La logistique n’est pas un luxe mais une nécessité si Maurice veut développer son secteur d’exportation et son économie, a souligné ce matin la Mauritius Export Association (MEXA) à l’ouverture d’une conférence marquant le début de la Semaine de la logistique. Dans son discours inaugural, Laurence Breton-Moyet, directrice de l’Agence française de développement (AFD) a réaffirmé le soutien de cette dernière aux efforts des autorités et opérateurs économiques locaux pour améliorer les services logistiques et portuaires à Maurice ainsi qu’un appui au renforcement des capacités commerciales de la région océan Indien.
Pour le président de la MEXA Hemraj Ramnial, la logistique et toute la chaîne de fourniture/distribution, partant de l’approvisionnement en matières premières jusqu’à la fabrication de produits finis ainsi que l’acheminent de ces produits jusqu’aux portes du consommateur, figurent parmi les priorités du secteur manufacturier. « Nos exportations sont hautement dépendantes des services logistiques fiables et efficaces », a souligné Henraj Ramnial. Les délais dans l’approvisionnement en matières premières, la période d’acheminement des produits à l’exportation et le manque de connectivité (maritime et aérienne) sont parmi les contraintes auxquelles les exportateurs doivent faire face. De plus, a-t-il poursuivi, l’exportation des produits vers les marchés régionaux est souvent pénalisée par les fréquences limitées au niveau des liaisons maritimes entre les ports de la région.
« L’industrie de la logistique ne cesse de s’épanouir à travers le monde. La Logistique n’est plus un luxe mais une nécessité », dira le président de la MEXA Supply Chain Council, Hans Herchenroder, directeur de la Mauritius Freeport Development (MFD). « Nous opérons dans un environnement où les consommateurs tant locaux qu’internationaux exigent une livraison rapide des produits avec un temps de fabrication très court alors que les entreprises cherchent à être plus compétitives en offrant de meilleurs services et à réaliser la croissance avec des coûts d’opération plus faibles », a poursuivi Hans Herchenroder. D’où l’importance de la Semaine de la logistique qui vise à sensibiliser les autorités et les opérateurs économiques aux enjeux de la logistique. La conférence de la MEXA sur le thème « Supply Chain Strategies for Growth » permet aux parties concernées de se pencher entre autres sur la question de connectivité au plan régional et international, les obstacles à surmonter pour accroître les échanges commerciaux régionaux, le manque de compétences, la facilitation des affaires.
S’agissant du développement des échanges régionaux, Laurence Breton-Moyet a annoncé que l’AFD envisage de mettre à disposition des pays de la région, dans le cadre d’un partenariat avec l’Union des Chambres de Commerce des îles de l’océan Indien, une enveloppe de 2,4 millions d’euros (environ Rs 100 millions) sous forme de subvention pour l’établissement d’une « cartographie des obstacles au commerce régional ». La directrice de l’AFD a fait ressortir à cet effet que « les obstacles au commerce sont parfois nombreux et il nous paraît important de les analyser avec précision pour leur trouver des solutions concrètes ». Laurence Breton-Moyet a soutenu que la logistique recouvre des enjeux considérables et que, dans le cas de Maurice, il y a notamment le problème d’éloignement géographique des principaux marchés à l’exportation, la question de connectivité et la qualité des services offerts par Port-Louis. « Le pari qui est en fait de faire du port de Port-Louis un hub de transbordement est essentiel pour rester sur les lignes de desserte des grandes compagnies maritimes et réduire les coûts du fret », a-t-il fait ressortir.
Laurence Breton-Moyen a observé que Port-Louis joue un rôle vital dans l’économie mauricienne, traitant environ 99 % du commerce extérieur du pays. D’où l’intérêt de l’AFD d’appuyer les autorités mauriciennes dans la réalisation de la stratégie de transformer Port-Louis en un hub de transbordement. L’AFD a accordé des crédits de l’ordre de 48 millions de dollars (environ Rs 1,4 milliard) à la Mauritius Port Authority pour l’extention du terminal à conteneurs, la construction de 240 mètres de quai additionnel et l’approfondissement du chenal à 16,5 mètres.
« Cette stratégie n’est pas sans risque parce que le trafic de transbordement est volatil et que les armements globaux peuvent très vite “oublier” les efforts d’investissement de Maurice s’ils trouvent mieux ailleurs. C’est pourquoi les efforts de maintenir des niveaux de service et de prix à des standards internationaux, en particulier dans la manutention, sont essentiels », a prévenu la directrice de l’AFD.
Auparavant, le président de la MEXA n’avait pas manqué de faire référence au go-slow dans le port en juin dernier et qui menaçait les exportations aussi bien que les importations du pays évaluées en plusieurs dizaines de millions de roupies. Le problème a été résolu mais il a démontré que le port demeure un secteur vulnérable, a déclaré Henraj Ramnial qui dans la foulée, a appelé à une collaboration étroite entre les différentes parties pour améliorer la productivité et la fiabilité des opérations portuaires.