Cinq semaines après son meurtre et son cadavre qui a été balancé à minuit et demi le 6 mai dernier dans un ravin à Plaine-Champagne, la lycéenne Stacey Henrisson, âgée de 17 ans, aura droit cet après-midi à un ultime hommage de ses proches et amis avec les funérailles se déroulant en l’église St-Thomas, de Beau-Bassin, et l’inhumation dans le caveau familial du cimetière paroissial. Les passions autour des rites funéraires se sont apaisées après la décision du juge Benjamin Joseph au sujet des arrangements entre la mère de la victime, Béatrice Rouillon-Sookur, et le parrain et oncle paternel, Clude Herbert Henrisson. Toutefois, la tension montera d’un cran avec l’enquête policière menée par le chef enquêteur Daniel Monvoisin entamant une phase extrêmement délicate. Dès le début de la semaine, la mère de Stacey Henrisson est attendue dans les locaux de la CID de la Western Division pour une séance d’interrogatoire qui s’annonce cruciale.
La fin de la quatrième semaine d’enquête a été marquée par la conclusion de l’interrogatoire du meurtrier présumé, Jayraj Sookur. Mais dans la matinée d’hier, la full squad de l’assistant surintendant de police Daniel Monvoisin était au complet à la morgue du Princess Margaret Orthopaedic Centre (PMOC) pour la remise de la dépouille mortelle de Stacey Henrisson en prévision de la cérémonie funéraire du jour. Des proches parents, dont la mère Béatrice Sookur, et le parrain Clude Herbert Henrisson, avaient fait le déplacement à cet effet.
Au terme de l’accord intervenu devant le juge Benjamin Joseph siégeant en référé, mardi dernier, la dépouille de Stacey Henrisson a été remise aux responsables des services de pompes funèbres Elie & Sons, choix des parents paternels, par la police pour les derniers préparatifs en vue de l’enterrement.
De son côté, Béatrice Rouillon-Sookur, qui avait déjà pris contact avec les pompes funèbres Valère, s’était vu attribuer le choix d’un cercueil en plomb de ce même undertaker. Le cercueil de la victime sera exposé à la chapelle ardente d’Elie & Sons, située le long de la route Royale, Beau-Bassin, soit presque vis-à-vis du Cercle de Beau-Bassin, à partir de 11 heures ce matin et la cérémonie religieuse se déroulant à 14 heures en l’église de St-Thomas et l’inhumation au caveau familial des Henrisson dans le cimetière paroissial.
Les deux parties, soit l’oncle paternel et la grand-mère maternelle, Margaret Rouillon, d’une part, et la mère de Stacey Henrisson, d’autre part, ont préféré avoir recours à la justice pour trancher ce litige, qui peut être qualifié d’insignifgiant devant le geste impardonnable du meurtre d’une innocente lycéenne. Néanmoins, cette bataille en Cour suprême a poussé Béatrice Rouillon-Sookur a levé un bout de voile sur sa stratégie de défense pour son prochain rendez-vous avec les limiers de la CID de la Western Division pour son interrogatoire.
« À plusieurs reprises, j’avais demandé à mon époux (Jayraj Sookur) de voir que Stacey puisse se mettre en contact avec moi dès leur retour en Inde le 3 mai dernier. Mais ce fut en vain. De manière systématique, j’ai été induite en erreur par Jayraj, qui m’avait fait comprendre que ma fille Stacey avait déserté le toit familial. J’avais même demandé à ma seconde fille Marisa (Sookur) de poster un message à l’intention de ma fille sur Facebook pour renouer le contact », soutient Béatrice Rouillon-Sookur.
Par ailleurs, Béatrice Rouillon-Sookur maintient qu’elle s’était rendue en Inde à partir du 2 avril dernier en compagnie de son époux et de ses enfants en vue de suivre un traitement médical. Elle ajoute qu’elle avait prévu de séjourner au Kerala Ayurvedic Resort jusqu’au 3 juillet. Elle compte soumettre aux enquêteurs de la police des preuves de sa réservation de billet d’avion pour prouver sa bonne foi.
Dans le camp des enquêteurs, l’on affirme être déjà prêt pour entamer cette séance de questioning under caution aussitôt que les hommes de loi de Béatrice Rouillon-Sookur, Mes Germain Wong Yuen Kook et Nadeem Hyderkhan, décident du rendez-vous, qui pourrait intervenir dès le début de la semaine. En ce qui concerne la teneur des questions ou encore la line of questioning, la police se garde de laisser échapper la moindre indication.
« Nous avons développé notre stratégie d’enquête en vue de faire la lumière sur le meurtre de la victime. Nous avons mis au point les questions sur une gamme de sujets les uns plus pertinents que les autres et nous aviserons de la marche à suivre au moment opportun », confie-t-on dans les milieux autorisés des enquêteurs sans révéler de plus amples détails.
Même si aux yeux de la loi Béatrice Rouillon-Sookur ne peut être forcée à témoigner contre son époux dans le meurtre de sa fille, les hommes de l’ASP Monvoisin affirment disposer d’éléments et d’indices susceptibles de faire avancer davantage l’enquête de manière irrémédiable. La veillée d’armes — avant toute conclusion sur le sort de la mère de Stacey Henrisson alimentée de fréquentes consultations au niveau du Director’s of Public Prosecution’s Office pour décider de la marche à suivre — risque d’être relativement longue.
La véritable question est : jusqu’où pourra aller Béatrice Rouillon-Sookur dans sa tentative de se maintenir à distance du meurtrier allégué de sa fille, d’autant que la thèse accréditée par la police est que l’appât du gain, ou encore plus la captation d’héritage, serait le véritable mobile du crime ?
Cette prochaine étape sera suivie à distance avec un intérêt accru par le meurtrier présumé, qui sera incarcéré à partir de demain à la Remand Prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest. « L’étape de l’interrogatoire de Béatrice Rouillon-Sookur sera révélatrice pour la suite de l’enquête. C’est tout ce que je peux vous dire », a déclaré à Week-End Me Arun Kutowaroo, dont les services ont été retenus par Jayraj Sookur après le désistement de Me Raouf Jaddoo au lendemain de son arrestation.
L’interrogatoire formel du meurtrier présumé a pris fin dès jeudi après-midi. Ce jour-là, pendant plus de cinq heures, et en présence de son homme de loi, Jayraj Sookur a mis fin à ses explications sur les différents aspects de cette dramatique affaire. Béatrice Rouillon-Sookur devra être confrontée à des éléments d’informations fournis aux policiers par le suspect, comme le financement du voyage en Inde de l’ordre de Rs 700 000 avec pas moins de Rs 400 000 en provenance des comptes opérés au nom de la mineure.
Néanmoins, Jayraj Sookur n’a pas hésité à placer toute la responsabilité du pillage de l’héritage légué à Stacey Henrisson sur le dos de son complice, Ramdassen Tany. Face aux questions des policiers, après la récupération d’au moins trois camions de pièces d’ameublement, d’équipements électroménagers et de cuisine et d’outils d’atelier artisanal, volés et vendus à des particuliers, il s’en est lavé les mains en insinuant que « sa bann zafer-là, li (Ramdassen Tany) ki finn fer sa ». Pourtant, des preuves existent qu’il était parti prenante de ce vol, même si des scellés avaient été apposés par le tribunal de Pamplemousses depuis le 4 novembre de l’année dernière.
D’autre part, dans une ultime tentative de nier que le mobile de son acte criminel allégué était l’argent, Jayraj Sookur a affirmé aux policiers que son métier de Master Healer et la gestion de ses salons de massage à Grand-Baie lui rapportaient des revenus nets jusqu’à Rs 300 000 par mois. « Pa vann dé hamak ki pou fer mwa vine pli riss », aurait-il laissé entendre en substance.
Ramdassen Tany, qui avait accompagné Jayraj Sookur pour se débarrasser du cadavre de Stacey Henrisson dans la nuit du 5 au 6 mai dernier et agi en tant que complice pour s’approprier des biens mobiliers de Stacey Henrisson de manière illégale, devra compléter son interrogatoire au cours de la semaine prochaine. Les indications fournies par ce suspect ont ouvert des pistes non négligeables dans l’enquête.
À la fin de la semaine, Ramdassen Tany prendra le chemin d’une cellule de la prison de Beau-Bassin en attendant la décision du DPP pour la suite pénale de ce meurtre planifié et prémédité de la jeune fille de 16 ans…