A Maurice dans le cadre d’une future collaboration avec la Mauritius Film Development Corporation (MFDC), Javed Aktar, poète, parolier et scénariste indien, a donné lecture d’une dizaine de ses poèmes écrits en ourdou, jeudi soir au Mahatma Gandhi Institute (MGI), en présence de son épouse, l’actrice indienne Shabana Azmi. Une soirée empreinte d’émotions et qui a donné lieu à un voyage dans l’univers de ce poète qui « raisonne avec une précision presque mathématique… » comme l’affirme Vidya Vencatesan, traductrice des poèmes de Javed Aktar.
C’est avec beaucoup d’attention que les amoureux des lettres et de la poésie ont découvert ou redécouvert les poèmes du Javed Aktar. Ceux qui maîtrisent l’ourdou et pour qui il s’agit de leur langue de coeur n’ont cessé, au cours de la soirée, de donner leur appréciation après les  vers ceux qui les ont le plus interpellés. « Va », « Va va », « Va, va, va », pouvait-on entendre dans la salle. Les autres, cependant, n’ont eu aucune raison de les envier puisque c’est avec beaucoup d’émotions et en s’appuyant sur tel ou tel vers que Vidya Vencatesan, également professeure et responsable du Department of French Studies de l’Université de Mumbai, a donné lecture de la traduction en français de ces poèmes après chaque prestation du poète. Cependant, pour les avertis des défis qui s’imposent à l’exercice de traduction, un regret demeure : celui de ne pas comprendre la langue source.
Néanmoins, c’est avec un sourire aux lèvres, les yeux pétillants et parfois même avec une perle de larme au coin de l’oeil que le spectateur s’est invité dans les méandres de ses pensées.
De cette pièce dans la maison de son enfance, où tout lui parle que ce soit la table de chevet, l’oreiller qui prend vie avec un corps moelleux ou les tableaux qui le regardent avec affection jusqu’à l’éternel temps qui passe ou « est-ce plutôt nous, les êtres humains, qui passons et le temps demeure statique ? » demande-t-il, interrogations et observations des scènes du quotidien foisonnent dans sa poésie. Philosophe contemporain, Javed Aktar accorde une grande place aux mots pour décortiquer de manière « consciente et courageuse », comme l’affirme sa traductrice, le monde contemporain. Pour elle, Javed Aktar insuffle une nouvelle vigueur aux métaphores. Ainsi, sommes-nous tentés de nous attarder sur cette larme qu’on verse lorsqu’on écoute la triste histoire de l’autre. Cette larme qui se fait « un mouchoir de sa peine »… Son interrogation sur « le temps » donne un autre point de vue sur ce que l’on est souvent tenté de dire : « le temps n’attend pas ». La quête de soi demeure un thème fondamental dans sa poésie. Ainsi, s’adresse-t-il à sa fille et à toutes les filles lorsqu’il évoque les chemins de la vie. Le premier : droit, marqué par la tradition, la vie au village où « le réconfort est offert en aumône ». Le second : le plus dur où personne n’est avec personne mais qui pousse à la recherche de son identité propre.
Ce sont autant d’outils de réflexion qu’offre généreusement le poète à celui qui l’écoute. Autant de réponses qu’on ne peut s’empêcher de chercher, même plusieurs heures après l’avoir écouté.
La soirée a pris fin avec une séance de dédicace par le poète et son épouse.