Après les débats sur la motion de voir-dire hier, le procès intenté à Jayraj Sookur pour le meurtre de sa belle-fille, Stacey Henrisson, s’est poursuivi ce matin avec l’audition d’autres témoins. Le Dr Raymond D’Hotman de Villiers, orthodontiste, ainsi que l’ancien voisin et proche ami de la victime, Jocelyn Vitry, ont été appelés à la barre des témoins lors de l’audience du matin. M. Vitry a déclaré que Stacey Henrisson lui avait confié qu’elle ne supportait plus les avances de son beau-père. « Je lui avais conseillé d’en parler à sa mère, mais elle m’avait dit une fois que cette dernière ne la protégeait pas », a soutenu le témoin.
Jocelyn Vitry détient un centre de plongée à Trou-aux-Biches. Il avait fait la connaissance de Stacey Henrisson en 2007 lorsqu’il est venu habiter à Pointe-aux-Canonniers. Par la suite, dit-il, la victime s’était liée d’amitié avec sa fille et, de fait, s’était rapprochée de sa famille. Souvent, dit-il, celle-ci venait souvent passer le week-end chez eux, y passant même quelquefois la nuit. Selon le témoin, à un certain moment, Stacey avait commencé à se confier à lui. « C’était devenu inquiétant quand elle avait commencé à me dire qu’elle ne voulait pas rentrer chez elle, à Flacq. Elle me disait que, souvent, quand son beau-père allait déposer son chauffeur dans un village du Nord, sur le chemin de retour, il passait par des chemins de cannes et lui faisait des avances en route », a-t-il déclaré. Une fois, relate-t-il, la jeune fille lui avait montré des textos que son beau-père lui envoyait. « C’était des messages d’amour en anglais », comme « I love you, I miss you ». Et de renchérir : « Elle m’avait même dit que son beau-père lui disait qu’il l’aimait plus que sa mère. »
Jocelyn Vitry dit avoir toujours insisté pour que Stacey « raconte tout à sa mère », expliquant qu’une fois, elle l’avait appelé pour lui demander de venir la récupérer à Flacq. « Elle était au bord des larmes. Je suis allé chez elle, à Flacq, et, là-bas, elle m’attendait au bord de la route. Elle s’est empressée de monter dans la voiture et m’a demandé de démarrer rapidement. Nous sommes allés faire un tour à Flacq et, en route, elle m’a confié que les avances de son beau-père devenaient plus pressantes et qu’elle ne supportait plus cette situation. Elle m’avait demandé si elle pouvait venir avec ma famille », a-t-il soutenu. Quand Jocelyn Vitry a déposé Stacey chez elle ce jour-là, le témoin a eu une brève conversation avec sa mère, Béatrice. « J’avais dit à sa mère que quelque chose de grave se passe chez elle et qu’elle devait faire parler sa fille », a poursuivi Jocelyn Vitry. Toujours selon ses dires, le lendemain, Stacey l’avait appelé en lui confiant qu’elle n’avait rien dit à sa mère, car cette dernière « ne la protégeait pas ». Par la suite. le témoin avait appris que Stacey avait raconté à ses parents qu’elle avait eu des relations sexuelles avec Bhavik Ramphul, l’assistant de son père, Wills. « Je ne sais toujours pas si c’était la vérité. Stacey m’avait dit que sa mère l’avait questionnée en présence de son beau-père et qu’elle n’avait pas eu le courage de dire la vérité. Elle avait raconté ce qu’il voulait entendre », dit encore Jocelyn Vitry. Ce dernier a par ailleurs souligné que c’est lui qui avait pris l’appareil photo de Stacey (qu’il avait acheté 385 euros à Paris), appareil qui avait été retrouvé par la police à Grande-Rivière. Jayraj Sookur lui avait dit qu’il allait le rembourser, mais il ne l’a jamais fait, poursuit le témoin. Finalement, ce dernier dit avoir appris la mort de Stacey alors qu’il se trouvait en croisière avec des plongeurs à Bali, en Indonésie, et que « quelques semaines avant sa mort, personne ne pouvait entrer en contact avec Stacey ».
Par ailleurs, le Dr Raymond D’Hotman de Villiers, orthodontiste, a déposé ce matin. C’est lui qui avait permis à la police d’identifier le corps de Stacey grâce à son appareil dentaire. Il a expliqué en cour qu’il prenait des photos de tous ses patients à chaque rendez-vous et que, quand la police était venue le voir, il leur avait remis les photos de Stacey. L’avocat de la défense, Me Avineshwar Dayal, devait confronter le témoin au fait que la photo prise par la police et celle qu’il leur avait remise n’étaient pas identiques, et qu’à certains endroits, il manquait des clapets sur l’appareil dentaire. Raymond D’Hotman de Villiers a répondu que ce type de pièce sort régulièrement de son logement et que celle-ci peut bouger sous l’effet d’une force quelconque. « Cela peut être un coup de poing, une chute ou encore en mangeant quelque chose de dur. Il y a plusieurs explications », a-t-il dit. Le contre-interrogatoire de Jocelyn Vitry se poursuit dans l’après-midi.