Les résultats des urnes du 11 décembre dernier symbolisent, avant toute chose, les attentes d’un peuple pour une vie meilleure et d’un sursaut moral pour un pays qui était à bout de souffle.
En dépit du budget présenté en mars par le ministre des finances – qui ambitionne d’établir les bases pour un deuxième miracle économique –, il est de constat que l’air reste toujours dur à respirer pour bon nombre de citoyens à plus de huit mois de ce mandat populaire.
Laissons la démagogie aux démagogues, la flatterie aux pantins et concentrons-nous sur un de ses constats qui est l’emploi, ou devrions-nous dire les licenciements. De janvier à mai de cette année, le ministère du Travail et des Relations industrielles a enregistré 4177 licenciements, soit 2661 hommes et 1566 femmes. Cette épée de Damoclès sur les emplois pourrait perdurer compte tenu de la situation précaire dans le secteur de la construction avec quelque 6 000 emplois de moins, la mise sous administration d’une des plus grandes usines textiles avec ses quelque 1800 emplois en jeu, une centaine de salariés licenciés chez une compagnie de “Waste management service”, de 300 emplois menacés de prendre une retraite “volontaire” au niveau des casinos, d’une cinquantaine d’employés d’un atelier créatif au chômage technique – qui soutiennent n’avoir reçu que la moitié de leur salaire en juin, et rien pour le mois de juillet, et d’une turbulence au niveau des emplois au sein de la compagnie aérienne nationale qui a gelé tout recrutement, transfert et promotion dû à des pertes opérationnelles de Rs 1 milliard enregistrées pour l’exercice financier se terminant au 31 mars dernier.  
Considérant ces cascades de licenciements, d’emplois précaires, incertains et risqués – pour un gouvernement qui souhaite jeter les bases nécessaires afin que notre pays fasse le saut de pays à revenus moyens élevés au statut de pays à hauts revenus, il est clair que la route à emprunter pour atteindre l’objectif (de $ 9300 USD par tête d’habitant à $ 12,736) sera sinueuse.
Puisque si l’on se réfère à l’une des cinq caractéristiques définies dans le Mauritius Systematic Country Diagnostic – June 2015 (rapport publié par la Banque mondiale) pour atteindre un pays à hauts revenus, qui est  le “capital humain formé aux nouvelles technologies et motivé”, il est indiqué que seulement 60% de la population en âge de travailler est sur le marché du travail et qu’il faudrait atteindre le niveau de 67%  (c’est-à-dire 80,000 emplois additionnels) pour qu’il y ait un développement durable de l’économie mauricienne tout en améliorant la demande de travail (plus de cerveau et de bras) ainsi que l’offre, c’est-à-dire plus de possibilités d’emplois.
Rendons-nous donc à l’évidence que notre économie mauricienne est encore bien loin du compte, si ce n’est que confirmation que les discours qui se tiennent entre le gratin du gouvernement et quelques capitaines du secteur privé pour que “le miracle” passe du slogan à la réalité ne sont que des déclarations d’intention pour minimiser les cris.
Le samedi 22 août, le Premier ministre sir Anerood Jugnauth (SAJ) compte y ajouter encore une pincée de sel… au vu de son “Economic Mission Statement” qui détaillera un agenda économique de son gouvernement après huit mois consacrés au “nettoyage” du pays. A ce stade, très peu d’informations circulent sur ceux qui travailleraient sur ce fameux Economic Mission Statement. Mais on cite déjà dans la presse les noms de Georges Chung, économiste, Prakash Maunthrooa, senior advisor au PMO, Sudesh Lallchand, conseiller au ministère des infrastructures publiques et quelques conseillers du ministère des finances.
Comme le disait Jean-Baptiste Colbert, « tout l’art d’un bon gouvernement consiste à plumer l’oie de façon à obtenir le maximum de plumes avec le minimum de cris ». Aurions-nous droit encore une fois aux contes des magiciens d’Oz? Attendons voir pour croire!