Presque trois semaines après le meurtre de Stacey Henrisson, âgée de 16 ans, le meurtrier présumé, Jayraj Sookur, le second époux de la mère de la victime, est attendu en cours d’après-midi, sur la Scene of Crime. Pour les besoins de cette reconstitution des faits se déroulant à Bonne-Mère, Flacq, et à Plaine-Champagne – où le cadavre de la victime, avec la tête placée dans un sac en plastique de couleur noire, avait été jeté dans un ravin –, le suspect principal ne sera pas accompagné de son homme de loi, Me Arun Kutowaroo. D’autre part, le complice et suspect No 2 dans ce crime, Ramdassen Tany, 56 ans, habitant Petit-Raffray, a comparu ce matin devant le tribunal de Bambous pour la reconduction de sa détention en cellule policière pour les besoins de cette enquête confiée aux limiers de la Western Division sous la houlette du chef enquêteur et assistant surintendant de police, l’ASP Daniel Monvoisin.
La décision de procéder aujourd’hui à une reconstitution des faits sur les lieux du crime, avec la participation des deux suspects, a été entérinée à ce stade car les responsables de l’enquête policière se disent confiants d’avoir établi les Prima Facie Evidence en vue d’une inculpation provisoire de Jayraj Sookur et de Ramdassen Tany dans ce meurtre. Les dernières pièces à conviction pour soutenir le véritable mobile du crime, soit l’héritage de Stacey Henrisson, variant entre Rs 30 millions et Rs 50 M, ont été versées dans le dossier à charge au cours de ces dernières 24 heures.
Depuis la fin de la semaine dernière, la CID de la Western Division était sur la piste de deux témoins majeurs pour confirmer la thèse selon laquelle le complot avait été ourdi par le beau-père de Stacey Henrisson en vue de s’approprier les biens de celle-ci. L’Intelligence recueillie sur le terrain a fini par rapporter des dividendes et ces deux maillons importants dans cette enquête ont été longuement entendus par la police avec des preuves jugées accablantes contre Jayraj Sookur.
La séquence des événements autour de l’assassinat de Stacey Henrisson est des plus révélatrices quant au rôle et au mobile animant les principaux protagonistes, soit le 3 mai dernier : retour de Jayraj Sookur et de Stacey Henrisson d’un voyage en Inde avec la mère Béatrice Rouillon-Sookur poursuivant son séjour en Inde en vue de se faire soigner.
Le samedi 5 mai représentera un véritable tournant dans cette affaire. La police met en exergue des preuves formelles pour faire la démonstration que la corde de couleur verte utilisée pour ligoter les mains de la lycéenne dans son dos avant d’être jetée dans le ravin à Plaine-Champagne avait été achetée dans la matinée du samedi dans un magasin spécialisé de Boulet-Rouge à Centre de Flacq.
Le crime aurait été commis dans l’après-midi du 5 mai et Jayraj Sookur aurait utilisé un oreiller pour parvenir à ses fins. Ces détails auraient été obtenus par des limiers de Rose-Hill lors des différentes séances d’interrogatoire et d’audition du suspect, plus particulièrement dans la soirée de vendredi et de dimanche dernier.
L’enquête de la police a également conclu que les démarches pour débarrasser le cadavre de la jeune fille ont été entamées dans la nuit de samedi à dimanche. Des enregistrements de vidéo surveillance dans la région de Plaine-Champagne devraient confirmer l’heure exacte à laquelle Stacey Henrisson avait été balancée dans le ravin à une profondeur d’une dizaine de mètres. Ces enregistrements ont déjà été placés sous contrôle de la police en vue d’éviter tout « tampering ».
De son côté, le suspect Ramdassen Tany a tenté de faire accroire à la police que l’opération « zet salte » se serait déroulée le dimanche 6 mai. La récupération du cadavre en état avancé de décomposition avait eu lieu une semaine après, soit le dimanche 13.
Mais les événements se déroulant le lundi 7 mai seraient encore plus accablants pour le suspect Jayraj Sookur. Ces preuves sont considérées comme n’étant sujettes à aucune contestation. Quarante-huit heures après avoir exécuté la jeune fille et tenté de dissimuler toute trace de la victime, le beau-père, soupçonné par la police d’être l’auteur du crime, s’est engagé dans des négociations auprès d’un éventuel acquéreur pour la vente du complexe de Pointe-aux-Canonniers, comprenant une boutique artisanale, un atelier de fabrication et trois bungalows.
Ce lundi 7 mai, le véhicule utilitaire appartenant à Jayraj Sookur, une Mitsubishi de couleur blanche et immatriculée 3353 AG 09, avait été vu par des passants dans les parages de ce complexe commercial et résidentiel à Pointe-aux-Canonniers. Le complice présumé du beau-père, Ramdassen Tany, a confirmé s’être rendu sur les lieux pour payer le gardien Sooresh Bijloll, soit la somme de Rs 8 000 pour le mois d’avril.
L’éventuel acquéreur a été longuement entendu par les enquêteurs de la police au sujet de cette rencontre avec Jayraj Sookur le lundi 7 mai. Il a révélé tous les détails de l’offre formulée pour la vente du complexe de Pointe-aux-Canonniers. Le nom du courtier a aussi été mentionné dans la déposition. La version des faits de l’intermédiaire, interrogé par la police, corrobore les éléments avancés par l’éventuel acheteur.
Mais la vente ne s’est pas concrétisée pour une seule raison. Jayraj Sookur a été frappé à la mauvaise porte. L’acquéreur approché ne dispose pas des Rs 12 millions recherchées pour la vente. « Nou enn bann banqueroute. Kot nou ti pou kapav trouv Rs 12 millions enn sel kout », aurait déclaré en substance l’acheteur dans sa déposition à la police.
À la mi-journée, les enquêteurs de la CID de la Western Division étaient en Stand-By aux Police Headquarters de Rose-Hill pour les procédures en vue de la reconstitution des faits, qui devaient se dérouler en principe cet après-midi au plus tard selon le programme de travail établi en début de matinée.
De son côté, Me Kutowaree, avocat de Jayraj Sookur, a confirmé au Mauricien qu’il ne sera pas présent lors de la reconstitution des faits par son client. Il a tenu à faire un appel à la presse pour qu’elle évite de se lancer dans des spéculations sans ajouter d’autres précisions.
Le suspense en cette fin de semaine tourne autour de la prochaine convocation de Béatrice Rouillon-Sookur annoncée depuis quelques jours déjà. Des sources policières autorisées avancent que la mère de la victime, qui est rentrée de l’Inde, vendredi, doit être confrontée à certains volets de l’enquête et que ses explications devront être déterminantes pour la suite. Aucune indication officielle à la mi-journée.