A 25 ans, Stéphano Duc, employé comme “handy worker” au Morne Heritage Fund, occupe de temps à autre la fonction de guide à la demande de l’institution. D’aucuns qui l’auraient eu comme guide lors d’une visite au Morne, site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ne pourraient imaginer que celui-ci a été très peu scolarisé – « jusqu’en Std 4 », souligne-t-il – tant le jeune homme a la verve facile, que ce soit en français, en anglais ou en créole. Doté d’une mémoire hors norme, il relate sans grande difficulté l’essentiel de l’histoire et de la géographie des lieux. Visite aux côtés d’un homme dévoué à sa passion.
Dans la pirogue mise à la disposition des journalistes dans le lagon du village du Morne en septembre, Stéphano Duc reste concentré. Alors que l’embarcation prend la direction de Trou-Chenille, le jeune homme est silencieux. Il observe attentivement Le Morne Brabant, balaie des yeux le lagon avant de ramener ses passagers au pied de la montagne.
Tout enthousiaste, il se lance ensuite dans une présentation du site et précise d’emblée que la montagne culmine à 556 mètres d’altitude. Il parle des trois falaises, du Pont de terre qui mène vers le V-Gap, « le seul obstacle rencontré par les esclaves marrons lorsqu’ils s’enfuyaient dans la montagne ». Il garde un moment de silence, laissant le voyageur apprécier la balade et admirer le panorama qui s’offre à lui. De temps à autre apparaît la voile colorée d’un kitesurfer dans le ciel, ce qui annonce la proximité avec La Pointe, zone du lagon privilégiée par les surfeurs. On cherche à la surface de l’eau pour comprendre la distance qu’il parcourt et la vitesse à laquelle il avance. Mais Stéphano Duc cherche autre chose. Soudain, il voit emerger de l’eau une roche sur laquelle se trouve une croix. Il fouille dans sa mémoire pour tenter de restituer la petite histoire qui va avec, inscrite dans la tradition orale du Morne. « Cet endroit s’appelle Ros Lacrwa. On dit qu’un prêtre est mort ici. Cette croix a été placée ici pour mettre à l’écart les âmes errante. Mais elle servait aussi de repère aux bateaux qui s’approchaient de Trou-Chenille. » Stéphano Duc enchaîne tout de suite avec l’histoire du village de Trou-Chenille. « Premier village d’esclaves, il a été habité jusqu’en 1935. » On se trouve d’ailleurs en face des lieux. Cependant, pour ceux qui ne connaissent pas, il est difficile de le situer tant la végétation semble quasiment la même tout le long de la côte. Stéphano Duc parle de la vie d’antan dans le village, notamment de ses activités économiques. Il indique que quelques ruines demeurent, dont celles de l’ancienne boutique chinoise.
Encore quelques minutes avant d’amarrer à La Pointe. Stéphano Duc aide les passagers à descendre de la pirogue. Il répond avec le même enthousiasme aux questions des journalistes et avoue que c’est la première fois qu’il découvre les lieux par la mer. Nul n’aurait pu l’imaginer au moment du voyage, car le jeune homme arrivait à réinvestir sans grand problème ce qu’il avait appris dans les livres et lors des visites sur le site hors lagon. Il pouvait aussi se repérer géographiquement. Au Mauricien, Stéphano Duc raconte que son rêve d’enfant était de devenir guide touristique.