Écrivons-le sans ambages : Miselaine, femme tropiquante est un one-woman-show pétillant. Avec sur scène une humoriste persifleuse et incisive, pas vraiment la comédienne de théâtre contemporain à laquelle s’est habitué le public.
Ses bourrelets sont la matière première de son spectacle. Un one-woman-show dans lequel Miselaine Duval rit volontiers d’un physique décomplexé, et invite les spectateurs à en faire autant… mais à leurs propres risques et périls. Car en se moquant du personnage, nous rions aussi de nos propres travers, astucieusement mis en scène par Pascal Légitimus. À travers le prisme du spectacle solo sont projetées des images de femmes dans des situations rocambolesques. Nous retiendrons la Mauricienne qui, à 35 ans, tend à s’envelopper de gras. Elle sera peut-être cocufiée par un mari qui tend à regarder ailleurs. Attention, spectacle grinçant par moments ! Ceux ne disposant pas de suffisamment d’ouverture d’esprit pour rire d’eux-mêmes risquent de rire jaune.
Miselaine interpelle les spectateurs à propos de sujets liés à la condition féminine mais aussi à l’immigration en France, où elle a un pied-à-terre. Un poste d’observation pour scruter la vie dans un microcosme. Celui d’un immeuble parisien bardé de disputes de voisinages et de coucheries d’un étage à un autre. La protagoniste est une Mauricienne bien en chair, confrontée à une faune insolite d’immigrés. Une réalité pas moins piquante lorsque le sujet du sexe est effleuré çà et là, le thème de la jalousie exacerbé.
Il est évident que Miselaine Duval inaugure un nouveau genre dans le paysage du spectacle mauricien. Cela implique un point de vue caustique sur la société et une capacité à puiser la substance comique du quotidien en grossissant les traits, quitte à mettre mal à l’aise par certaines observations : on sourit aux touristes à l’aéroport parce que ces derniers seront bientôt amenés à “cracher des euros” ! Le public présent au KaféT@Komiko lors de la première (le vendredi 8 janvier) aura eu grand plaisir à voir Miselaine Duval pik enn sega avant de reprendre les savoureuses aventures d’une Mauricienne à Paris.
C’est aussi une femme dont les quarante printemps sonnent l’heure du bilan de ses formes qui pendouillent. Une succession de situations et de personnages plus tard, Miselaine entame une prière bien particulière en guise de conclusion de ce spectacle haut en couleur et riche en matière grasse… La présence scénique de Miselaine Duval porte le texte à bras-le-corps avec une aura drolatique.