Pour marquer la Journée internationale du Livre, le Mauritius Institute of Education a organisé deux journées d’activités à l’intention des enfants des écoles ZEP. Différents ateliers ont permis aux écoliers d’aborder la lecture dans une approche ludique. Mais pour les enseignants et les stagiaires du MIE, c’était surtout l’occasion de voir comment on peut innover dans notre manière d’enseigner.
De la tablette en argile à la tablette tactile… L’histoire du livre a été contée aux enfants de manière ludique. En organisant cette journée, le MIE voulait donner l’occasion à ses stagiaires d’expérimenter de nouvelles méthodes d’enseignement, tout en donnant le goût de la lecture aux enfants. Le Dr Vickram Ramharai, Associate Professor et coordonateur de l’événement, explique : « Nous avons choisi les enfants des écoles ZEP parce qu’il y a souvent la perception que ces enfants ne s’intéressent pas à la lecture. À travers nos activités, nous allons démontrer comment nous pouvons les y intéresser. »
À l’entrée du bâtiment du MIE, les visiteurs sont accueillis par des stagiaires, déguisés en différents personnages, qui guident les enfants vers la bibliothèque. Perché sur un podium, qu’il appelle « scène de lecture », Nuckiren Pyneeandee, chargé de cours, lit une fable de La Fontaine traduite en kreol de l’époque par Charles Baissac. Autour de lui, des affiches retracent l’histoire du livre.
Un peu plus loin, des enfants, assis en tailleur, écoutent attentivement une histoire que leur lit une enseignante du département d’anglais. De temps à autres, des stagiaires – déguisés en personnages de l’histoire – se présentent devant le groupe. Les costumes ont été réalisés avec le concours de leurs collègues du département « Home Economics ».
Les enfants sont captivés. L’atelier étant interactif, ils répondent aux questions en anglais. Ce détail n’échappe pas à Vickram Ramharai. « Qui a dit qu’ils ne comprenaient pas l’anglais et qu’ils ne pouvaient pas s’exprimer dans cette langue ? », observe-t-il.
À un moment où l’on parle de la nécessité d’innover, le MIE tient ainsi à démontrer qu’avec peu de moyens, on peut faire de grandes avancées. « De nos jours, l’enseignement n’est pas uniquement le talk and chalk. L’enseignant doit trouver des moyens pour gagner l’attention des enfants et les amener à réagir, à participer activement à la classe. »
Placer l’enfant au coeur de l’apprentissage, tel est le but de l’atelier de bande dessinée, où les enfants ont mis en page leurs propres histoires. Ils sont d’abord passé par l’atelier de dessin, où ils ont été encouragés à développer leur créativité. À la fin de la journée, ils se sont ensuite dirigés vers la salle d’ordinateurs pour réaliser leurs BD. Il faut savoir qu’au cours de leur formation, les enseignants ont l’occasion de faire le même exercice.
Pour Kaviraj Goodoory, chargé de cours, l’atelier BD est une approche intégrée de l’apprentissage. « Les enfants apprennent à développer leurs compétences à la fois en matière de langue, d’informatique et de lecture… Ils apprennent aussi à travailler en groupe. » Il ajoute que le fait de pouvoir mettre leurs histoires en images donne vie à ces dernières et motive les enfants.
Quant à transposer cette pédagogie dans une salle de classe, cela dépend de la collaboration de tout un chacun. « Il suffit tout simplement d’avoir un ordinateur et une connexion à l’Internet », dit Kaviraj Goodoory.
La question qui pourrait aussi être posée, souligne pour sa part Vickram Ramharai, est : peut-on utiliser une BD pour apprendre ? Selon lui, la réponse est « oui ». Montrant des pages préparées par les enfants, où ils retracent notamment le passage des Hollandais à Maurice ou encore la bataille de Grand-Port, il voit là une approche ludique pour une leçon d’histoire et de géographie.
Dans la cour, le département de français a choisi de miser sur des jeux de mots pour enrichir le vocabulaire. « Ce ver vert sévère sait verser ses verres verts », tente de lire une stagiaire devant un éclat de rire. Dans le gymnase, des enseignants démontrent comment on peut utiliser un tableau interactif pour rendre la classe plus intéressante. Cela fait partie du Sankore Project, qui concerne particulièrement les élèves de Std IV et V.
À côté, les enseignants d’éducation physique ont organisé des jeux pour inciter les enfants à la lecture. Les jeux d’antan – dont le sapsiway, la marelle et les billes – ont été intégrés aux activités. Pour promouvoir l’inclusion, les handicapés n’ont pas été oubliés. Reshmi Beezloll, du centre Loïs Lagesse, fait ainsi des démonstrations de braille. « Tout est basé sur six points. On fait des formes avec ces points, qui correspondent aux lettres de l’alphabet. Si on s’applique, le braille n’est pas difficile à apprendre », précise-t-elle.
Pour amener les enfants à mettre la main à la pâte, l’occasion leur a été donnée de réaliser leurs propres tablettes d’argile, sur lesquelles ils ont écrit un petit texte. Alors l’ère des e-books, les petits écoliers ont fait une incursion dans l’histoire pour leur apprendre comment étaient les premiers livres.
Si toutes ces activités ont eu le mérite de captiver l’attention des enfants, reste à savoir s’ils sont transposables à l’école. Entre l’accord du maître d’école et les moyens logistiques, les enseignants se retrouvent parfois limités dans leur démarche d’innovation.
Pour Vickram Ramharai, ce n’est qu’une question de volonté. « Si on veut que le niveau de réussite monte, il faut s’en donner les moyens. Le gouvernement doit investir dans les écoles pour donner l’occasion aux enseignants d’innover dans leur approche. Il faut avoir les moyens de ses ambitions. »