Sagoo, mousse noire, alouda, fénousse… Ces produits, très connus et appréciés des Mauriciens, sont désormais plus accessibles encore au public, et ce grâce à l’entreprise Minleh Ltd, de la famille Rawateea, qui les distribue dans les principaux supermarchés et hypermarchés du pays. Créée en 2006, la société a occasionné des pertes durant les six premières années de son existence. Mais les Rawateea n’ont toutefois jamais baissé les bras. Résultat : aujourd’hui, l’entreprise brasse un chiffre d’affaires annuel de Rs 3 millions et lorgne un partenariat avec un investisseur étranger pour agrandir l’entreprise, preuve qu’elle a définitivement trouvé sa place sur le marché dans ce domaine. À tel point que Rajiv Rawateea, un des frères, diplômés en droit de l’Université de Londres, a quitté son emploi pour se lancer à plein-temps dans l’entreprise familiale.
C’est la soeur de Rajiv Rawateea, en l’occurrence Chabitree, qui a donné naissance à la société. Elle suit plusieurs cours de formation en hygiène alimentaire à l’AREU et en gestion auprès de la MEF (Mauritius Employers Federation), du National Women Entrepreneur Council, et de la SMEDA. Elle sera rejointe plus tard par ses deux frères et sa soeur.
Au début de Minleh, Rajiv était comptable au sein d’une firme. Membre associé du Chartered Institute of Arbitrators, la mousse noire, l’alouda et autres sagoo et fénousse ne l’attirent alors pas vraiment. « Je ne me serais jamais lancé dans le commerce de l’alouda mais la famille m’y a attiré », avoue-t-il. Il rejoint la boîte familiale d’abord à temps partiel puis, finalement, en septembre 2013, décide de l’intégrer à plein-temps. Alors qu’il s’occupe des finances, sa soeur Chabitree, elle, est responsable de la production. Pendant ce temps, son frère s’occupe du marketing et son autre soeur de la production du fénousse.
Tout commence à la foire de Quatre-Bornes où, depuis plusieurs années, les parents de Rajiv Rawateea vendaient de l’alouda. « Les samedis, je donnais un coup de main à mes parents. Et, un jour, ma mère a eu l’idée de vendre de l’alouda en bouteille. Cela se vendait bien. C’était le déclic. On s’est alors dit : pourquoi ne pas distribuer de l’alouda en bouteille ? Nous avons contacté l’hypermarché Intermart et ils nous ont donné notre première chance. » Aujourd’hui, les produits Minleh sont également écoulés auprès de Winners, Shoprite, Super U et London Way.
Rajiv Rawateea se souvient de l’aubaine qu’a représentée la Business Facilitation Act 2006 pour la famille. « Cela a été plus facile d’avoir le permis. On a acheté des véhicules frigorifiques et nous avons investi dans des ustensiles en inox. Ma soeur a continué à gérer l’entreprise les premières années et, grâce au Mauritius Business Growth Scheme que le gouvernement accordait pour financer les frais de consultant jusqu’à Rs 3 M, nous avons pu louer les services d’un consultant en “dairy technology“ pour atteindre la qualité optimum pour nos produits ».
Partenariat
Minleh Ltd emploie deux personnes à plein-temps et d’autres sur une base temporaire. La mousse noire ou “grass jelly” se décline en plusieurs versions : des “cup” de 300 ml, en litre, en logement de 250 ml ou encore sans sucre. Le concept de la famille Rawateea est simple : « Il s’agit de distribuer dans les supermarchés des produits que les Mauriciens concoctaient autrefois dans leur cuisine et les proposer comme produits de qualité. » L’entreprise cherche actuellement à augmenter la durée de conservation de ses produits et changera dans un proche avenir de localisation. «  Nous aurons un local plus spacieux, toujours à Quatre-Bornes. » De plus, les Rawateea entendent investir dans de nouveaux véhicules pour booster le service de livraison. Sans compter qu’ils sont actuellement en pourparlers en vue d’un partenariat avec un investisseur français. « Même si les six premières années n’ont pas été roses et que nous avons fait des pertes, nous y avons toujours cru. Et ce partenariat est le fruit de notre persévérance. » Rajiv Rawateea est d’avis que les PME devraient davantage songer à des partenariats au lieu de contracter des emprunts. « C’est sans risque. L’entrepreneur ne sera pas endetté alors que s’il contracte un emprunt, il doit fournir une garantie. Et s’il fait des pertes, il sera alors surendetté. Par ailleurs, le partenaire peut partager avec lui son expertise. » Autre projet d’amélioration : obtenir la certification HACCP, qui est non pas une norme, mais une méthode de travail ou un engagement à la sécurité alimentaire.
Pour Rajiv Rawateea, les entreprises commercialisant des produits laitiers, comme les yaourts à boire ou à manger, ne sont pas vraiment des concurrents. « Elles ont déjà leur marché, qui est différent du nôtre. » Quant aux autres PME qui distribuent de l’alouda, de la mousse noire et du sagoo, elles ne seraient que deux, estime notre interlocuteur. « Mais leur objectif n’est pas le même. » Mais qu’en pensent les consommateurs ? Les gérants de l’entreprise ont-ils des retours ? « Oui. Nous avons notre adresse e-mail sur nos produits et nous recevons parfois des demandes pour des sagoos sans sucre. D’autre part, nous sommes toujours en quelque sorte en contact avec nos clients, étant donné que nous allons nous-mêmes déposer nos produits dans les supermarchés. Nous recevons ainsi des “feedbacks” des responsables de rayons. »
Autre question : comment fait Minleh Ltd pour tenir et, même, entrevoir des projets d’expansion, et ce  malgré les conditions, pas toujours faciles ? « C’est surtout le concept de “family business”. Lorsque l’un d’entre nous ne peut accomplir une tâche, l’autre le remplace. » Une fois l’expansion de l’entreprise réalisée, les Rawateea espèrent diversifier leurs activités dans le BPO. Pour l’heure, ce ne sont pas les projets qui manquent et la famille ne compte pas s’arrêter en si bon chemin…