On parle des religieux, qui à travers leurs prières, arrivent à faire des miracles, comme avoir une parcelle d’une plage publique pour ouvrir un restaurant. On parle d’autres, non religieux, qui à travers leur pouvoir financier, arrivent à faire des miracles, comme avoir une parcelle d’une plage publique pour leurs hôtels et autres établissements. Il est certes vrai que l’île compte des centaines de kilomètres de côtes, mais à offrir un hectare par-ci et des arpents par-là, la superficie de ce qui reste pour la populace se rétrécit comme une peau de chagrin ! Les médias parlent du scandale et du droit des mauriciens, fort bien. Mais prenons le problème sous un autre angle. Il serait fort dommage que nous n’ayons plus le droit de pique-niquer sous nos filaos et que, pour pouvoir se sustenter au bord de la mer, nous soyons obligés de nous installer dans l’établissement de divers agents ; aussi imaginez un instant comment se passerait une sortie en famille ou entre amis sur ce qui restera de la plage publique dans deux ans. On devra faire face à une promiscuité sans précédent. On sera comme “sardines dans boîte”. Le comble, c’est que du coup les gens souffrant de claustrophobie ne pourront même plus être en plein air et admirer la mer. Déjà que sur certaines plages, le peu d’espace qui nous reste est bouffé par les marchands de transats. Si le ridicule tuait, les membres de la “Plage Authority” seraient tous morts à l’heure qu’il est : couper les arbres de Pereybère, se rendre compte par la suite qu’il n’y a plus d’ombre (ben tiens…). Remarquez, cela a permis de donner l’autorisation à quelques personnes de louer des parasols pour que les gens aient de l’ombre, car c’est quand même important. Et comme parasol ne va pas sans transat, je vous laisse deviner le reste. Je ne vais pas m’attarder sur comment ces permis de locations sont distribués, vu qu’on est dans le même schéma d’allocation des lopins de plages. Revenons à nos poissons. La promiscuité engendrera inévitablement des bagarres. Les différents groupes venus à la plage pour différentes raisons et avec des définitions bien différentes de « moyen de s’amuser » ne pourront pas toujours cohabiter. Plus concrètement, citons l’exemple de ceux qui viennent à la plage en famille pour être tranquilles et ceux qui viennent exprimer leur talents de guitariste et de djambe-iste. Il est évident que ces deux types de personnes ne pourront pas s’entendre et ce ne sera nullement un problème de tolérance ou de compréhension, ce sera une question d’espace. Déjà que le manque de loisir est un phénomène qui se fait de plus en plus ressentir chez nous, cette idée de céder les places publiques et gratuites arrive comme un cheveu sur la soupe. Enfin, à ce niveau, c’est carrément une perruque sur la soupe. Il va de soi que sur une plage bondée, comme on en voit dans les pays d’Europe (oui, je parle bien de celles où il faut pousser les gens pour entre-apercevoir un tout petit peu de sable), il y aura une recrudescence de vols, puisque les effets personnels des uns seront mélangés à ceux des autres. Vous aurez des gens sur vos serviettes ! Bon, cela peut donner l’occasion de nouer quelques contacts, mais personnellement, un inconnu sur ma serviette, je ne ferai pas ami-ami avec. De plus, ne parlons davantage de conversations privées, ce ne sera plus possible. Non pas parce que les gens seront trop près les uns des autres, mais à cause du bruit. A côté, une boîte de nuit serait un havre de paix. Et qu’en est-il de la santé publique ? La promiscuité est très propice à véhiculer les virus, bactéries et autres champignons transmissibles d’humain à humain. Aller à la plage et se choper un coup de soleil, une gueule de bois ET la grippe aviaire, c’est quand même un peu bête. Ajoutons une mycose des pieds à cela et on a un package complet. En outre, tout le monde ne respecte pas son environnement et les sauvages qui laissent déchets sur place après avoir pique-niqué sont encore hélas assez nombreux. Maintenant, si le pourcentage de ces enfants indignes de Mère Nature est concentré sur quelques rivages, je n’ose même pas imaginer l’état de nos plages et de la mer un lundi matin. Autant aller à Mare Chicose, ce sera pareil…
Pour conclure, je dirai qu’il est d’une logique implacable que la privatisation de nos plages soit une bêtise immense, aussi immense que le miracle de certains religieux ou pas…