Poursuivi pour complicité dans le meurtre d’Hélène Lam Po Tang, Sanjeev Nunkoo, ex-Assistant Production Manager de la firme Lam Po Tang, a été acquitté à l’unanimité des jurés et libéré après avoir passé quatre ans et huit mois en détention préventive. Depuis l’ouverture de son procès le 20 juillet dernier, il n’a cessé de clamer son innocence en insistant qu’il avait été piégé. Les jurés ont donc été convaincus des arguments de son avocat dans cette affaire, Me Rama Valayden, qui a réclamé l’ouverture d’une nouvelle enquête cinq ans après les faits. Pour l’heure, si Sanjeev Nunkoo savoure sa liberté retrouvée et annonce qu’il demandera réparation, la famille d’Helène Lam Po Tang continue à vivre dans la douleur de l’inconnu de ce qui est arrivé lors de cette tragique nuit du 13 octobre à leur proche. Retour sur les dix jours qui ont marqué ce procès pour rien, puisque l’assassin (ou les assassins) d’Hélène Lam Po Tang court toujours.
Sanjeev Nunkoo avait été le premier suspect arrêté après l’assassinat d’Hélène Lam Po Tang, épouse de Gary Lam Po Tang — PDG d’une usine qui porte son nom. Le suspect était initialement poursuivi sous une charge d’assassinat. Cependant, en juillet 2014, le Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Satyajit Boolell, avait décidé d’initier le procès contre Sanjeev Nunkoo sous un acte d’accusation de « aiding and abeiting the author of a crime », soit d’avoir aidé une autre personne à causer la mort d’Hélène Lam Po Tang.
Le couple Lam Po Tang, dont la fille est établie à l’étranger, habitait avenue des Roses, Morcellement Swan, Baie-du-Tombeau. Le corps de la victime de 61 ans a été découvert le 15 octobre 2010 dans sa maison par son beau-frère et sa soeur. L’autopsie effectuée par le Dr Sudesh Kumar Gungadin avait révélé qu’Hélène Lam Po Tang avait eu le corps lardé de plus de 30 coups d’arme tranchante et que sa mort remontait à plus de 24 heures.
 
20 juillet : ouverture du procès
L’ex-Assistant Production Manager a plaidé non-coupable à la charge de « unlawfully and knowingly aid and abet the author of a crime in the means of facilitating a crime » après la constitution du panel de jurés composé de deux femmes et sept hommes. Il échut au représentant du Parquet, Me Denis Mootoo, de prononcer l’open speech du procès. C’est Me Rama Valayden qui représentait l’accusé.
 
21 juillet : début de l’audition des témoins
Le surintendant Daniel Monvoisin, qui était chargé d’informer l’accusé de la charge qui pesait sur lui alors qu’il était en détention à la prison de Grande Rivière Nord Ouest, a indiqué en cour hier que Sanjeev Nunkoo avait demandé une enquête par une équipe indépendante en déclarant que « La verite ti pou sorti, mo pa konpran kifer la polis finn prese pou ran lekor madam-la ». Puis, ce fut au tour du PS Rajkumar Ramnarain, le premier policier présent sur les lieux du crime, après avoir reçu un appel du beau-frère de la victime et son épouse qui ont découvert le cadavre d’Hélène Lam Po Tang dans sa chambre à coucher.
Le policier a soutenu avoir vu le cadavre d’Hélène Lam Po Tang dans une marre de sang. Tout était en ordre dans la maison. Il dit avoir appelé le SAMU, qui a confirmé son décès sur place. Il affairme avoir parlé à Gary Lam Po Tang au téléphone. « Mo mem so mari, get enn kou, amenn li klinik », lui avait-il dit. Le district clerk ainsi que les photographes et membres du Scene of Crime Office ont aussi déposé.
 
22 juillet & 23 juillet : dépositions de Sanjeev Nunkoo
L’ASP Luciano Gérard a confirmé à la cour que, selon les renseignements obtenus auprès du Passport and Immigration Office, au cours de l’enquête, Gary Lam Po Tang avait quitté de la pays le 10 octobre 2010 et était de retour le 16 octobre 2010, soit le lendemain de la découverte du corps de son épouse. C’est la soeur de la victime ainsi que son beau-frère qui étaient les dernières personnes à avoir vu la victime de son vivant. Selon lui, l’ancien Assistant Production Manager à la compagnie Lam Po Tang, Sanjeev Nunkoo, avait donné trois dépositions à la police, le premier datant du 11 novembre 2010. Dans sa première déposition, il explique que le mari d’Hélène Lam Po Tang l’avait appelé à plusieurs reprises quelques jours avant ce crime pour lui demander d’accomplir un travail pour lui.
« Le 12 octobre 2010, Gary m’avait appelé et m’avait demandé d’aller jeter un coup d’oeil dans les rues près de chez lui. Il m’avait donné le numéro d’un certain Ah Kim par SMS et m’avait dit de prendre contact avec ce dernier. Le 14 octobre 2010, j’avais quitté le travail tôt et Gary m’avait dit d’appeler chez lui. Quelqu’un avait décroché mais n’avait pas parlé. Ce jour-là, je suis allé au Caudan pour retirer de l’argent et par la suite je suis allé au casino. Quelque temps après, Gary m’a appelé de nouveau pour me demander si je suis passé chez lui. Je suis alors allé à Jumbo Riche-Terre pour acheter un couteau et je suis passé chez les Lam Po Tang et j’ai jeté le couteau dans la cour. Le lendemain, je suis reparti chez les Lam Po Tang, Gary m’avait demandé de téléphoner et de passer pour Kevin Bramer. Au téléphone, c’est un homme qui a répondu, il m’a dit de passer prendre un parcel », a relaté Sanjeev Nunkoo à la police.
Selon sa version des faits, en arrivant au domicile des Lam Po Tang, la porte était entre-ouverte et en entrant dans la maison, il était tombé sur un homme qu’il maintient dans ses dépositions comme étant Ah Kim. Une dispute aurait éclaté entre les deux car Sanjeev Nunkoo refusait de se débarasser du cadavre. « Mo finn pran kouto ki ti akote lekor-la mo finn menas li ar sa ek mo finn sove. Lor sime mo’nn zet kouto-la Pont Colville », a-t-il déclaré à la police.
 
ADN d’une personne inconnue prélevée sur les lieux du crime
Dans une deuxième déposition, l’accusé est revenu sur certains détails qu’il avait omis de dire dans la première. Il raconte que l’époux de la victime l’avait appelé le 12 octobre alors qu’il était à l’usine. C’est la réceptionniste Peggy qui aurait passé l’appel et Gary Lam Po Tang lui aurait promis de lui donner Rs 500 000 pour se débarrasser du corps d’Hélène Lam Po Tang. « Li ti dir mwa touy so madam, mo ti refize ek mo finn gayn diskisyon ar li », a-t-il soutenu à la police.
L’ASP Gerard n’a pu confirmer à ce stade s’il y avait ou non une déposition de la dénommée Peggy, sur quoi la défense a logé une motion demandant à ce que la police communique toutes les dépositions des personnes enregistrées dans le cadre de l’enquête. Il a par ailleurs déclaré en cour que l’enquête avait révélé qu’il n’y avait eu aucun échange d’appels ni de messages entre l’accusé et l’époux de la victime du 12 au 15 octobre 2015. L’ASP Gerard a aussi révélé qu’un ADN appartenant à une personne inconnue de l’enquête policière avait été prélevé sur les lieux du crime. Une enquête est toujours en cours.
 
24 juillet : il y avait du sang partout selon le FSL
Ce jour fut celui des experts du Forensic Science Laboratory. M. Bhagowantee était en compagnie du PC Mareemootoo lorsqu’il s’était rendu une première fois le 29 octobre 2010 au domicile des Lam Po Tang pour effectuer des prélèvements. Il y avait du sang dans plusieurs pièces de la maison ainsi que sur plusieurs objets. Le témoin a indiqué qu’il avait aussi prélevé du sang sur un agenda qui se trouvait sur une table dans la salle à manger dont certaines pages avaient été déchirées. Interrogé par l’avocat de la défense sur le contenu du diary, l’officier du FSL devait répondre qu’il ne l’avait pas lu.
Par ailleurs, il avait examiné la voiture de l’accusé qui se trouvait aux Line Barracks. Il avait ainsi trouvé du sang sur un tapis se trouvant près du siège passager de devant. Par ailleurs, un autre officier du FSL, Mme Mohadun, a confirmé avoir effectué des tests sur les échantillons et pièces à conviction qui avaient été apportées au laboratoire. Il s’agit,, entre autres des vêtements de la victime, des ongles, des cheveux et de l’arme du crime. Le human blood récolté avait été envoyé pour des analyses d’ADN
 
27 juillet : probablement tuée le 13 octobre 2010
C’est au tour du dernier témoin de la Poursuite, le Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, d’être interrogé. Se basant sur ses observations faites à la découverte du cadavre, de la température de la victime ainsi que le début de décomposition de certains organes, le médecin légiste estime qu’Hélène Lam Po Tang aurait perdu la vie entre 24h à 36h de l’heure où le médecin l’avait examinée pour le première fois. Elle aurait été tuée le 13 octobre 2010 vers 23h. Le Dr Sudesh Kumar Gungadin s’est par ailleurs attardé sur les maintes blessures relevées sur le corps de la victime qui avait succombé à de multiples stabwounds. Elle avait été vidée de presque tout son sang et certains organes avaient commencé à se décomposer.
À travers des illustrations, le médecin légiste a tenté d’expliquer aux membres du jury le schéma de différentes blessures, indiquant qu’une seule arme peut causer différents types de blessures. Quant à l’heure du décès d’Hélène Lam Po Tang, le Dr Sudesh Kumar Gungadin devait dire que « the only person who knows the exact time of death is the person who killed her. Anybody after that can only estimate… All these features are not accurate and there are many conditions that affect each and every factor. It is not an exact science, it is only a guess work ».
 
28 juillet : déclaration de Sanjeev Nunkoo
L’accusé Sanjeev Nunkoo fait une déclaration du box des accusés avant que les témoins ne soient entendus. « Bizin refer enn vre lanket. Bizin avan tou fer zistis à Mme Lam Po Tang », a-t-il déclaré. S’adressant à la Cour et aux membres du jury, l’accusé a indiqué que dans ses dépositions, il n’avait jamais nié qu’il avait acheté un couteau et quand il s’était rendu chez les Lam Po Tang, il avait vu le cadavre. « Fer plis ki 4 an ki mo dan prison, mo finn ariv enn sel conclusion : Gary Lam Po Tang finn piez mwa. Mo finn fer mo patron konfians, zordi mo finn retrouv mwa dan box akize. Si sa zour-la mo ti al la polis mo pa ti pou la zordi », a-t-il déclaré.
Par ailleurs le Dr Amar Gujallu, qui avait rédigé un rapport se basant sur les conclusions de l’autopsie du Chief Police Medical Officer, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, a, lui, soutenu que, vu le schéma des stabwounds revelées sur le corps d’Hélène Lam Po Tang, différentes armes auraient pu avoir été utilisées pour commettre le crime. Par ailleurs, le Dr Gujallu a confirmé que le décès pouvait remonter à 36h avant la découverte du corps.