Presque quarante ans après avoir remporté le concours Sugar Time avec son morceau Mo Capitaine, Michel Legris demeure une figure incontournable sur la scène musicale. Coiffé de son chapeau de paille et armé de sa ravanne, il a sillonné les différentes scènes de l’île et représenté Maurice dans diverses manifestations internationales. Alors qu’il célèbre ses 80 ans, le pays se prépare à lui rendre un grand hommage.
Une blessure au pied a ralenti sa démarche depuis quelques jours, mais le Capitaine n’a rien perdu de sa verve habituelle. « Pa fasil pou ariv ziska la. Me seki mo trouve, seki tou bann ki ti pe kraz mwa inn ale… Capitaine ankor lamem ! », commente-t-il tout simplement pour évoquer le long chemin parcouru. Ce jeudi 11 août, Michel Legris souffle ses 80 bougies. Un événement que la famille s’apprête à célébrer dignement. Dans la cour familiale à Plaine des Roches, la tente est dressée. C’est entouré de ses huit enfants et de ses dix-neuf petits enfants qu’il fêtera cet anniversaire tant attendu.
Mais ce n’est pas tout. Après l’avoir décoré en 2007 pour sa contribution dans le domaine culturel, la République honorera une fois de plus Michel Legris lors d’une grande fête au Centre Nelson Mandela. L’événement devait avoir lieu ce week-end, « mais le Premier ministre a dit d’attendre son retour au pays », révèle-t-il avec une pointe de fierté.
Respect.
Montrant les photos accrochées dans son salon, notre interlocuteur déclare qu’il a côtoyé les grands politiciens de tous bords. « Je n’ai jamais fait de politique, mais ils sont tous venus chez moi, parce qu’ils apprécient ce que je fais ».
Pourtant, dit-il, « mo enn ti bolom ordiner. Mo pa konn lir, ni ekrir ». Les quelques mots d’anglais qu’il a appris remontent à l’ère coloniale. Avant de s’engager dans l’armée anglaise, comme d’autres Mauriciens, il a eu droit à un cours de base, au cas où il se trouverait en difficulté. Mais du champ de bataille, ce sont surtout des expressions swahilies qu’il rapportera et qui seront plus tard utilisées pour la fameuse chanson Mo Capitaine.
Fierté.
La grande satisfaction de Michel Legris est qu’il a pu donner de l’éducation et un métier à chaque enfant. Lui-même a travaillé dans l’industrie sucrière depuis l’âge de douze ans. « Zordi dan mo lakaz ena polisye, diplome liniversite… », précise-t-il, en ajoutant que ceux qui n’ont pas réussi dans les études ont réussi dans leurs métiers. Qui plus est, tout le monde a hérité de la fibre musicale, même les petits-enfants jouent déjà de la ravanne.
Michel Legris n’en demande pas plus. Il a toujours vécu dans la simplicité, il compte cinquante-deux années de mariage et peut toujours enfourcher sa bicyclette. Voilà de quoi le rendre heureux. « Kan bis-la pase mo’ava rantre », commente-t-il.
Mais nous n’en sommes pas encore là. Ce jeudi 11 août, l’air de Mo Capitaine résonnera une nouvelle fois du côté de Plaine des Roches. Un record de longévité à faire pâlir la jeune génération. « En 1972, j’ai remporté le concours Sugar Time avec ce morceau. En 2011, il est encore d’actualité… »
Héritage.
Pourtant, rien ne prédestinait Michel Legris à un tel parcours. Il ne cache pas que sa maman n’appréciait guère quand la famille de son père venait organiser leur séga dans la cour. À cette époque, le séga était mal vu. Elle, rêvait d’un avenir meilleur pour ses enfants. Mais le jeune Michel avait une idée bien précise en tête : il observait les aînés fabriquer la ravanne et se disait que plus tard, il en ferait autant. Avec ses frères, il monte d’abord le groupe Mirinda. Il reprendra également sur un de ses albums Lavi sa pov fam la, que chantaient ses grands oncles à l’époque.
Grâce à la musique, il a fait le tour du monde. De l’Amérique à la Chine, en passant par la France, l’Australie et l’Inde, entre autres, il a porté très haut la culture mauricienne. S’il a pris sa retraite de l’industrie sucrière depuis de nombreuses années, il n’est pas prêt, cependant, à prendre sa retraite de la scène. Michel Legris a encore pleins de projets.
Le Capitaine a beau être jovial et farceur, il ne peut cacher sa colère face aux événements qui viennent encore le tourmenter dans son vieil âge. Un concert annoncé, sans que les conditions ne soient au préalable discutées avec lui, son fils qui a perdu son emploi de la MASA… Autant de choses qui viennent gâcher sa bonne humeur. Mais devant les honneurs que lui réserve le pays, le Capitaine va sans doute vite oublier sa tristesse pour laisser place aux éclats de rire.