matinée.
L’escouade du Central CID a également procédé à la saisie des équipements informatiques appartenant à la rédaction du Sunday Times à des fins d’enquête. Ces ordinateurs ont été envoyés à l’IT Unit de la police pour un examen « forensic » en présence du directeur de l’hebdomadaire. L’objectif est de retrouver des preuves susceptibles de mener à l’auteur de cette fuite de documents faisant partie du dossier à charge de l’enquête sur le meurtre de Michaela Harte.
Entre-temps, les avocats de la défense contestent la déclaration de Navin Ramgoolam selon laquelle « it was leaked by a barrister from the defence ». Me Rama Valayden affirme que « si leakage il y a eu, comme semble le supposer le Premier ministre, cela ne peut venir de la défense. Tout simplement parce que cela ne sert en rien d’avoir recours à un tel procédé ».
L’homme de loi dénonce le procès d’intention sans même qu’une enquête ne soit entamée. « Ce qu’il faut savoir d’abord, c’est s’il y a eu réellement leakage. Si oui, par qui. Ensuite, il s’agira de savoir quel dessein a voulu servir la publication des photos », a ajouté Me Valayden.
Pour sa part, Me Sanjeev Teeluckdharry soutient qu’il est impensable que l’origine de la fuite puisse être la défense. « Le jury nous a donné raison lorsqu’il a rejeté l’enquête policière. Ce n’est qu’une campagne pour jeter de la boue sur la défense », déclare-t-il. Et d’ajouter : « La défense condamne la publication des photos du cadavre de la victime. It is most improper and unethical for any newspaper to give publication to these photographs. »
Dans ses commentaires lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition Paul Bérenger, le Premier ministre s’en est également pris à la presse dans cette affaire de publication de photos de la scène du crime. « I am sure that the whole House and indeed the entire population will express its feeling of disgust and outrage at what constitutes a blatant case of gutter journalism. The House will also appreciate how much prejudice to the image of our country this paper has caused by its irresponsible act », a-t-il déclaré dans l’ultime partie de sa réponse liminaire.
Navin Ramgoolam a aussi invité le Directeur des poursuites publiques à prendre des mesures dans le cadre de la loi au sujet de cette affaire. « I will also invite the Director of Public Prosecutions to consider inviting the Courts, in appropriate cases, to order, in the interest of the privacy and the respect for the grief of victims concerned, that photographs containing graphic images of injuries sustained by victims of crime and of the dead body should not be published in the media, whether broadcast, newsprint or electronic », a-t-il poursuivi.