« De la grande démagogie ». C’est ainsi que certains qualifient déjà la pseudo-consultation qui a eu lieu le 27 juillet dernier au Conservatoire François Mitterrand. En effet, s’il y a un ministère auquel les artistes ne croient plus c’est bien celui qui aurait dû être le leur. Que le projet d’enclencher le processus en vue de mettre en place l’industrie créative soit audacieux, tout le monde en convient certes. Mais que le Ministère des Arts et de La Culture se croit en pleine mesure de cet audace, il y a de quoi se tordre de rire.
L’hilarité ne serait pas de la simple bouffonnade dans ce cas précis, il serait le fruit d’une intelligence empirique longitudinale s’appuyant sur une observation accumulée sur au moins quatre décennies de gouvernements de tous bords, de toutes tendances voire de toutes idéologies. Les dés sont jetés et il ne faut pas se voiler la face. Notre ministère s’inscrit d’abord sur la base d’un ethnicisme électoralement calculé. Il s’agit d’un recours de bouche-trou pour un paraître d’une pseudo-représentativité. Or les chefs des partis rouge, mauve, bleu et orange savent que le pouvoir pouvoiriste se moque des arts et de la culture. Mais, attention, ils ne se moquent pas de la socio-culture. Les différents ministres de la Culture qui se sont succédé savent en leur for intérieur ce qu’ils représentaient et représentent pour leur leader. Ils savent qu’ils étaient, sont et seront tout le temps sur le qui-vive. Dès lors, on doit se demander ce que représentent réellement les arts et la culture non pas pour les ministres en question mais pour leurs leaders.
Revenons à l’entreprise que le ministère des Arts et de la Culture s’arroge le droit de croire pouvoir contenir, lancer et gérer. Comment a-t-il procédé ? Tout d’abord, il y a eu la problématique d’une méthodologie réductrice et déductive. Il a été question de deux rédactions que deux fonctionnaires ont faites de façon respectueusement théorique mais éminemment bureaucratique. La chose est présentée de façon essay type et nous donnerons certainement un A pour un projet qui se soustrait et s’aliène de la réalité réelle des arts et de la culture dans l’île Maurice du 21e siècle. Le ministère s’est refermé sur lui-même et croit, selon ses sacro-saints fonctionnaires, qu’il a les recettes d’une problématique aussi vaste, dense et complexe qu’une industrie culturelle et créative. La preuve d’un déficit de compétence de ce ministère fut la rencontre du samedi 27 juillet au Conservatoire François Mitterrand. Cela partait dans tous les sens.
White Paper 2025
Les disciplines artistiques n’étaient pas bien conceptualisées. Il y avait entre autres des facilitateurs qui pour certains ne font pas l’unanimité dans la conscience collective des artistes, c’était perdu d’avance. Et la méthodologie était celle du presse-citron pour des thématiques d’envergure qui ne verraient mieux la lumière qu’au bout de plusieurs sessions de travail austères et scientifiquement mesurables. Que dira Choonee au Parlement ou au Conseil des Ministres comme au parlement pour se remplir la gamelle ? Qu’il y avait une bonne centaine de personnes. Cette quantité suffit-elle pour dire qu’il y avait réellement une adhésion unanime dans la manière de procéder ? Et sans contre-vérification véritable l’Opposition n’irait pas plus loin dans ses recherches. Le Ministère se borne à des méthodologies dépassées et condescendantes. C’est une manière de faire qui fait gagner du temps mais est-elle fiable ou viable ? Cela se comprend : certaines têtes d’affiches au Ministère des Arts et de la Culture ont adopté à ce jour une manière de procéder, et leurs pratiques aussi bien que leurs discours ont structuré ce ministère. Ils fonctionnent dans un traditionalisme bureau, couloirs et dossiers, et leur créativité en pâtit. Ils n’ont plus le temps de l’application scientifique : concepts, variables, questionnaires, interviews, recherches, accumulations de bases de données, analyses, anticipation, propositions et contre-vérifications des propositions, rédactions. Bref, ils fonctionnent et c’est sur leurs méthodes que repose l’écriture du White Paper 2025. C’est du suicide !
Comment un ministère peut-il croire que sans la présence des structures mentionnées ci-dessous, il arriverait à mettre en place une industrie de taille ? Choonee se laisse-t-il encore une fois berner par la fonctionnement de certains au sein de son ministère ?
L’étonnement fut étonné de constater l’absence des partenaires privilégiés dans le processus d’enclenchement d’une industrie. Nous les citons comme suit : Ministère des Finances, Ministère des Affaires étrangères, Attorney General (s’il y en a un), Ministère des Terres et du Logement, Ministère du tourisme, Ministère des Services publics ; ministère des Administrations Régionales ; ministère de L’Education ; ministère de l’Environnement ; les Associations d’Artistes unanimement représentées, ICTA, IBA, Mauritius Telecom, PME, MBC, les radios privées, L’AHRIM, des organisateurs d’événements et de spectacles, des régisseurs de son et de lumière, L’Université de Maurice, le BOI, la police, les Conseils de District et la Banque de Maurice.
Arrêtons le massacre !
Il faut reconnaître que c’est du travail et le long terme n’est pas du luxe dans une telle démarche. Il faut développer une campagne de conscientisation pour vendre aux potentiels acheteurs l’idée d’une industrie créative. Il faut arriver à susciter l’intérêt de tout un chacun. Il faut pouvoir prouver ce que chacun y gagnerait et comment ils pourraient être eux-mêmes catalyseur de leurs propres gains et bénéfices. Il faut comprendre que c’est une industrie ayant la culture comme matériau de créativité. Il faut arrêter le massacre, parce que c’est trop sérieux.
Le grand Argentier a-t-il la même sensibilité que M. Choonee en matière d’industrie créative ? Quelle est sa priorité ? Éponger la dette extérieure, réduire le taux de chômage ou générer ce que le potentiel de la culture peut nous apporter ? Au chapitre des débats se pointe le métro léger. Est-ce que le roi Midas, doté des infrastructures publiques, peut établir d’ores et déjà l’équation entre les conséquences de l’avènement du métro léger et l’industrie créative ? Que pense l’ICTA du White Paper sur l’industrie créative ? Quelle peut être l’autre équation qui saurait établir la variation entre une économie numérique et l’économie créative et culturelle ?
Le White Paper ne devrait pas être l’apanage du Ministère des Arts et de La Culture. Il serait beaucoup plus souhaitable que le Premier Ministre institue un ‘high powered committee’ doté d’experts et de professionnels, ainsi que les parties prenantes susmentionnées pour travailler sur cette affaire beaucoup trop sérieuse pour être laissée entre les mains des kamikazes de la culture. Ce high powered committee ne devrait pas non plus être entre les mains du département Culture et avenir. Il est perçu que cette unité a une vision beaucoup trop embourgeoisée de l’art et de la culture. Cela n’entrave en rien l’appréciation de l’art baroque de la part de l’auteur de ces lignes mais la culture ou ‘way of life’ n’est pas que bourgeois. Entre la symphonie de Beethoven et un dub de Bob Marley la culture ne triche pas. Il se chuchote que le Premier Ministre aspirerait à être le père de la révolution culturelle. Il est temps qu’il s’y mette parce qu’un ‘layman’ saura prouver que la réforme électorale va de pair avec la montée d’une industrie créative. A moins que le Premier ministre veuille le maintien de la socio-culture pour se garantir un autre mandat. Mais il faut arrêter la démagogie d’aller en Angleterre à chaque fois pour vivre la créativité du culturel dans les rues de Londres, les pubs et grands jardins regorgeant d’expressions artistiques et nous laisser dans le primitif culturel. Être le père de la Révolution Culturelle demande certes courage et audace et ce ne serait peut-être pas un billet pour encore cinq ans comme un sbire acquis à la cause du socioculturel mais un billet pour un rendez-vous inaliénable avec l’histoire et une place méritoire au panthéon de l’altruisme.