Venu à Maurice pour le Salon de la mode et des Cosmétiques Fashionista, qui prend fin ce soir au Freeport à Mer Rouge, Mickaël Kra, créateur de bijoux, nous a déclaré que ses créations correspondent parfaitement au métissage de notre île plurielle. « On ressent chez vous l’Afrique dans toute sa diversité. Je suis moi-même un enfant de l’Afrique, de par mon père ivoirien. » Sa collection de bijoux en pierre de lave sera vendue ce soir au cours de la grande soirée de Gala à Mer Rouge. L’argent recueilli ira intégralement à l’association Link to Life.
Tout de noir vêtu, sa couleur de prédilection, longs dreadlocks et silhouette longiligne, Mickaël Kra s’avère un artiste accessible. Aîné de sa fratrie, il a vécu en Suisse pendant de longues années et se souvient encore s’être demandé à l’âge de huit ans pourquoi les enfants lui touchaient la tête en lui disant qu’il était différent.
« Mes parents me disaient alors, c’est parce que tu es spécial, et cela m’a réconforté. J’avais vécu en Afrique jusqu’à huit ans et j’avais ce petit accent qui fait qu’en Suisse on m’appelait le petit blanc, ou le petit Suisse. » Entre un père pharmacien et une mère spécialisée dans la décoration, paysagiste à ses heures, Mickaël découvre le goût du beau. « C’est à New York que les pièces du puzzle se sont assemblées. Moi qui avait cette culture européenne de par ma mère et africaine de par mon père, je commençais à assimiler ces deux cultures pour me forger ma personnalité. » S’ensuit dans un premier temps, une formation d’architecte d’intérieur aux États-Unis et le grand déclic se produira lors d’une visite d’un Salon du textile et de l’habillement à New York. « En m’occupant d’un des stands, je voyais que les bijoux ne s’accordaient pas à certains vêtements et j’ai décidé de créer une mode, le poids baoulé. En Afrique, on se sert du baoulé pour le pesage des grammes d’or. J’ai crée des bijoux stylés, genre baoulé en 84 et c’était la consécration. » Sa rencontre avec Laura Krugger sera décisive car elle l’encouragera à sortir des normes. « Elle m’a demandé de diversifier mes collections et c’est ainsi qu’est née la collection de la reine Pokou. »
Parlant de son accessibilité à aller vers les autres, Mickaël Kra dira que tout part de sa rencontre avec Roberta Flacq, connue pour son tube Killing me Softly. « Je parlais alors assez mal l’anglais et Roberta m’a dit que la meilleure façon de parler l’anglais était de l’accompagner dans ses tournées. J’ai rencontré Cyndi Lauper, Luther Vandross et quelques grands noms de Motown et j’ai compris que pour être un grand, il faut toujours s’entourer des petits. Tout est action karmique sur terre. »
Parlant de son succès en tant que créateur de bijoux, il estime que « c’est dans la difficulté que naît le pouvoir de créer. » Il reconnaît qu’à un certain moment, à force de travailler en séries, il sentait une usure sur la qualité. « Le mannequin Katoucha a longtemps été mon égérie. Elle m’a permis de faire mon entrée chez YSL, Balmain. Sa mort est restée comme une déchirure. En France, les grands comme YSL et Mancinis m’ont approché pour sertir certaines chaussures d’une parure tout en gardant cette touche africaine. » Il y a aussi eu le projet POK qui vise à mettre en lien le travail ancestral de bijoux en coquilles d’oeuf d’autruche du peuple San avec le marché mondial de la joaillerie contemporaine, en associant la sensibilité artistique de Kra à l’expertise esthétique et technique des San dans leur travail de la perle. Le but de POK est de donner une nouvelle image des San, connus jusqu’alors uniquement comme peuple en voie d’extinction et de créer une nouvelle dynamique économique pour les communautés San.
S’il a des projets, il dit vouloir garder cette énergie de l’intérieur afin de réussir. Parlant de sa collection de pierres de laves qui sera mise aux enchères au plus offrant ce soir, Mickaël Kra indique que cette parure coûte 160 euros le collier, 750 le bracelet et 399 euros les boucles d’oreilles. Invité d’honneur au Salon Fashionista, Mickaël Kra affirme que rien que le fait de survoler Maurice en avion l’a inspiré pour une collection bien mauricienne. « Je veux après le Salon partir à la rencontre des Mauriciens, découvrir votre folklore et votre cuisine. »