Alors que le gouvernement s’apprête à faire voter une loi autorisant l’interruption de grossesse, Mgr Maurice Piat, sur un ton très ferme hier soir, lors de la messe qu’il présidait pour commémorer la mort du Père Laval, a réaffirmé la position de l’Église pour le respect de la vie. « Que le vote soit dicté par la conscience humaine de chaque député et non pas par la discipline de parti », a souhaité le chef de l’Église. Dans ce sermon applaudi par la foule, Mgr Piat a aussi fait un vif plaidoyer pour de meilleures conditions de vie humaine, en interpellant directement les politiciens et décideurs sur plusieurs questions telles le logement, l’éducation sexuelle, l’emploi des femmes et leurs horaires de travail, les soins de santé.
Au début de son homélie, dans un bref rappel de la mission d’évangélisation du Père Laval, Mgr Piat a évoqué le choléra qui frappait le pays à l’époque et comment le Père Laval et ses collaborateurs se sont organisés pour apporter les soins nécessaires aux malades. « Nous n’avons pas aujourd’hui de choléra dans le pays mais il y a dans l’actualité un autre type de détresse qui nous concerne tous », a poursuivi Mgr Piat, qui a ainsi fait état des grossesses non désirées pour de nombreuses femmes mariées et pour beaucoup de jeunes filles dont des adolescentes. Pour les femmes mariées qui ont déjà le nombre d’enfants que voulait leur couple, une grossesse imprévue, dit l’évêque, constitue un choc en raison des difficultés financières pour élever un enfant supplémentaire. S’agissant des jeunes filles enceintes, dit-il, leur vie bascule d’un seul coup car nombre d’entre elles sont encore à l’école, ou à l’université ou viennent tout juste de commencer à travailler. Mgr Piat dit qu’il est conscient de la situation difficile dans laquelle se trouvent ces femmes mariées et ces jeunes filles. « Elles se trouvent dans la détresse et c’est pour cette raison qu’elles songent à l’avortement comme la seule solution à leur problème ». Mgr Piat se dit conscient de la forte pression que subissent ces femmes en détresse pour se faire avorter, venant de tous les côtés, des proches parents, de leur conjoint, des voisins, des collègues de travail, des amis et parfois aussi des médecins. Mais les témoignages qui lui parviennent, dit-il, indiquent que la plupart de ces femmes veulent au plus profond d’elles-mêmes garder leur enfant. « Si nou ekout sa bann madam-la avek atansion, dan zot profon zot anvi gard zanfan la me akoz presion social zot pe pans a lavortman », constate Mgr Piat en ajoutant que ces personnes ont besoin d’un soutien et d’un temps d’écoute dans ce moment difficile.
L’évêque de Port-Louis a fait passer plusieurs messages spécifiques hier soir. Aux femmes mariées et aux jeunes filles bouleversées et complètement anéanties par une grossesse non prévue, il affirme qu’il s’adresse à elles « comme un grand frère ». « Mettre au monde un enfant est une grande affaire et je sais que la décision n’est pas facile à prendre ; elle demande beaucoup de courage. Mais l’embryon qui se trouve dans votre corps est le début d’une personne humaine qui s’accroche à vous pour qu’il puisse survivre. Ce que je suis en train de vous dire, la science aussi le reconnaît ».
Mgr Piat réplique également aux partisans de l’avortement qui affirment que toute personne est libre de disposer de son corps comme elle le souhaite. « Zot dir madam-la so lekor pou li e li gayn droit fer lavortman kan li oule. Enn dimoun ena enn droit me li osi ena enn devoir ». Or, dit l’évêque, le droit de la femme n’est pas d’éliminer cet enfant qui a commencé à vivre en elle mais de demander à avoir toutes les conditions nécessaires pour qu’elle puisse le garder même si elle ne l’attendait pas et le faire grandir dans la dignité. Dans ce registre, l’évêque cite en exemple le droit de la femme enceinte à un emploi, à un « bon maternity leave », à de bons horaires de travail pour qu’elle puisse rentrer chez elle tôt pour s’occuper de ses enfants, à un logement décent et adéquat qui soit digne pour une famille.
L’évêque de Port-Louis s’est attardé sur cette question de logement hier soir en lançant un appel aux dirigeants du pays pour revoir le type de logement social offert à la population. Toute famille, dit-il, devrait avoir le droit à un « bon logement ». Mgr Piat entend par là une maisonnette qui comprendrait au moins trois chambres à coucher, une pour les parents, une pour les filles et une pour les garçons. Or, actuellement, les maisonnettes proposées comprennent une salle à manger et une seule chambre à coucher où sont entassés les parents et les enfants. « Mo fer enn lapel au gouvernement e a bann dimoun ki responsab lekonomi. Bizin a tou pri azout de lasam pou ki dimoun gayn viv dan la dignite », a insisté le chef de l’Église catholique. Ce dernier est d’opinion que cette question spécifique devrait être considérée dans le cadre de la politique de Corporate Social Responsibility. « Dan CSR bizin consentre lor la », suggère Mgr Piat.