Michel Cundasamy a appris à saisir les occasions et à forcer sa chance pour élargir son horizon. Aujourd’hui professionnel du tourisme et de la restauration, l’homme a été animateur radio, chef de cabine et reste un militant engagé au regard affûté. Échappé de La cage aux folles, il rêve de nouvelles aventures.
Le plumeau, le tablier en dentelle, le shorty moulant ont été rangés. Mais ce n’est pas de sitôt que l’image de Jacob sortira de la tête de ceux qui auront eu la chance de le voir sur scène à Vacoas, l’année dernière. Sans doute parce que Michel Cundasamy avait su projeter toute l’exubérance et l’insolence de la folle soubrette de Renato et d’Albin lorsque Philippe Houbert et Daniel Mourgues avaient ouvert La cage aux folles au théâtre Serge Constantin. Un rôle “pas aussi simple que cela et pourtant tellement simple puisqu’il s’agissait de faire rire les gens”, dans une pièce très ambitieuse pour la scène mauricienne. C’était bien sa toute première fois, “en dehors des petits sketches joués à l’école.”
Cette étape de sa vie n’avait pas forcément été envisagée. Michel Cundasamy avait saisi l’occasion au bond lorsqu’elle s’était présentée, “sans avoir eu besoin de réfléchir”. Chef de cabine à Air Mauritius, engagé dans l’événementiel à Paris, militant de la lutte contre le VIH et contre l’homophobie, animateur radio, professionnel de la restauration et du tourisme : à chaque étape, l’homme s’est simplement laissé guider par son ouverture d’esprit et son désir de vivre de nouvelles expériences au gré des occasions offertes.
Facteur chance.
Dans la vie, même si l’on se sent “un peu chanceux”, autant savoir forcer sa chance quand pointe le bout du nez. C’est ce qu’il se répète souvent avec son meilleur ami, Nicolas Ritter, lorsqu’ils réfléchissent sur le passé et sans doute aussi à l’avenir. La chance, diront les uns. Le destin, penseront les autres. Ou était-ce simplement le hasard qui avait décidé que Daniel Mourgues et Philippe Houbert choisiraient précisément le restaurant où il travaillait pour un rendez-vous tandis qu’ils étaient venus à Maurice pour préparer La cage aux folles. “Comme j’étais là, nous nous sommes rencontrés et avons discuté. Deux jours après, je recevais un appel : ils me proposaient le rôle de Jacob.” Cela s’est simplement – outrageusement, diront certains – passé ainsi : il était embarqué dans la folle aventure de La cage.
Jouer Jacob n’a pas été si difficile que cela pour ce “grand timide”, qui en a profité pour se libérer de ses chaînes en montant sur scène. L’expérience l’a quelque peu changé, surtout dans sa façon d’aborder son entourage. Des mois de préparations et de répétitions avant les applaudissements d’un public conquis soir après soir. Michel Cundasamy a savouré chaque moment jusqu’à s’y perdre.
Aujourd’hui, “tout cela” lui manque. Le théâtre est devenu “comme une drogue” et il a hâte d’y retourner. Mais entre deux théâtres que l’on “laisse mourir” à Port-Louis et à Rose-Hill et les projets qui se font attendre… L’homme préfère rester optimiste et en profite pour “saluer” Komiko, qui permet à une culture de se mettre en place au KaféT@. “Il y a donc un espoir.”
Culture.
Michel Cundasamy s’est toujours inspiré de ces hommes de culture et à fort caractère qui se sont construits par la connaissance et le courage d’oser. Au collège St Joseph, certains de ces enseignants lui avaient donné des repères par leurs conseils et leurs exemples. Plus tard, dans le milieu professionnel, des personnalités comme Jacques Maunick avaient contribué à son émancipation.
Michel Cundasamy l’a rencontré à la radio. Il a travaillé quatre ans à la MBC en tant qu’animateur dans son autre élément : la musique, “qui est l’une de mes grandes passions”. Cela ne faisait pas longtemps qu’il était rentré au pays. Après le collège, il avait rejoint la compagnie nationale d’aviation comme steward et était devenu plus tard chef de cabine. Les expériences du voyage ainsi que les nombreuses rencontres ont sans doute contribué à forger sa personnalité. Mais l’appel du large se faisait vivement sentir. Il posa ses bagages à Paris où il se permit d’autres découvertes dans le domaine de l’événementiel.
Militant.
Il se trouvait en France quand cet ancien collègue devenu son meilleur ami apprit sa séropositivité. Mis dans la confidence par ce dernier, il se promit de venir prêter main forte à Nicolas Ritter, qui jetait les bases de PILS à Maurice. Promesse tenue en 2000, lorsqu’il décida de quitter l’hexagone après huit ans pour vivre autre chose. Il devint dès lors militant en intégrant PILS. “Nicolas m’a aussitôt confié la responsabilité d’organiser la première quête de PILS. À cette époque, Stephen Buckland était un athlète qui montait. J’ai eu l’idée de faire de lui le parrain de cette manifestation.”
Michel Cundasamy a ainsi été aux avant-postes de PILS durant les années de braise de l’association. Membre du comité exécutif, dont il a aussi assuré la présidence, il a participé au combat pour le respect des patients et pour faire tomber les tabous afin que passe l’information. Tout cela en valait la peine. Aujourd’hui, l’homme est fier des avancées faites par le pays dans ce domaine : la société civile et le gouvernement ont appris à se diriger vers un objectif commun.
Mais les défaillances dans la prise en charge des patients, dans les prisons, et la dissémination de l’information qui ne se fait toujours pas ? surtout au niveau des établissements scolaires ? lui rappellent sans cesse que le combat n’est jamais terminé. Il demeure donc dans les premières lignes de la lutte, alors qu’il a aussi pris des responsabilités dans le Collectif Arc en Ciel. Afin de contribuer à l’émergence d’un monde meilleur pour tous. “À sa manière, chacun a besoin de changer des choses autour de lui. À travers mes engagements, c’est ce que j’essaie de faire.” Même les gestes en apparence bénins comptent : “Un sourire, un bonjour, un merci. Ce sont ces petites choses qui permettent à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice. Si chacun y mettait un peu du sien, les choses iraient nettement mieux pour tous.”
Dire.
Même quand il s’indigne, l’homme reste charmant, conscient que la diplomatie est une arme qui ouvre bien des portes. Pas la peine de gueuler pour crier son indignation, l’essentiel étant de savoir se faire entendre. Et lorsque cela ne va pas, Michel Cundasamy ne s’est jamais fait prier pour exposer son avis, dans l’espoir qu’il contribue à faire prendre conscience. Puisqu’on en parle, autant donc espérer un système éducatif mieux adapté aux besoins du développement humain et qui accorderait plus d’espace à l’histoire pour permettre la construction du futur. Surtout, se contenter de la vérité. Car depuis quelques années, avec les mensonges politiques répétés pour les besoins de la propagande, “on prend les enfants pour des imbéciles avant même leur naissance. En faisant cela, notre système politique échoue dans son devoir vis-à-vis de nos enfants et de nos petits-enfants.” Enfant du métissage, il croit en la richesse et l’harmonie du pays et reste optimiste : les choses peuvent être sauvées et les valeurs sauvegardées.
Restauration.
“Gourmet et gourmand”, c’est dans le domaine de la restauration qu’il s’est engagé depuis quelques années. Un peu par hasard ou en forçant la chance, il s’était retrouvé dans le restaurant de Jacqueline Dalais. Sa faculté à apprendre sur le tas en a vite fait un professionnel dans le domaine. Après un passage au Lite Bar, il est désormais gérant du Domaine des Aubineaux. “Tout ce qui m’est arrivé, je le dois à mes parents. Ils m’ont appris à ne pas avoir peur de l’inconnu et d’aller plutôt y goûter. S’il faut parfois foncer tête baissée, je préfère y aller de manière avisée et savoir prendre du recul lorsque cela est nécessaire, pour recommencer en mieux.”
La vie offre beaucoup d’opportunités à tous. “Mais ce que je souhaite surtout, c’est que nous prenions le temps de profiter des choses simples qu’elle nous offre, comme un beau coucher du soleil apprécié de la plage. L’amitié, l’amour, le partage et l’entraide font partie de ces petites choses qui peuvent faire toute la différence.” Si ce “grand rêveur” est souvent ramené à la réalité, ce ne sont pas les retards ou les difficultés qui le rendront moins optimiste. Comme pour la lutte contre le VIH, il est convaincu d’une chose : “Au niveau national aussi, nous avons tous les ingrédients pour réussir. Il faudrait simplement que le cuisinier sache manier le fouet pour les réunir.”