Entouré d’une belle foule de fidèles catholiques venus de toutes les régions du pays ainsi que de tout son clergé et de son « grand frère et grand ami » Mgr Gilbert Aubry, évêque de La Réunion, Mgr Maurice Piat a célébré hier après-midi, au Thabor, ses 25 ans d’épiscopat. Cet événement dans le diocèse de Port-Louis a coïncidé avec la fête de la Pentecôte. Son sermon, très attendu par l’assistance, était une relecture de son épiscopat. Sur un ton rempli d’humilité, et la voix parfois teintée d’émotions, Mgr Maurice Piat a avoué qu’il croyait, au début, que c’était lui, « comme un grand chef », qui allait prendre des décisions pour faire avancer l’Église de Maurice, les autres se contentant ensuite d’obéir. Or, a-t-il dit, « sans la miséricorde et l’amour gratuit de Dieu » pour lui, et sans « la patience et l’appui » des prêtres, des religieux et des laïcs, il n’aurait jamais pu faire avancer cette Église « vers le large ». Et de lancer : « Avec vous, chers frères, j’ai appris à aimer l’Église à Maurice telle qu’elle est, et non pas telle que j’aurais rêvé qu’elle soit. » Mgr Piat était également ému par les messages que lui ont adressés les évêques de l’océan Indien et celui du pape François à l’occasion de cet anniversaire.
Les catholiques ont bravé un temps maussade pour participer à cette célébration de la Pentecôte, qui revêtait hier un cachet particulier, cet anniversaire marquant le sacerdoce de Maurice Piat. Une assemblée enthousiaste, vêtue de couleurs vives, symbolisant cette fête religieuse catholique, a prié avec beaucoup de ferveur. Après la procession d’entrée des prêtres, à quelques secondes du début de la messe, l’arrivée de Mgr Aubry, accompagné du père Gerard Sullivan, a été une grande surprise pour l’évêque de Port-Louis. « Un merci spécial à mon grand frère Mgr Aubry d’être avec nous. J’étais à La Réunion il y a quelques jours pour célébrer ses 40 ans d’épiscopat. Mo enn zenes devan li », devait dire Mgr Piat en l’accueillant. « L’avenir est à la jeunesse… » lui a alors répondu l’évêque de Saint-Denis sur le ton de la camaraderie et sous les applaudissements de la foule.
Pour son homélie, Mgr Piat a choisi d’ouvrir son coeur par rapport à son épiscopat et a donc livré un témoignage personnel. « Je me croyais un grand maître qui avait tout compris et que je n’avais qu’à expliquer aux autres. Je me croyais un bon disciple déjà arrivé et n’avais qu’à dire aux autres de faire des efforts eux aussi. Je me croyais un grand chef qui n’avait qu’à décider et à demander aux autres d’obéir. Mais au fur et à mesure des difficultés et des épreuves que j’ai rencontrées, j’ai senti petit à petit que le Seigneur avec une grande patience, me faisait découvrir mes faiblesses, mes limites. Ce qui m’a le plus touché, c’est comment, malgré mes faiblesses, il revenait vers moi pour me relever, m’éclairer et me refaire confiance alors que je ne le méritais pas. »
Mgr Piat a beaucoup insisté hier sur la dimension d’un travail en commun, soit la place et la contribution de l’ensemble de la communauté des fidèles catholiques, dans sa mission de pasteur à la tête du diocèse de Port-Louis. Il devait alors rendre un bel hommage aux prêtres qui ont été dans ce parcours « des collaborateurs loyaux et fidèles », et a eu une pensée spéciale pour ceux qui sont décédés. « Merci à mes aînés actuels dans le clergé ainsi qu’à mes confrères contemporains, qui portent le poids du jour et de la chaleur, et qui ne cessent de se renouveler, de s’adapter, de servir. » Au sujet des jeunes prêtres, il dira qu’ils « apportent beaucoup par leur créativité pastorale et leur enthousiasme dans le ministère ». Il a étendu ses remerciements aux autres religieux et religieuses ainsi qu’aux laïcs engagés et à l’ensemble des fidèles qui lui ont permis de « faire l’expérience heureuse » de faire partie d’une famille qui « s’appelle corps du Christ et qui porte ensemble la mission de l’Église ». Et de poursuivre : « C’est vous, l’Église, qui m’avez porté autant, et bien plus que je ne vous ai portés. »
Il s’est attardé aussi sur l’importance de la Pentecôte dans la vie du chrétien, en disant que « ce n’est pas une expérience individuelle » que chacun fait dans son coin, mais qu’il s’agit « d’une expérience communautaire ». Il développe : « A la Pentecôte, l’Esprit nous conduit aussi à découvrir le bonheur de la mission, c’est-à-dire le bonheur de donner gratuitement ce que nous avons reçu gratuitement. C’est l’Esprit qui a poussé les apôtres, qui étaient restés enfermés sur eux-mêmes après la mort de Jésus, à sortir sur la place publique pour partager avec les autres les merveilles que Jésus avait fait pour eux et voulait faire aussi pour tous les hommes. »
En revenant sur la devise “Pousse vers le large”, qu’il avait prise le jour de son ordination épiscopale, Mgr Piat a dit qu’il croyait que c’était lui « qui allait entraîner l’Église à pousser vers le large ». Et de dire : « Mais aujourd’hui, je vois que c’est vous qui me poussez à pousser vers le large. »
À la fin de son homélie, Mgr Piat a évoqué le projet Kleopas, dont il suit l’évolution personnellement depuis trois ans et qu’il promulguera le 31 juillet prochain. « Kleopas veut nous donner un cadre pour vivre avec bonheur cette grande collaboration missionnaire », a-t-il expliqué. Même s’il approche, dit-il, des 75 ans, « et que la fatigue se fait sentir de temps en temps », il reste déterminé à mener jusqu’au bout ce projet, qu’il a surnommé « Bato kleopos ». Et d’exhorter ses confrères prêtres et les catholiques à lui donner « un coup de main » dans cette nouvelle mission. « Mo pou konstrir enn gran bato e nou tou ansam pou rant ladan. Mo bizin pous sa bato-la dan dilo. Donn mwa lamain pou pous mo bato. »
À la fin de la messe, les voeux du clergé à Mgr Piat pour cet anniversaire ont été présentés par le père Antoine Law, curé de la paroisse de Sainte-Helène. Ce dernier a remercié l’Évêque « pour tout ce qu’il a fait » en faisant un bref rappel des réalisations du diocèse de Port-Louis dans tous les domaines durant ces 25 dernières années et en soulignant particulièrement le volet consacré à la formation. « Ce feu qui brûle en vous n’est pas prêt de s’éteindre », a dit le père Law. Et ce dernier de réitérer l’engagement du clergé « à monter dans le bateau Kleopas pour le pousser ensemble vers le large ».