Depuis 1992, Maurice tente de se positionner en destination offshore que les autorités ont toujours du mal à dire les choses sans détour. « Nous sommes un fiscal hub. » Telle est la vérité que défend Kamal Taposeea, directeur de la société fiduciaire Minerva Maurice qui entre dans sa 16e année de présence dans le pays. Opération : réhabilitation de l’image de paradis fiscal.
Les termes « fiscal hub », surtout en temps de crise, rebutent. La consonance est claire, sans équivoque : on pense à « argent mal gagné », « échappatoire ». Et les autorités sont parfois « timides » à l’idée d’affirmer Maurice en tant que « fiscal hub ». C’est l’avis de Kamal Taposeea, un des directeurs de Minerva Fiduciary Services Limited (Minerva Maurice) — firme proposant de multiples services tels que le Trust, la prise en charge des sociétés et l’administration de fonds, le droit, la comptabilité, les banques et services d’investissements — qui est à Maurice depuis septembre 1996. Sur le plan international, le Groupe Minerva est present dans les principaux centres financiers du monde : Jersey, Londres, Genève, Dubaï, Pays-Bas et Singapour, notamment. Le Mauricien est allé à la rencontre de Vipin Shah (président du groupe), Brian Lee (Managing Director) et Manon Thamothiram (autre directeur de Minerva Maurice).
Brian Lee, qui est basé à Jersey, conçoit également qu’un caractère péjoratif est associé à l’idée d’une Maurice paradis fiscal. « De nombreux fiscal hubs ne sont pas au diapason des réglementations internationales. » À ne pas exclure : les brutes et les truands. Toutefois, il ne serait pas juste de faire équivaloir fiscalité et « dirty money ». « Il s’agit d’une méconception », affirme M. Taposeea. « On peut être propre et c’est d’ailleurs le cas de Maurice. »
Ainsi, « quand on parle de fiscalité, on devrait plutôt parler de fiscal efficiency », explique M. Lee. Efficacité structurelle, pour les capacités présentes, efficacité sur le plan juridique, pour tout le framework déployé dans le pays. M. Taposeea cite ainsi notre « petit plus », soit le caractère hybride du cadre proposé : le subtil mélange de Common Law et de droit civil français, les double taxation agreements, les accords de gouvernement à gouvernement (G-to-G), la COMESA, la SADC, tout pour offrir des garanties de sécurité ou de polyvalence.
D’ailleurs, nous entendons bien que le secteur financier contribue à hauteur de 5 % du Produit intérieur brut (PIB), peut-on évaluer en termes monétaires le cadre légal mauricien ? « Il s’agit d’un véritable asset », révèle M. Taposeea. Il ne s’évertuera pas à en donner des chiffres.
Afrique
Sujet inévitable : quelle ouverture vers l’Afrique ? Tantôt projetée comme un eldorado, tantôt décriée pour son manque de stabilité. Minerva s’inscrit dans la première mouvance et exprime son ambition d’agir comme tremplin entre l’Inde et l’Afrique. Et de resservir l’argument panafricain : « Quel contraste avec l’Europe du marasme, affirme Vipin Shah, l’Afrique est rafraîchissante. » M. Taposeea poursuit : « on peut critiquer la démocratie, mais elle arrive en Afrique et cela ouvre des portes que l’on connaît. La preuve : l’absence de couverture des élections au Malawi, en Éthiopie ou au Ghana, ce qui suppose un certain calme. Au Kenya — nous sommes d’ailleurs implanté à Nairobi —, ce n’est que le 4e changement de gouvernement depuis les années 60. On est vraiment dans la continuité. »
Mais surtout, ce qui transpire de la rencontre, c’est que l’île ne peut rester en marge alors que d’énormes investissements inondent l’Afrique subsaharienne (« where it’s all happening ») et que des majors tel General Electronics, s’y installent. On aurait une carte à jouer. Surtout que du point de vue géopolitique, « l’Europe et le Royaume-Uni ont longtemps délaissé l’Afrique ». Autre indicateur : l’intérêt de la Chine pour l’Afrique qui ne dément pas ou encore « la nécessité de Maurice de diversifier les partenariats ». Bien sûr, à condition que l’on puisse ne plus être timide quant à notre positionnement de conduit fiscal.
Minerva est un groupe international indépendant, « très client-centric, à dynamique très familiale d’un point de vue culturel » et qui gère des actifs à hauteur de plus de 15 milliards USD. Le groupe emploie 150 personnes à travers le monde. Minerva (Maurice) en est la deuxième plus grande branche.