Monseigneur Maurice Piat célèbre aujourd’hui ses 25 ans à la tête de l’église catholique de Maurice. Nous avons profité de l’occasion pour aller l’interroger sur les points forts de son épiscopat.
 Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti quand vous avez appris que vous aviez été nommé Évêque de Port-Louis ?
J’étais très ému parce que j’avais conscience que c’était une immense responsabilité qui me revenait. Mais en même temps, j’étais heureux d’être appelé à ce service global de l’église dans notre île Maurice. Le lendemain, je suis allé voir le cardinal pour lui dire que j’avais été nommé évêque.
 Cela a-t-il été facile d’entrer dans les souliers du cardinal Jean Margéot ?
Non, parce que c’était une grande pointure. Mais en même temps, il y a tellement de belles avenues qu’il avait déjà tracées. Et puis, inévitablement, étant d’un autre tempérament et les choses évoluant, comme la société mauricienne, j’ai été amené à prendre des décisions qui n’étaient pas celles des années 1980.
 Cet épiscopat s’est-il déroulé comme vous le souhaitiez ?
Certainement pas. Je ne m’attendais pas, par exemple, à avoir à gérer le malaise créole. C’est une de premières choses sur lesquelles j’ai eu à travailler, à réfléchir et finalement à écrire. Et puis, il y a eu toutes les réformes autour de l’éducation qui ont provoqué de profonds soubresauts au sein de l’église et de la société mauricienne. Je ne m’attendais pas non plus à participer au grand synode des années 1997 à 2000 qui a ouvert la parole et certaines portes de l’église.
 Peut-on dire que votre épiscopat a été marqué par la question de l’éducation catholique qui vous a conduit parfois à affronter le gouvernement ?
Cela a été le cas à un moment donné. La réforme de M. Obeegadoo, qui avait de belles intentions, a beaucoup perturbé l’ensemble de l’école catholique et même l’école tout court. Et puis, en même temps, il y a eu le procès Tengur sur les 50% de places dans les écoles catholiques quel’église a perdu en Cour suprême et devant le Privy Council. Nous ne sommes pas sortis indemnes de cette défaite mais en même temps, elle aura été pour nous un blessing in disguisequi nous aura permis de remettre les choses en perspective. Nous avons revu nos critères, mieux défini le type de service que nous voulions donner dans l’éducation. Nous avons voulu accueillir dans nos écoles les enfants des plus faibles et des plus pauvres. Et puis quand il a été possible d’ouvrir de nouveaux collèges, nous avons choisi de le faire dans des poches de pauvreté. Cela a donné un nouveau souffle mais n’a pas rendu les choses plus faciles au niveau de la gestion.
 Les écoles et collèges catholiques ont-ils aujourd’hui une ligne de direction beaucoup plus claire, desbases et un personnel plus solides que ceux d’autrefois ?
Nous sommes en train de définir cette ligne et de prendre les moyens qui nous permettront de fortifier les écoles et le personnel dans cette perspective. Ce que nous essayons de faire rejoint une tradition qui a été délaissée. Je veux parler de l’éducation qui a été abîmée par la maladie de l’argent, en particulier les leçons particulières et la compétition à outrance. Nous voulons retourner à ce qu’il y avait de meilleur dans la tradition de l’éducation mauricienne.
 Est-ce possible dans la mesure où les pédagogues, les enseignants et surtout les parents semblent convaincus que les leçons particulières et la compétition font partie intégrantes de l’éducation ?
Vous avez raison : les parents sont pris dans cette espèce d’obsession de meilleurs résultats pour un meilleur job, pour un meilleur salaire et ça va comme ça.  On oublie de regarder l’enfant, de se demander ce qu’il peut faire de mieux avec ce qu’il est. Il y a des enfants qui ont besoin de faire autre chose pour « se réaliser » plutôt que de grandes études, qui seront plus heureux avec un métier manuel que de grands diplômes.
 Vous étiez opposé à la réforme Obeegadoo et vous semblez plus disposé envers celle de Mme Dookun, qui en reprend lesgrandes idées. Pourquoi ?
Je suis assez favorable à cette réforme parce qu’elle donne un poids égal aux polytechniques, aux académies et aux collèges généraux. Il est important d’avoir une bonne orientation professionnelle et de bonnes écoles techniques. Il faut que les élèves puissent choisir ce qui va mieux avec eux et pas seulement ce que la mode propose et que leurs parents imposent. Il faut en finir avec la hantise, la maladie des A et des A Plus aux examens. J’espère que le Nine-Year Schoolingqui vaaccorder des bourses régionales pour différents sujets va élargir un peu les perspectives des élèves et qu’il n’y aura plus une seule voie censée être la meilleure, mais plusieurs. Mais tout cela ne sera pas possible sans l’engagement des éducateurs et c’est ça le sens d’un chapitre de notre projet Kleopas : qu’est-ce qui doit être demandé à un vrai éducateur en sus de bien faire passer des examens ? Croyez-moi, il y a dans notre pays des éducateurs qui veulent le bien de l’enfant et ils sont beaucoup plusnombreux qu’on ne le croit.
 Revenons au malaise créole au sein de l’église catholique. N’y avait-il pas des prémices de ce malaise ?
Aujourd’hui, avec le recul, je peux dire qu’il y avait des prémices que nous n’avons pas su reconnaître à leur juste ampleur. J’ai été surpris et débalancé. Mais heureusement, je venais d’arriver et mes collaborateurs et moi avons décidé de libérer la parole, de laisser les prêtres parler entre eux et avec nous. Il y a eu différents partages à différents niveaux et quelquesmois plus tard, j’ai écrit un document qui ne fermait pas la question, qui était énorme et qui le reste encore.
 Cette revendication des prêtres créoles est-elle encore justifiée ?
Elle est plus apaisée. Mais il faut réaliser que l’île Maurice n’est pas faite que d’une diversité de cultures ou de groupes culturels. Il y a eu des cultures dominantes et d’autres qui ont été dominées. C’est de ça dont il s’agit. C’est pourquoi il faut essayer de rétablir un juste équilibre. De valoriser des cultures qui ne l’ont pas été.
 Le phénomène Jocelyn Grégoire était-il un prolongement automatique du malaise créole ?
Je n’ai pas tellement associé Jocelyn Grégoire au malaise créole. C’est vrai qu’il avait une manière de s’adresser au public créole qui était géniale. Ila un don de parole comme on dit, un don de chanteur comme on sait et est un très bon vulgarisateur. Il y avait un lien dans son discours avec le malaise créole.
 Avez-vous été surpris par le rise and fallde Jocelyn Grégoire ?
Le risenon. Parce que, comme je vous l’ai dit, il avait un côté génial. Cela étant, nous sommes tous fragiles et nous pouvons facilement devenir l’otage de nos propres succès. C’est un peu ce qui lui est arrivé. Mais à sa décharge, je dois dire qu’à un moment donné, on a senti qu’il avait réalisé qu’il devenait l’otage de son succès et il a cherché à rester lui-même. Dans cette voie, je crois qu’il peut apporter davantage.
 « L’action » de Jocelyn Grégoire a remis à l’ordre du jour la question «est-ce qu’un prêtre peut/doit faire de la politique active ? »
C’est une question d’honnêteté et de respect pour le peuple chrétien. Le peuple a beaucoup de vénération pour le prêtre qui a beaucoup d’influence. Si le prêtre rentre en politique, cela divise la communauté etcette action ne respecte pas le choix libre que les chrétiens peuvent avoir par rapport aux partis politiques. Je pense que sur cette question, le prêtre doit avoir une espèce de retenue pour permettre à la communauté chrétienne d’avancer en harmonie, même s’il peut avoir plusieurs allégeances politiques.
 Comment se porte l’église catholique de Maurice après 25 ans sous votre direction ?
Je sens que l’église est en très bonne santé. Parce que des signes très forts sont venus d’initiatives de plusieurs prêtres, de plusieurs paroisses où l’on voit des gens — des hommes, des femmes et des jeunes — retrouver la vraie foi. Pas seulement la pratique, mais la vraie foi en Jésus-Christ avec un grand bonheur. Cela les transforme et donne un dynamisme extraordinaire à l’Église. C’est ce dynamisme qui nous a fait réfléchir et nous a poussé à lancer le projet Kleopas qui est très simple au fond : comment peut-on aujourd’hui annoncer Jésus-Christ et transmettre la foi d’une manière qui puisse toucher les gens ? Je ne dis pas qu’on va trouver la recette, qui n’existe peut-être pas d’ailleurs, mais nous travaillons depuis trois ans sur ce projet avec l’aide d’un théologien belge et il est passionnant. Nous allons rendre public le projet Kleopas à la fin du mois de juillet.
 Ce projet Kleopas sera-t-il le couronnement de votre épiscopat ?
Dans un sens oui, mais ce sera aussi, selon moi, un moment important dans la vie de l’Église. Cela étant, je dois souligner que Kleopas n’est pas mon projet. C’est celui d’un groupe important de fidèles, de prêtres et de laïcs. Même si tout le monde peut ne pas être d’accord sur les détails, en gros, je crois que l’on voit la pertinence du projet. On voit surtout que ce n’est pas la hiérarchie de l’Église qui, un beau jour, a décidé de se lancer dans ce projet. Nous avons été portés par un dynamisme qui était dans le peuple. Nous avons écouté ce qui venait d’en bas de manière démocratique.
 Permettez-nous de vous contredire. Vous dites que l’église est en très bonne santé, mais le nombre de ses fidèles diminue. Au recensement de l’an 2000, le nombre de catholiques était passé des fameux 300 000 à 270 000, alors que le nombre de chrétiens doublait, passant de 34 000 à 79 000. Comment interprétez-vous ces statistiques ?
Il y aurait plusieurs explications, dont celle que ce ne sont pas seulement les catholiques qui diminuent, mais le nombre de Mauriciens jeunes. C’est possible que des catholiques soient passés dans d’autres églises évangéliques, mais il est aussi vrai que la frontière entre lescatholiques et les autres chrétiens n’est pas très claire.
 L’affrontement entre l’Église catholique et les églises évangéliques, que certains continuent à appeler sectes, perdure-t-il ?
Il y a encore un peu de cet affrontement entre fidèles. Mais nous commençons à avoir des relations fraternelles, cordiales au niveau des responsables. On ne se regarde plus comme chiens et chats. Il existe donc un début de détente au niveau des responsables des églises qui est très sain.
 Si l’Église catholique a avancé dans ses relations avec les autres églises chrétiennes, elle n’a pas bougé d’un iota sur certaines questions comme l’avortement, le sida, le préservatif, entre autres. Vous avez parlé de l’évolution de la société mauricienne au début de cette interview, pourquoi l’Église catholique n’arrive-t-elle pas à évoluer sur ces sujets ?
J’espère qu’il y aura une évolution dans le sens où les gens se rendront compte du crime qu’est un avortement pour la femme. On ne le dit pas assez : aucune femme ne sort indemne d’un avortement qu’elle fait souvent sous pression. J’espère que la société arrivera à le reconnaître, à avoir un soutien plus fraternel pour ces femmes qui portent un enfant et qui ne savent plus comment faire pour le garder.
 Vous n’entendez toujours pas les féministes qui disent que la femme doit avoir le droit de disposer librement de son corps ?
Je reconnais que leur corps est à elle. Mais le foetus qu’elle portent en elle n’est pas leur corps, c’est un être humain distinct d’elle.
 Vous êtes toujours aussi intransigeant sur l’utilisation du préservatif ?
C’est la propagande pour le préservatif qui pose problème. Elle donne l’illusion, aux jeunes surtout, de croire qu’ils sont en sécurité s’ils l’utilisent. Ce n’est pas vrai. Ils se disent qu’ils peuvent s’amuser sans risques et bien vite ils ne veulent plus de ce petit morceau de latex qui les gêne et prennent des risques. Cela a été vérifié par je ne sais combien d’études. Les campagnes pour les préservatifs ne respectent pas la personne, ne disent pas la vérité qui est d’apprendre l’abstinence qui va les épanouir.
 Mais est-ce que dans le cas de l’épidémie du Sida en Afrique, le préservatif n’est-il pas un mal nécessaire ?
Cela dépend des cas, des endroits, des pays dans des circonstances spéciales. Mais proposer le préservatif comme une solution au Sida, ce n’est pas honnête.
 Quelle est votre position sur le mariage pour tous ?
Je crois personnellement que les personnes homosexuelles vivent une grande souffrance. Elles ne peuvent pas fonderune famille avec des enfants issus d’eux. Je pense que ce n’est pas facile pour un homme, pour une femme d’assumer cette situation et je peux comprendre qu’ils soutiennent le mariage pour tous. Mais la vérité à dire aux homosexuels c’est de reconnaître leurs souffrances, c’est de les accompagner là où ils sont, là où on les rencontre.
 Le mariage pour tous ne va-t-il pas dans le sens de l’évolution des idées ?
J’espère que l’évolution sera dans le sens de retrouver la beauté et la grandeur de la famille avec un homme, une femme et des enfants. La famille, c’est le seul lieu qui ne peut exister qu’avec de l’amour gratuit. Si on n’a pas un amour sans condition pour son conjoint, on ne tient pas. S’il n’y a pas du pardon gratuit tout au long de la vie, on ne peut pas tenir. Les parents aiment leurs enfants, c’est l’amour gratuit dans sa plus belle expression et c’est ça qui sauve le monde.
 Mais pourquoi l’amour gratuit entre deux personnes du même sexe n’existerait-il pas ?
Parce que ce n’est pas un amour qui peut donner naissance à une famille issue de soi.
 Et que faites-vous des enfants qui sont adoptés par des couples « normaux » qui ne peuvent pas procréer ?
Bien sûr qu’on peut adopter. Mais tous les psychologues vous diront que pour qu’un enfant se développe, il a besoin d’une figure paternelle et d’une figure maternelle.
 Un mot sur un sujet sur lequel l’Église semble avoir fait un tout petit pas : les divorcés.
Il y a un changement d’attitude sur cette question. On ne touche pas à la doctrine de l’Église sur cette question, mais le Pape demande aux pasteurs de s’intéresser aux personnes divorcées. Là encore, il existe des souffrances d’autant plus graves qu’elles sont souvent camouflées : on ne veut pas en parler. Il faut reconnaître que dans certaines situations, les divorcés ne peuvent pas retourner en arrière et il faut les aider à grandir dans la foi, dans l’humanité, à leur faire savoir qu’ils sont aimés, là où ils sont.
 Cela fait 25 ans que vous côtoyez le monde politique et les gouvernements qui se succèdent. Quel est le regard que vous jetez sur le dernier en date ?
Aux dernières élections, la population mauricienne a parlé très clairement : elle ne voulait pas d’un style d’alliance. Quand il est arrivé, le gouvernement actuel a trouvé une situation très difficile et s’y est attaqué avec beaucoup d’énergie. Mais le gros dossier BAI était beaucoup plus complexe qu’il ne l’imaginait. Maintenant que le gouvernement veut, semble-t-il, reprendre une initiative plus réaliste pour le développement économique, malheureusement, on sent moins de cohésion et même un peu de confusion.
 Vous avez annoncé que vous alliez soumettre votre démission comme évêque quand vous aurez 75 ans, « pour ne pas faire durer le suspense. » Y avait-il un élément de suspense dans cette démarche ?
Non. Comme le veut le règlement en vigueur dans l’Église, à l’approche de mes 75 ans en juillet, je vais soumettre au Pape ma démission. Il y a plusieurs types de réponses qu’il peut donner à cette démission.
 Dont celle de rester enfonction jusqu’à la nomination de votre successeur. Est-ce que ce cas de figure vous intéresserait ?
Oui, ce serait un bon cas de figure. Mais cela dépend du Pape, qui peut me demander de partir tout de suite. Si on me demande de rester, je le ferai volontiers.
 Qu’allez-vous faire si on ne vous demande pas de rester ? Que fait un évêque quand il prend sa retraite ?
L’épiscopat c’est un ministère, un type de service dans l’Église qui en compte beaucoup. Je peux continuer à être prêtre, écouter, prêcher des retraites, faire de la formation. Je suis disposé à le faire en fonction des demandes. Je ne vais pas arrêter le service de l’Église.
 Avez-vous aimé le service de l’Église consistant à occuper les fonctions d’évêque ?
Oui, mais pas d’un amour fusionnel ou passionné. On apprend à aimer ce service en le découvrant.
 Les deux années de préparation ne vous ont pas aidé.
Tant qu’on n’est pas assis sur la chaise, on ne sait pas ce que c’est ! Ma relecture de ces 25 ans m’incite à dire qu’onapprend à aimer un peuple. Quand on vient d’arriver, on a des ambitions pour ce peuple et puis il faut apprendre à l’aimer tel qu’il est, apprendre à marcher avec lui, à son rythme. Comme dit le Pape, de temps en temps on est devant pour donner l’impulsion, de temps en temps il faut être au milieu pour écouter, de temps en temps être derrière pour soutenir.
 Lequel des trois rythmes avez-vous le plus utilisé au cours de votre épiscopat ?
Mes collègues me disent que j’avais toujours tendance à être pressé,à courir devant. Je crois qu’il y a une certaine vérité dans cette affirmation. Mais il y a eu aussi, et on le voit moins, beaucoup de travail d’écoute, de soutien, pourfaciliter les choses, être disponible. Finalement, je dois dire que je suis arrivé à ce stade de mon parcours en ayant été très heureux dans ce ministère. Quand on apprend à aimer, même si dans le cours de cet apprentissage on est appelé à beaucoup souffrir, c’est quelque chose de très fort.
 Qu’est-ce qui peut faire souffrir un  évêque ?
Mais on ne peut pas faire ce qu’on veut d’un peuple. Il faut l’écouter, le nourrir, l’accompagner. C’est une manière très profonde je crois d’apprendre à aimer. Et c’est ça qui, en définitive, me rend heureux. Parce qu’on souffre quand de jeunes prêtres qu’on a formés quittent l’Église ou quand des collègues de ma génération meurent. Mais j’ai été très soutenu par les prêtres, qui m’ont souvent interpellé avec une certaine justesse et également par le peuple, et je leur suis très reconnaissant. Le modèle del’Église ce n’est pas une organisation, un gouvernement, mais une famille. À la mesure de mes moyens, j’ai essayé d’être un père de famille plutôt qu’un gouvernant.
 Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans ce métier d’évêque ?
J’ai dit quelques fois que je préférais écrire dix lettres pastorales que de faire des changements de poste parmi les prêtres. Ce n’est jamais facile pour les prêtres concernés, ni pour celui qui doit décider.
 Quel a été le plus grand moment de ces 25 ans ?
Il y en a eu plusieurs. Par exemple le synode de 1997 à 2000 dont je vous ai parlé. Puis, quand on voit des personnes réémerger à une vie plus belle, à une transformation grâce à la foi dans le Christ.
 Avez-vous songé à grimper encore dans la hiérarchie en devenant cardinal, par exemple ?
Dans l’Église, on ne fait pas acte de candidature pour un poste : on est appelé, on est choisi, on ne postule pas.
 Vous avez souvent dit que vous aviez confiance dans l’avenir de Maurice et dans le bon sens des Mauriciens. Le dites-vous encore aujourd’hui ?
Oui, je le redis. On peut se chamailler sur des estrades politiques ou culturelles, mais il y a dans le vivre ensemble mauricien dans les quartiers, les villages, dans les écoles, les collèges, les usines et les bureaux quelque chose qu’on arrive difficilement à exprimer, mais qui est là. Est-ce que cela vient du fait que nous sommes une jeune nation et que nous habitons une petite île ? Quelle est la manière d’être Mauricien ? Je suis incapable de vous le dire, mais elle est très réelle. Il y a quelque chose qui me touche dans cette manière d’être Mauricien qui me donne confiance dans l’avenir du pays et le bon sens de ses habitants.
 Votre devise était « pousser vers le large ». 25 ans après, pensez-vous pouvoir dire : mission accomplie ?
Je dirais mission recommencée à la fin. Je n’ai senti, compris l’urgence, l’importance de pousser vers le large qu’aujourd’hui. Le projet Kleopas, c’est ça pousser vers le large, s’intéresser à ceux qui sont loin, être disponible pour leur parler de cequi nous tient le plus à coeur. Il y a aujourd’hui quelque chose qui vibre en nous par rapport à ça. Je n’aurais jamais cru ressentir cela aussi fort à la fin de mon ministère.